Le «pape de Gaza» n'a pas peur
3 janvier 2007
Éthique et religion
Photo : Agence France-Presse
Le père Manuel Musallan veille sur une collectivité de 200 catholiques à Gaza.
Gaza — Il sourit quand ses ouailles le surnomment le «pape de Gaza» mais pour le père Manuel Musallan, qui veille sur la minuscule collectivité de 200 catholiques, le curé de Gaza est «d'abord un homme de souffrance».
À 68 ans, ce prêtre corpulent et disert coiffé d'un béret basque qui, porté en arrière, lui fait comme une auréole noire, a été nommé curé de l'église de la Sainte-Famille à Gaza-ville en 1995.
Depuis il n'a été autorisé que deux fois par Israël, dont il fustige sans répit la politique et les pratiques, à sortir de sa «prison à ciel ouvert».
«C'est difficile mais je n'ai pas peur», dit-il en souriant dans un français fleuri, assis à son bureau. Au mur, les portraits de Yasser Arafat, du pape et de mère Teresa. «J'obéis comme un soldat pour le Christ. Prisonnier avec mon peuple.»
Sur les 1,4 million d'habitants de la bande de Gaza, il n'y a que 3000 chrétiens, la plupart orthodoxes, et 200 catholiques.
«Le monde dans lequel nous vivons est dur, très ingrat», soupire celui que ses fidèles appellent affectueusement abouna (père).
«L'Europe, l'Amérique ont décidé de clôturer le peuple palestinien, de dire que nous sommes dangereux, violents, terroristes. Ils ont décidé, avec Israël, de nous enfermer.»
«Nous ne souffrons pas des musulmans, avec lesquels il n'y a aucune tension à Gaza. Nous souffrons avec eux. Il n'y a pas de ghetto chrétien.»
Né à Bir Zeit (Cisjordanie), ordonné prêtre en 1963, il a passé 25 ans dans une paroisse proche de Djénine avant de se voir proposer Gaza, coupé du diocèse et du monde. «Beaucoup ont refusé, le patriarche ne trouvait personne. J'ai accepté parce que je suis courageux. J'ai confiance en mon peuple.» Une lueur d'orgueil enflamme son regard. «Je suis considéré comme "le grand terroriste" parmi les prêtres: ils ont peur, pas moi.»
«Celui qui dit la vérité, qui trouve un peu de hardiesse dans sa parole pour dire au mal "tu es le mal", aux méchants "vous êtes méchants", il est mal considéré. C'est pour ça que je n'ai pas de permis pour quitter Gaza.»
Le père Musallan a vécu les récents combats fratricides palestiniens, marqués notamment par l'assassinat de trois enfants d'un responsable du Fatah à Gaza, comme une nouvelle station de son chemin de croix.
«Nous avions un bus scolaire à côté de l'endroit où les enfants ont été mitraillés, dit-il. Nos élèves ont vu les petits sauter dans la voiture sous l'impact des balles. À cause du traumatisme, les préparatifs de Noël ont été annulés. On a démonté l'arbre. Les enfants disaient: "Papa Noël ne viendra pas cette année. Il a peur".»
Pour la première fois, la messe de minuit n'a pas eu lieu, remplacée par un modeste office à 19h, devant une audience clairsemée.
«Quand Israël tuait des gens pendant les fêtes de Noël, c'était un défi que d'aller à l'église pour dire que nous existons sur notre terre, soupire Manuel Musallan. Mais cette fois, j'ai peur de mon peuple qui tue mon peuple, du voisin qui tue le voisin. Et ça, je ne peux le défier...»
Le 17 décembre, le vieux curé a été élevé, sur décision papale, au rang de «monseigneur», désormais autorisé à se vêtir de pourpre et à porter en sautoir la grosse croix dorée.
«C'est un titre d'honneur pour me donner un peu de courage... Pour me garder encore quatre ans de plus ici, car ce n'est pas facile de trouver un prêtre qui accepte de venir à Gaza.»
Dimanche dernier, une quarantaine de fidèles et 13 nonnes ont assisté à la messe, dans la petite église décorée de fresques naïves, peintes en 1985 par un peintre italien rentrant du Togo. Mgr Musallan était à l'orgue électrique et a entonné «Il est né le divin enfant».
