dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 12h20
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Affaire d'État

Josée Boileau   31 janvier 2007  Éthique et religion
Dans le long texte qu'il a livré au Devoir, l'ex-ministre Paul Bégin a entièrement raison sur un point: où sont nos politiciens? Les débats sur l'accommodement raisonnable durent depuis des mois, et les gens ont beau s'en dire exaspérés, ils ne se lassent pas d'en parler. Les chefs politiques, eux, ne font que surfer sur la vague.

Bien sûr, il y a eu la sortie de Mario Dumont. Jamais à court de répartie, l'homme a sauté sur l'occasion. Cela l'a servi dans les sondages, mais popularité instantanée n'est pas synonyme de crédibilité à long terme. Il lui reste encore à expliquer la cohérence de sa démarche, lui qui a déjà défendu l'accommodement avec autant de conviction qu'il en met aujourd'hui à le décrier.

André Boisclair, lui, s'est accroché à un crucifix sans voir que le questionnement actuel ne porte pas sur les symboles mais sur les valeurs. Peut-on réconcilier le hijab, la burqa, le niqab, les cours séparés pour les hommes avec l'égalité des femmes? Comment une société pacifique peut-elle accepter qu'une religion exige partout le port d'une arme, même toute petite et emmaillotée? Est-ce légitime que des travailleurs échangent le droit à la sécurité, chèrement acquis en milieu de travail, contre celui d'arborer un turban, comme on le voit au port de Montréal? Ces enjeux sont plus complexes que de se troubler à la vue de la croix des chrétiens, de la menorah des juifs ou de la main de Fatima.

Quant à Jean Charest, il s'est voulu rassurant: les Québécois ne sont pas racistes, le «code de vie» d'Hérouxville est un cas isolé et le Québec peut s'en remettre en toute confiance à sa Charte des droits et libertés et à ses institutions (Commission des droits de la personne, Conseil du statut de la femme, etc.).

Mais cette réponse, légaliste, ne satisfait personne parce qu'elle ne tient pas compte du sentiment d'injustice qui déborde de partout. Pas juste que mon collègue ait des jours de congé de plus! Pas juste que celui-là soit servi avant moi pour cause de sabbat! Pas juste que les règles vestimentaires des écoles puissent souffrir d'exception!

Cette réponse ne dit rien non plus du grand choc auquel sont confrontés les Québécois: le retour de l'intégrisme. Dans un Québec qui a pris de saines distances par rapport à ses propres préceptes religieux, toute intransigeance a de quoi nous renverser: est-on si sûr que Yahvé ou Allah ne souffriraient aucun compromis, même au nom du bon sens? Car, enfin, la musique n'est pas l'instrument du diable et il est bon que garçons et filles puissent se serrer la main...

Qu'a donc à dire de cette situation le premier ministre de tous les Québécois? N'est-il pas agacé de voir les sujets de friction s'étaler goutte à goutte dans les médias, sans qu'on puisse distinguer l'anecdote des tendances de fond? À quand une enquête pour connaître le nombre de femmes voilées dans les écoles du Québec, d'incidents entre médecins et maris de patientes, de demandes particulières dans les CLSC? Et combien de conventions collectives au Québec prévoient des congés pour les fêtes autres que chrétiennes?

Le débat actuel se nourrit trop de l'ignorance et de l'émotion. Il y a urgence de le canaliser et d'indiquer des voies à suivre, surtout dans une société dont toute l'histoire est une lutte pour se protéger. C'est là le rôle du politique.

On attend.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Joho - Inscrite
    31 janvier 2007 05 h 05
    Une prime à l'idéologie
    Parce que des enseignants ont une mère juive ou des parents musulmans des congés supplémentaires leurs sont accordés de facto. Nul besoin de pratiquer la religions en question, nous pouvons être totalement athé et bénéficier de ces prévilèges.

    En institutionnalisant les accomodements raisonnables pour satisfaire des idéologies religieuses ou des appartenances la Cours Suprême a créé une prime à l'idéologie. Si vous avez la chance d'être bien né idéologiquement vous aurez des prévilièges.

    Pourquoi la Cour Suprême n'a pas plutôt obliger les institutions scolaires à organiser un horaire de travail permettant des remplacements par exemple ? Pourquoi nécessairement des congés payés supplémentaires ? Les juges démontrent leur propre incapacité à comprendre ce qu'est un accomodement raisonnable en instituant une hiéarchie en fonction d'une appartenance réelle ou imaginaire à une idéologie religieuse.

    Il s'agit d'un dérapage légaliste que l'indigence des élus alimente. Il y a comme une fatigue chez la majorité des Québécois, celle de s'excuser d'exister.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Larivée Georges - Inscrit
    31 janvier 2007 06 h 20
    LA LÂCHETÉ DES POLITICIENS
    Je crains que la population ne soit poussée vers les extrêmes par le vide laissé par les bien-pensants. Voir des étrangers venir chez nous dérange nos habitudes. Ceux qui prétendent le contraire ne l'ont sûrement pas vécu. Mais si les responsables, au nom de l'ouverture, en deviennent injustes dans le respect des droits de chacun, je crains que certains ne se radicalisent. On commence par le faire pour rire, en blague. Mais la grogne est bien réelle.

