Lire religieux - Miséricorde pour les divorcés remariés
D'aucuns, et il m'arrive d'en être, croient que, sur certaines questions, en matière de morale sexuelle par exemple, l'Église en fait trop. Ne se détourne-t-elle pas de l'essentiel, en effet, en palabrant sur le port du condom et sur le mariage gai, perdant ainsi en pertinence spirituelle, aux yeux de plusieurs, ce qu'elle gagne en rigidité dogmatique? D'autres, toutefois, et ils n'ont pas tort, soulignent qu'en accordant de l'importance à ces questions, l'Église nous impose de reconnaître leur pleine valeur. Contre une certaine idéologie du «y'a rien là» qui nourrit un relativisme délétère, elle nous rappelle ainsi que ce qui vaut ne se traite pas à la légère et exige d'être considéré avec égards. Il en va ainsi, notamment, de la question des divorcés remariés. Ces derniers, en effet, ne sont pas exclus de l'Église, mais ils le sont des sacrements de la réconciliation, de l'eucharistie et de l'onction des malades tant qu'ils ne renoncent pas à l'intimité conjugale. Pour les chrétiens progressistes, cette relative mise à l'écart est scandaleuse. L'Église, pourtant, y tient, afin de préserver l'enseignement du Christ sur l'indissolubilité du mariage.
Dans Une place à part entière - Les divorcés remariés dans l'Église, un essai qui combine la rigueur théologique et l'esprit de miséricorde évangélique, le professeur Normand Provencher plaide en faveur d'une évolution de l'enseignement de l'Église à cet égard. Ce dernier, écrit-il, doit être pris en compte, mais il importe toujours de lui adjoindre «le message et les attitudes de Jésus qui nous révèle le Dieu de tendresse, Celui qui tire toute sa joie dans le pardon et qui rend toujours possibles les recommencements». «Dieu le Père a uni l'homme et la femme en général, écrit le franciscain Roger Poudrier dans son essai Miséricorde, mais a-t-il béni Martin et Julie en particulier?» Dans La Foi décantée, le prêtre belge Pierre de Locht, pour sa part, demande: «Tout d'abord, qu'est-ce qui permet de dire que l'union conclue est l'oeuvre de Dieu?» Sans aller aussi loin, Provencher s'inscrit dans la même logique, celle qui nous impose de reconnaître les fragilités des engagements humains. Il cite, par exemple, le théologien Michel Legrain, spécialiste de cette question: «La doctrine catholique de l'indissolubilité, en refusant entièrement toute ombre de licéité et de moralité à une vie conjugale menée hors sacrement de mariage, a peut-être trop souligné le déjà-là du Royaume, occultant toutes les pesanteurs du pas-encore.»
Provencher, qui en appelle à une théologie de l'échec, ne propose pas de rejeter radicalement le magistère de l'Église sur cette question. La seconde union, écrit-il, n'a pas nécessairement à être reconnue comme sacrement, mais «nous devons admettre la valeur spirituelle et morale de certains remariages civils qui ont parfois plus de profondeur humaine et religieuse que le premier mariage» et redonner une place à part entière, avec accès à tous les autres sacrements, à ces chrétiens dont la démarche spirituelle est sincère. «Devrait-on, demande-t-il, limiter l'accès aux sacrements, notamment la communion, aux chrétiens et chrétiennes qui en sont dignes? Qui donc en serait digne? Les sacrements sont-ils des récompenses qui permettraient d'honorer la réussite de tel ou tel chrétien? L'Église serait-elle l'Église sans la présence des pécheurs?» Au repas du Seigneur, les places autour de la table ne sont pas comptées.
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louiscornellier@ipcommunications.ca
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Une place à part entière - Les divorcés remariés dans l'Église
Normand Provencher, Novalis, Montréal, 2007, 176 pages
Dans Une place à part entière - Les divorcés remariés dans l'Église, un essai qui combine la rigueur théologique et l'esprit de miséricorde évangélique, le professeur Normand Provencher plaide en faveur d'une évolution de l'enseignement de l'Église à cet égard. Ce dernier, écrit-il, doit être pris en compte, mais il importe toujours de lui adjoindre «le message et les attitudes de Jésus qui nous révèle le Dieu de tendresse, Celui qui tire toute sa joie dans le pardon et qui rend toujours possibles les recommencements». «Dieu le Père a uni l'homme et la femme en général, écrit le franciscain Roger Poudrier dans son essai Miséricorde, mais a-t-il béni Martin et Julie en particulier?» Dans La Foi décantée, le prêtre belge Pierre de Locht, pour sa part, demande: «Tout d'abord, qu'est-ce qui permet de dire que l'union conclue est l'oeuvre de Dieu?» Sans aller aussi loin, Provencher s'inscrit dans la même logique, celle qui nous impose de reconnaître les fragilités des engagements humains. Il cite, par exemple, le théologien Michel Legrain, spécialiste de cette question: «La doctrine catholique de l'indissolubilité, en refusant entièrement toute ombre de licéité et de moralité à une vie conjugale menée hors sacrement de mariage, a peut-être trop souligné le déjà-là du Royaume, occultant toutes les pesanteurs du pas-encore.»
Provencher, qui en appelle à une théologie de l'échec, ne propose pas de rejeter radicalement le magistère de l'Église sur cette question. La seconde union, écrit-il, n'a pas nécessairement à être reconnue comme sacrement, mais «nous devons admettre la valeur spirituelle et morale de certains remariages civils qui ont parfois plus de profondeur humaine et religieuse que le premier mariage» et redonner une place à part entière, avec accès à tous les autres sacrements, à ces chrétiens dont la démarche spirituelle est sincère. «Devrait-on, demande-t-il, limiter l'accès aux sacrements, notamment la communion, aux chrétiens et chrétiennes qui en sont dignes? Qui donc en serait digne? Les sacrements sont-ils des récompenses qui permettraient d'honorer la réussite de tel ou tel chrétien? L'Église serait-elle l'Église sans la présence des pécheurs?» Au repas du Seigneur, les places autour de la table ne sont pas comptées.
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louiscornellier@ipcommunications.ca
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Une place à part entière - Les divorcés remariés dans l'Église
Normand Provencher, Novalis, Montréal, 2007, 176 pages
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