Affaire d'État
Dans le long texte qu'il a livré au Devoir, l'ex-ministre Paul Bégin a entièrement raison sur un point: où sont nos politiciens? Les débats sur l'accommodement raisonnable durent depuis des mois, et les gens ont beau s'en dire exaspérés, ils ne se lassent pas d'en parler. Les chefs politiques, eux, ne font que surfer sur la vague.
Bien sûr, il y a eu la sortie de Mario Dumont. Jamais à court de répartie, l'homme a sauté sur l'occasion. Cela l'a servi dans les sondages, mais popularité instantanée n'est pas synonyme de crédibilité à long terme. Il lui reste encore à expliquer la cohérence de sa démarche, lui qui a déjà défendu l'accommodement avec autant de conviction qu'il en met aujourd'hui à le décrier.
André Boisclair, lui, s'est accroché à un crucifix sans voir que le questionnement actuel ne porte pas sur les symboles mais sur les valeurs. Peut-on réconcilier le hijab, la burqa, le niqab, les cours séparés pour les hommes avec l'égalité des femmes? Comment une société pacifique peut-elle accepter qu'une religion exige partout le port d'une arme, même toute petite et emmaillotée? Est-ce légitime que des travailleurs échangent le droit à la sécurité, chèrement acquis en milieu de travail, contre celui d'arborer un turban, comme on le voit au port de Montréal? Ces enjeux sont plus complexes que de se troubler à la vue de la croix des chrétiens, de la menorah des juifs ou de la main de Fatima.
Quant à Jean Charest, il s'est voulu rassurant: les Québécois ne sont pas racistes, le «code de vie» d'Hérouxville est un cas isolé et le Québec peut s'en remettre en toute confiance à sa Charte des droits et libertés et à ses institutions (Commission des droits de la personne, Conseil du statut de la femme, etc.).
Mais cette réponse, légaliste, ne satisfait personne parce qu'elle ne tient pas compte du sentiment d'injustice qui déborde de partout. Pas juste que mon collègue ait des jours de congé de plus! Pas juste que celui-là soit servi avant moi pour cause de sabbat! Pas juste que les règles vestimentaires des écoles puissent souffrir d'exception!
Cette réponse ne dit rien non plus du grand choc auquel sont confrontés les Québécois: le retour de l'intégrisme. Dans un Québec qui a pris de saines distances par rapport à ses propres préceptes religieux, toute intransigeance a de quoi nous renverser: est-on si sûr que Yahvé ou Allah ne souffriraient aucun compromis, même au nom du bon sens? Car, enfin, la musique n'est pas l'instrument du diable et il est bon que garçons et filles puissent se serrer la main...
Qu'a donc à dire de cette situation le premier ministre de tous les Québécois? N'est-il pas agacé de voir les sujets de friction s'étaler goutte à goutte dans les médias, sans qu'on puisse distinguer l'anecdote des tendances de fond? À quand une enquête pour connaître le nombre de femmes voilées dans les écoles du Québec, d'incidents entre médecins et maris de patientes, de demandes particulières dans les CLSC? Et combien de conventions collectives au Québec prévoient des congés pour les fêtes autres que chrétiennes?
Le débat actuel se nourrit trop de l'ignorance et de l'émotion. Il y a urgence de le canaliser et d'indiquer des voies à suivre, surtout dans une société dont toute l'histoire est une lutte pour se protéger. C'est là le rôle du politique.
On attend.
Bien sûr, il y a eu la sortie de Mario Dumont. Jamais à court de répartie, l'homme a sauté sur l'occasion. Cela l'a servi dans les sondages, mais popularité instantanée n'est pas synonyme de crédibilité à long terme. Il lui reste encore à expliquer la cohérence de sa démarche, lui qui a déjà défendu l'accommodement avec autant de conviction qu'il en met aujourd'hui à le décrier.
André Boisclair, lui, s'est accroché à un crucifix sans voir que le questionnement actuel ne porte pas sur les symboles mais sur les valeurs. Peut-on réconcilier le hijab, la burqa, le niqab, les cours séparés pour les hommes avec l'égalité des femmes? Comment une société pacifique peut-elle accepter qu'une religion exige partout le port d'une arme, même toute petite et emmaillotée? Est-ce légitime que des travailleurs échangent le droit à la sécurité, chèrement acquis en milieu de travail, contre celui d'arborer un turban, comme on le voit au port de Montréal? Ces enjeux sont plus complexes que de se troubler à la vue de la croix des chrétiens, de la menorah des juifs ou de la main de Fatima.
Quant à Jean Charest, il s'est voulu rassurant: les Québécois ne sont pas racistes, le «code de vie» d'Hérouxville est un cas isolé et le Québec peut s'en remettre en toute confiance à sa Charte des droits et libertés et à ses institutions (Commission des droits de la personne, Conseil du statut de la femme, etc.).
Mais cette réponse, légaliste, ne satisfait personne parce qu'elle ne tient pas compte du sentiment d'injustice qui déborde de partout. Pas juste que mon collègue ait des jours de congé de plus! Pas juste que celui-là soit servi avant moi pour cause de sabbat! Pas juste que les règles vestimentaires des écoles puissent souffrir d'exception!
Cette réponse ne dit rien non plus du grand choc auquel sont confrontés les Québécois: le retour de l'intégrisme. Dans un Québec qui a pris de saines distances par rapport à ses propres préceptes religieux, toute intransigeance a de quoi nous renverser: est-on si sûr que Yahvé ou Allah ne souffriraient aucun compromis, même au nom du bon sens? Car, enfin, la musique n'est pas l'instrument du diable et il est bon que garçons et filles puissent se serrer la main...
Qu'a donc à dire de cette situation le premier ministre de tous les Québécois? N'est-il pas agacé de voir les sujets de friction s'étaler goutte à goutte dans les médias, sans qu'on puisse distinguer l'anecdote des tendances de fond? À quand une enquête pour connaître le nombre de femmes voilées dans les écoles du Québec, d'incidents entre médecins et maris de patientes, de demandes particulières dans les CLSC? Et combien de conventions collectives au Québec prévoient des congés pour les fêtes autres que chrétiennes?
Le débat actuel se nourrit trop de l'ignorance et de l'émotion. Il y a urgence de le canaliser et d'indiquer des voies à suivre, surtout dans une société dont toute l'histoire est une lutte pour se protéger. C'est là le rôle du politique.
On attend.
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