    Question pour la commission scolaire qui paie des congés religieux aux employés musulmans et juifs. Est-ce qu'elle leur paie aussi les congés catholiques en plus ? Si oui, alors les catholiques devraient avoir droit aux congés juifs et musulmans.

    Marie Maufette
    Anthropologue
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Gilles Delisle - Abonné
    31 janvier 2007 06 h 58
    Excellente analyse Mme Boileau
    Vous avez entièrement raison madame! Ces accomodements sont en réalité des caprices accordés bêtement par des tribunaux et défendus par des avocats,qui viennent de se créer de nouveaux clients pour des années à venir si le peuple et leurs représentants ne réagissent pas rapidement. Actuellement, le peuple se réveille et réagît à ce type de privilèges inacceptables dans notre société. Mais les politiciens, comme à l'habitude, se cachent derrière des paroles creuses ou électoralistes. Voyez ce que les Français sont en train de faire avec leur nouvelle Chartre de la laicité, ils pourraient nous montrer la voie à suivre à ce chapître.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Line Gingras - Abonnée
    31 janvier 2007 07 h 34
    On se calme
    Nos dirigeants doivent départager le raisonnable et le déraisonnable, cela va de soi. Mais je trouve curieux, tout de même, que l'idée d'«accommodements» semble susciter le plus de crainte ou d'agacement chez ceux qui n'ont guère l'occasion de côtoyer les groupes visés.
    http://chouxdesiam.hautetfort.com
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Fernand Turbide - Inscrit
    31 janvier 2007 07 h 43
    Nous ne sommes pas raciste...
    Ce n'est pas de racisme dont font preuve les Québécois actuellement devant l'envahissement du fanatisme religieux dont font preuve certains immigrants mais d'irritation parce que nous avons collectivement connu l'intégrisme religieux il n'y a pas si longtemps et que sous aucun prétexte nous ne voulons revenir en arrière. C'est aux immigrants a comprendre cela et a s'intégrer a notre société devenue laique dans son espace public.

    Fernand Turbide
    Ville Saguenay G7X 0H9
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jean-Guy Beaulieu - Abonné
    31 janvier 2007 08 h 40
    Les congés rémunérés
    Pourquoi ne pas abolir tout simplement la rémunération de tous les congés occasionnés par des fêtes religieuses ? L'État pourrait en retour instituer des fêtes civiques (...) avec obligation de rémunérer tous les travailleurs. On pourrait fêter le premier ministre, la présidence de l'Assamblée nationale, le chef de l'opposition officielle (...), le roi de la patate, la citrouille, le carnaval, etc., etc.,
    Jean-Guy Beaulieu
    Drummondville
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • André Doré - Abonné
    31 janvier 2007 09 h 28
    Un vide que doit combler l'État
    Il est étonnant que des gens supposément intelligents, instruits, capables (dit-on) d'analyse, puisqu'on les invite à commenter les événements et les positions en regard des accommodements raisonnables, ne soient pas capables de faire la différence entre ce qui est raisonnable et ce qui ne l'est pas.
    OUI aux accommodements raisonnables, mais NON, à tout ce qui est déraisonnable.

    Je suis certain qu'il n'y a aucun québécois qui ne soit pas d'accord avec ce qui est RAISONNABLE, mais NUL ne peut accepter les passe-droits, la discrimination pour favoriser une classe de citoyens sous prétexte de leur liberté de religion, les accrocs à la sécurité, le déni du droit à la vie pour des enfants qui ont besoin de soins médicaux, la privation pour d'autres, de cours qui sont pourtant obligatoires pour tous, et tout ceci, pratiquement toujours pour des motifs religieux. Il n'y a AUCUNE raison qui justifie des différences dans les obligations de certains citoyens par rapport à d'autres pour les motifs qui ont normalement été invoqués jusqu'à maintenant. C'est ce qui exaspère la majorité. Et... c'est à l'État qu'il incombe de montrer ou se situe la ligne qu'on ne peut franchir...

    Madame Boileau et Monsieur Bégin qui l'a bien expliqué dans son article du 29 janvier dans ce journal ("Accommodements raisonnables? Non, cafouillages sociétaux!") ont bien raison sur ce point. J'invite d'ailleurs tous les lecteurs qui n'auraient pas lu cet article de M. Bégin, d'en faire une lecture attentive.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jean-Pierre Aubry - Abonné
    31 janvier 2007 09 h 47
    Définir le domaine public
    Mme Boileau

    Je supporte entièrement votre position et celle énoncée par M. Paul Bégin qui nous a donné une analyse d'une grande qualité dans ses deux lettres publiées par Le Devoir.

    Un des rôles de l'État est de réglementer, si nécessaire, les comportements en public de façon à augmenter le bien-être collectif. C'est pour cela, par exemple qu'il y a des panneaux "Arrêt" et des feux de circulation aux intersections.

