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Lire religieux - Miséricorde pour les divorcés remariés

Louis Cornellier   19 février 2007  Éthique et religion
D'aucuns, et il m'arrive d'en être, croient que, sur certaines questions, en matière de morale sexuelle par exemple, l'Église en fait trop. Ne se détourne-t-elle pas de l'essentiel, en effet, en palabrant sur le port du condom et sur le mariage gai, perdant ainsi en pertinence spirituelle, aux yeux de plusieurs, ce qu'elle gagne en rigidité dogmatique? D'autres, toutefois, et ils n'ont pas tort, soulignent qu'en accordant de l'importance à ces questions, l'Église nous impose de reconnaître leur pleine valeur. Contre une certaine idéologie du «y'a rien là» qui nourrit un relativisme délétère, elle nous rappelle ainsi que ce qui vaut ne se traite pas à la légère et exige d'être considéré avec égards. Il en va ainsi, notamment, de la question des divorcés remariés. Ces derniers, en effet, ne sont pas exclus de l'Église, mais ils le sont des sacrements de la réconciliation, de l'eucharistie et de l'onction des malades tant qu'ils ne renoncent pas à l'intimité conjugale. Pour les chrétiens progressistes, cette relative mise à l'écart est scandaleuse. L'Église, pourtant, y tient, afin de préserver l'enseignement du Christ sur l'indissolubilité du mariage.

Dans Une place à part entière - Les divorcés remariés dans l'Église, un essai qui combine la rigueur théologique et l'esprit de miséricorde évangélique, le professeur Normand Provencher plaide en faveur d'une évolution de l'enseignement de l'Église à cet égard. Ce dernier, écrit-il, doit être pris en compte, mais il importe toujours de lui adjoindre «le message et les attitudes de Jésus qui nous révèle le Dieu de tendresse, Celui qui tire toute sa joie dans le pardon et qui rend toujours possibles les recommencements». «Dieu le Père a uni l'homme et la femme en général, écrit le franciscain Roger Poudrier dans son essai Miséricorde, mais a-t-il béni Martin et Julie en particulier?» Dans La Foi décantée, le prêtre belge Pierre de Locht, pour sa part, demande: «Tout d'abord, qu'est-ce qui permet de dire que l'union conclue est l'oeuvre de Dieu?» Sans aller aussi loin, Provencher s'inscrit dans la même logique, celle qui nous impose de reconnaître les fragilités des engagements humains. Il cite, par exemple, le théologien Michel Legrain, spécialiste de cette question: «La doctrine catholique de l'indissolubilité, en refusant entièrement toute ombre de licéité et de moralité à une vie conjugale menée hors sacrement de mariage, a peut-être trop souligné le déjà-là du Royaume, occultant toutes les pesanteurs du pas-encore.»

Provencher, qui en appelle à une théologie de l'échec, ne propose pas de rejeter radicalement le magistère de l'Église sur cette question. La seconde union, écrit-il, n'a pas nécessairement à être reconnue comme sacrement, mais «nous devons admettre la valeur spirituelle et morale de certains remariages civils qui ont parfois plus de profondeur humaine et religieuse que le premier mariage» et redonner une place à part entière, avec accès à tous les autres sacrements, à ces chrétiens dont la démarche spirituelle est sincère. «Devrait-on, demande-t-il, limiter l'accès aux sacrements, notamment la communion, aux chrétiens et chrétiennes qui en sont dignes? Qui donc en serait digne? Les sacrements sont-ils des récompenses qui permettraient d'honorer la réussite de tel ou tel chrétien? L'Église serait-elle l'Église sans la présence des pécheurs?» Au repas du Seigneur, les places autour de la table ne sont pas comptées.

***

louiscornellier@ipcommunications.ca

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Une place à part entière - Les divorcés remariés dans l'Église

Normand Provencher, Novalis, Montréal, 2007, 176 pages






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  • BERTRAND LEGER
    Inscrit
    lundi 19 février 2007 08h01
    Enfin! la lumière au bout du tunnel!
    « C'est la première fois que j'entrevois une réconcilliation probable entre l'Église et ma condition de divorcé remarié. Je n'en crois pas mes yeux! ce serait donc possible d'envisager, un jour, d'obtenir le droit de revenir à la pratique des sacrements malgré mon re-mariage civil! Cet article éclaire mon lundi, pourtant déjà très ensoleillé.

    Bertrand »

  • Jean-Pierre Audet
    Abonné
    lundi 19 février 2007 09h54
    Amour béni
    « Ma réaction est double à ce genre de réflexion.

    D'une part, je vois beaucoup de gens remariés au civil former des couples solides et aimants. Leur premier mariage à l'Église leur a appris à aimer mieux. Ceux-là sont déjà dans l'Amour divin. S'ils se sont octroyé une certaine liberté par rapport aux dogmes et règles rigides de l'Église catholique, ils peuvent donner eux mêmes à leur vie commune le sens d'un sacrement, certes non reconnu officiellement par la hiérarchie de leur Église, mais sans contredit d'une grande portée spirituelle : le sacrement de l'amour.

    Si par contre leur amour bat de l'aile comme le premier béni par l'Église, ce sont ces couples qui auraient davantage besoin du sacrement du pardon et de celui de l'Eucharistie. (Quel croyant peut se dire mériter de recevoir «son Seigneur et son Dieu» ?) Le pardon non pas d'être de nouveau en couple, mais celui de ne pas arriver à s'aimer comme ils le voudraient. Et la communion à Celui qui, s 'ils y croient, saura leur donner la force de s'aimer véritablement.