«Je suis à ma place. Dieu m'a choisi pour ce moment, pour cet endroit, pour ces gens, pour ces difficultés. Je suis l'homme de Dieu. Tout est bien.»
À 68 ans, ce prêtre corpulent et disert coiffé d'un béret basque qui, porté en arrière, lui fait comme une auréole noire, a été nommé curé de l'église de la Sainte-Famille à Gaza-ville en 1995.
Depuis il n'a été autorisé que deux fois par Israël, dont il fustige sans répit la politique et les pratiques, à sortir de sa «prison à ciel ouvert».
«C'est difficile mais je n'ai pas peur», dit-il en souriant dans un français fleuri, assis à son bureau. Au mur, les portraits de Yasser Arafat, du pape et de mère Teresa. «J'obéis comme un soldat pour le Christ. Prisonnier avec mon peuple.»
Sur les 1,4 million d'habitants de la bande de Gaza, il n'y a que 3000 chrétiens, la plupart orthodoxes, et 200 catholiques.
«Le monde dans lequel nous vivons est dur, très ingrat», soupire celui que ses fidèles appellent affectueusement abouna (père).
«L'Europe, l'Amérique ont décidé de clôturer le peuple palestinien, de dire que nous sommes dangereux, violents, terroristes. Ils ont décidé, avec Israël, de nous enfermer.»
«Nous ne souffrons pas des musulmans, avec lesquels il n'y a aucune tension à Gaza. Nous souffrons avec eux. Il n'y a pas de ghetto chrétien.»
Né à Bir Zeit (Cisjordanie), ordonné prêtre en 1963, il a passé 25 ans dans une paroisse proche de Djénine avant de se voir proposer Gaza, coupé du diocèse et du monde. «Beaucoup ont refusé, le patriarche ne trouvait personne. J'ai accepté parce que je suis courageux. J'ai confiance en mon peuple.» Une lueur d'orgueil enflamme son regard. «Je suis considéré comme "le grand terroriste" parmi les prêtres: ils ont peur, pas moi.»
«Celui qui dit la vérité, qui trouve un peu de hardiesse dans sa parole pour dire au mal "tu es le mal", aux méchants "vous êtes méchants", il est mal considéré. C'est pour ça que je n'ai pas de permis pour quitter Gaza.»
Le père Musallan a vécu les récents combats fratricides palestiniens, marqués notamment par l'assassinat de trois enfants d'un responsable du Fatah à Gaza, comme une nouvelle station de son chemin de croix.
«Nous avions un bus scolaire à côté de l'endroit où les enfants ont été mitraillés, dit-il. Nos élèves ont vu les petits sauter dans la voiture sous l'impact des balles. À cause du traumatisme, les préparatifs de Noël ont été annulés. On a démonté l'arbre. Les enfants disaient: "Papa Noël ne viendra pas cette année. Il a peur".»
Pour la première fois, la messe de minuit n'a pas eu lieu, remplacée par un modeste office à 19h, devant une audience clairsemée.
«Quand Israël tuait des gens pendant les fêtes de Noël, c'était un défi que d'aller à l'église pour dire que nous existons sur notre terre, soupire Manuel Musallan. Mais cette fois, j'ai peur de mon peuple qui tue mon peuple, du voisin qui tue le voisin. Et ça, je ne peux le défier...»
Le 17 décembre, le vieux curé a été élevé, sur décision papale, au rang de «monseigneur», désormais autorisé à se vêtir de pourpre et à porter en sautoir la grosse croix dorée.
«C'est un titre d'honneur pour me donner un peu de courage... Pour me garder encore quatre ans de plus ici, car ce n'est pas facile de trouver un prêtre qui accepte de venir à Gaza.»
Dimanche dernier, une quarantaine de fidèles et 13 nonnes ont assisté à la messe, dans la petite église décorée de fresques naïves, peintes en 1985 par un peintre italien rentrant du Togo. Mgr Musallan était à l'orgue électrique et a entonné «Il est né le divin enfant».
«Je suis à ma place. Dieu m'a choisi pour ce moment, pour cet endroit, pour ces gens, pour ces difficultés. Je suis l'homme de Dieu. Tout est bien.»
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