    Les religions ont beaucoup de difficulté à se limiter au domaine privé (la maison et les lieux de culte). De par leur nature, elles tentent constamment d'envahir les lieux publics pour créer un environnement qui serait plus propice à l'épanouissement de leurs adeptes. On veut imposer à un autre groupe sa façon de penser et de vivre. Il y a plusieurs années, on a vécu cette réalité au Québec lorsque l'Église catholique était omniprésente et s'assurait que d'autres religions (et l'athéisme) ne prennent la moindre petite de place.

    Dans un milieu pluraliste où les citoyens ont différentes philosophies de vie et pratiquent différente religion, l'État doit définir le domaine public où tous pourront le mieux possible vivre ensemble. Ne pas remplir cette tâche, c'est laisser le pouvoir des divers groupes religieux arbitrer les guerres de territoire.

    Jean-Pierre Aubry
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Mario Bruyère - Inscrit
    31 janvier 2007 10 h 14
    Accommodements raisonnables ou relativisme culturel ?
    Plus le débat se poursuit sur les accommodements raisonnables, et plus je constate que la politique du multiculturalisme officiel et l'édifice jurisprudentiel qu'il engendre sont en train de nous mener tout droit vers le relativisme culturel o`u certaines lois et règlements s'appliquent à certain(e)s et pas à d'autres ainsi qu'à des régimes d'exceptions qui rendent certains citoyens plus égaux que d'autre, pour paraphraser George Orwell. De quoi rendre n'importe quelle société ingouvernable !

    Comment ne pas considérer inique que certaines gens aient plus de congés payés que d'autres du fait de leur confession ? L'ouverture d'esprit ne peut qu'en prendre pour son rhume. Je suis tout à fait d'accord avec l'idée de créer des congés civiques payés (pourquoi pas le jour du drapeau, entre autres ?) et de laisser les gens de prévaloir des congés religieux de leurs choix, à leurs frais. Vivement le règne de la laïcité de l'espace public !
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Roland Berger - Abonné
    31 janvier 2007 12 h 56
    Les accommodements en soi déraisonnables
    Plusieurs réclament que le gouvernement mette ses culottes et tire la ligne entre ce qui est un accommodement raisonnable et ce qu'il ne l'est pas. Le critère premier de distinction saute pourtant aux yeux de ceux et celles qui ont vécu et été victimes du pouvoir absolu qu'a exercé l'Église catholique durant plus de deux siècles. Il faut éliminer d'emblée tout accommodement fondé sur une croyance, une pratique ou un principe de nature religieuse. Ne donnons pas à l'Église l'occasion de reprendre son pouvoir à titre de « minorité majoritaire ».
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Laurette Trahan - Inscrite
    31 janvier 2007 18 h 37
    Votre éditorial est très pertinent :Est - ce que les politiciens vont conprendrent !!
    Madame Boileau ,
    Quel beau texte ,il faut que les politiciens bougent avant que les gens se revoltent .Chaque jour .un fait nouveau sort qui emplifient la grogne .Il faut trouver un moyen de faire bouger nos gouvernants .Ne lachez pas d'écrire sur le sujet .
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Marc A. Vallée - Abonné
    31 janvier 2007 21 h 30
    Les bonnes questions
    Mme Boileau,

    Je veux vous citer car selon moi, vous posez les bonnes questions: "Peut-on réconcilier le hijab, la burqa, le niqab, les cours séparés pour les hommes avec l'égalité des femmes? Comment une société pacifique peut-elle accepter qu'une religion exige partout le port d'une arme, même toute petite et emmaillotée? Est-ce légitime que des travailleurs échangent le droit à la sécurité, chèrement acquis en milieu de travail, contre celui d'arborer un turban, comme on le voit au port de Montréal? Ces enjeux sont plus complexes que de se troubler à la vue de la croix des chrétiens, de la menorah des juifs ou de la main de Fatima."

    Ces questions, les Québécois, comme le reste des Canadiens, ne semblent pas y avoir répondu de façon cohérente.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Françoise Cantin - Abonné
    31 janvier 2007 23 h 20
    merci
    encore une fois merci madame Boileau!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné
    3 février 2007 21 h 49
    Laïcité de l'État et Suprématie de Dieu dans la Charte
    Laïcité de l'État et Suprématie de Dieu dans la Charte


    Je me demande qu'est-ce que la suprématie de Dieu vient faire dans la Charte canadienne des droits et libertés.

    En fait, qu'est-ce que cela signifie au juste la "suprématie de Dieu". Une autre phrase creuse?

    L'intégrisme, le dogmatisme et l'obscurantisme ne sont pas loin quand on met en exergue la suprématie de Dieu.

    Je préférerais parler de suprématie de la morale. Pour paraphraser Voltaire, la morale engendre le bien, le dogme engendre le mal.


    À quand une révision de la Charte pour éliminer cet anachronisme?



    Raymond Saint-Arnaud,
    Ile d'Orléans
    le 3 février 2007
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
14 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012