    La première exigence du Christ n'est-elle pas en effet de s'aimer les uns les autres ? Ce commandement fait un avec celui d'aimer Dieu. Il en est même la preuve concrète. Alors, pour être reçu au banquet sacré, le nouveau couple devrait-il cesser d'aimer ? »

  • Claude Gilbert
    Inscrit
    lundi 19 février 2007 12h12
    théologie de l'échec et/ou du cheminement
    « Est-il plus pastoral (ou si on préfère: éducatif) de modifier la norme, ou d'aider les fidèles qui se reconnaissent éloignés de ce qu'on leur enseigne? Si on prenait justement l'analogie de l'école, ce serait un peu l'équivalent de dire que les jeunes qui arrivent à l'université n'ayant plus aujourd'hui une connaissance adéquate de la grammaire française, la solution est donc de rabaisser les exigences à ce niveau ou mieux, de changer les règles de la grammaire... Ce débat est légitime, mais il n'est pas simple. En comparaison, pour bien des gens, au contraire, la nécessité de changer la doctrine morale de l'Église serait une chose évidente; cela montre qu'on n'attache pas beaucoup d'importance aux enjeux spirituels sous-jacents et souhaite simplement se faire dire qu'on est correct (alors que tout le monde a une opinion bien arrêtée sur l'importance des règles du français enseigné à l'école)... Or, la foi est une aventure et il n'est écrit nulle part dans la Bible qu'elle soit reposante; le christianisme ne peut pas être une simple variante du climat social ambiant. C'est pourtant ce qu'il a longtemps été au Québec, d'oû la difficulté pour les quelques croyants qui restent de reconnaître qu'ils sont devenus des marginaux; il faut enfin s'en rendre compte, et l'assumer. Il faudrait aussi réaliser que l'Évangile n'est pas un "feel-good story", contrairement à ce que suggère le courant de la "spiritualité" du Nouvel Âge, expressément conçue pour la société de consommation. Souvent ceux qui prétendent que l'Église n'est pas assez évangélique sont passablement surpris quand on leur sort certaines citations... Et pourtant le Christ est miséricordieux. Non, la vie n'est pas simple et le secret de la Vie n'est pas compliqué. Le découvrir demande un coeur et un esprit plus ouverts que ce qu'un curé Gravel nous pousse à croire... »

  • Michel Thibodeau
    Inscrit
    lundi 19 février 2007 15h11
    Ce soleil aveuglant...
    « Un ''accommodement raisonnable'' avec cela? »

  • Bruno Déry
    Inscrit
    lundi 19 février 2007 18h50
    Grâce du mariage
    « Moïse a permis la répudiation (divorce) parce que nos coeurs sont trop durs. Moïse avait raison de faire cette loi et Jésus-Christ ne le contredit pas; mais Lui, Il annonce un changement majeur, une loi nouvelle, Il réalise par Lui un Salut pour le mariage...

    Maintenant la répudiation, cette loi des Hommes, cette loi à la mesure des Hommes, n'est plus nécessaire. Maintenant, ce n'est plus l'Homme qui réussit son mariage, mais la grâce de Jésus-Christ accueilli dans le couple, accueilli humblement par l'acte libre d'adultes consentants lors du mariage chrétien, lors du quotidien de toute leur vie conjugale.

    Refuser son mariage chrétien c'est refuser la grâce de Jésus-Christ. Comment peut-on prétendre accueillir Jésus-Christ totalement dans sa vie par l'Eucharistie lorsqu'on rejette sa grâce de manière évidente par un acte librement consenti de remariage civil? L'Église demande seulement aux divorcés-remariés d'être conséquent avec leurs choix d'adultes, leurs choix évidents. On reproche souvent à l'Église de considérer les gens comme des enfants, mais on est toujours les premiers à pleurnicher lorsqu'elle nous demande d'être des adultes libres et responsables...

    Pardonner? Comment l'Église peut-elle pardonner à quelqu'un lorsque cette personne refuse de manière évidente de reconnaître sa faute; sa faute qui n'est pas d'avoir échoué son mariage malgré des efforts humains mêmes très importants, mais d'avoir clairement perdu la foi en Dieu qui agit par la grâce dans son mariage? Demande-t-on pardon à Dieu de manquer de foi en Lui et d'humilité, ou pardon aux Hommes de ne pas avoir été à la hauteur de notre orgueil?

    Le refus de la grâce de Dieu dans un premier mariage ne donnera rien de nouveau dans un second mariage. Le second mariage sera peut-être mieux aux yeux des Hommes que le premier, mais la grâce de Dieu y sera absente. Si l'on croit au mariage chrétien, si l'on croit en Dieu, alors on croit que rien ne Lui est impossible, et ce, malgré nos faiblesses. Dieu ne renie jamais ses engagements; il est toujours engagé dans le premier mariage, engagement qui ne permet pas de conclure un autre don total à un autre...

    Non, on ne peut croire au remariage lorsqu'on est chrétien, et particulièrement lorsqu'on prend conscience de nos faiblesses, de notre nécessaire humilité face à Dieu et face à sa grâce. Plus on se sait faible, plus la grâce est accueillie, et plus notre mariage chrétien est réussi par la puissance absolue de Dieu. Nos faiblesses, nos échecs sont nos plus grandes forces; elles le sont lorsqu'on accepte enfin de reconnaître l'échec, l'échec non pas de notre mariage, mais des nos prétentions humaines.

    L'échec est humain, la grâce est divine. Tomber c'est humain; se relevé est divin, rester par terre c'est sans-dessin! »

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