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Les 17es Journées mondiales de la Jeunesse de Toronto - Le défi de la jeune génération

Les évêques catholiques du Québec ont mis en branle une organisation "colossale" afin d'accueillir quelque 100 000 jeunes venus de tous les continents en vue des 17es Journées mondiales de la Jeunesse (JMJ) qui réuniront à Toronto l'été prochain un demi-million de participants. Cette rencontre que doit présider le pape Jean-Paul II n'ira pas cependant sans susciter la controverse à en croire certains groupes contestataires mobilisés ailleurs au Canada et aux États-Unis.

L'automne dernier, la Commission d'organisation estimait qu'environ 750 000 jeunes provenant de plus de 100 pays y participeraient. Depuis, une évaluation moins ambitieuse a ramené la présence attendue à plus de 500 000 personnes (mais le nombre de pays représentés passerait à plus de 150). Dans le seul diocèse de Montréal, on compte accueillir 50 000 jeunes. Pour la première fois, les participants pouvaient s'inscrire par Internet (www.jmj2002.org) et non plus seulement par la poste ou par télécopie.

En janvier, quelque 400 délégués sont allés à Toronto préparer l'événement. Ils provenaient de 71 des 72 diocèses du Canada et de 53 autres pays, notamment la Chine, Israël, la Russie, la Suède, le Nigeria, le Soudan et l'Angola. Le responsable romain de ces journées, le cardinal James F. Stafford, ainsi que l'archevêque de Toronto, le cardinal Aloysius Ambrosic, étaient de la rencontre. La chanson thème de la 17e JMJ y a été lancée. Les Chevaliers de Colomb, a-t-on annoncé, financeront un "Parc de la Réconciliation".

Cette édition des Journées mondiales va se tenir du 18 au 28 juillet, d'abord dans les diocèses du Canada (dont une vingtaine au Québec) jusqu'au 22 juillet, puis à Toronto pour le rassemblement international. Au programme: des "catéchèses", un festival, un chemin de croix dans les rues, une vigile et la messe avec le pape.

Le gouvernement du Canada y a désigné un représentant, le député de Toronto-Danforth. Invitant ses électeurs à ouvrir leur coeur et leur maison, Dennis Mills s'est dit convaincu que l'accueil de jeunes venus d'autres pays pourrait faire de cet événement "le plus grand et le plus significatif de l'histoire du Canada". La principale activité aura lieu au parc Downsview, "le premier parc national urbain" annoncé par le premier ministre Jean Chrétien en 1994.

Pélerinage de la croix

En préparation de cette manifestation, un pèlerinage de "la croix des jeunes du monde "traverse depuis quelques mois le pays. On a même voulu se rendre aux décombres du World Trade Center de New York pour répandre" un peu de l'espérance qui renaît au passage de la croix. (Ce symbole a été confié par Jean-Paul II aux jeunes du monde lors des premières journées à Rome en 1985.)

Le pèlerinage a parcouru plus de 20 000 kilomètres au Canada et a traversé déjà plus de 200 villes et villages. Un citoyen aura même prêté son avion personnel et deux pilotes.

"Le premier miracle de la croix, a expliqué le père Thomas Rosica, est l'unité entre l'Ontario et le Québec, entre anglophones et francophones." L'ecclésiastique est directeur de la Commission canadienne de préparation des JMJ. La croix a même visité la prison de Sherbrooke, rapporte l'agence Zenit, et 75 des 101 détenus y ont touché. "Beaucoup par simple curiosité", estime Sébastien Lacroix, le responsable du pèlerinage. "Mais il s'est passé quelque chose en chacun. La joie, la surprise. La croix parle d'elle-même. La croix leur parlait aussi à eux", a-t-il dit.

Le pèlerinage préparatoire est passé aussi dans le diocèse de Saint-Jean-Longueuil, où il reviendra du 28 avril au 2 mai. Dans l'Actualité diocésaine, l'évêque, Mgr Jacques Berthelet, de retour d'une rencontre de présidents d'épiscopats nationaux avec "les évêques de Terre Sainte" note la situation dramatique de l'église là-bas et aussi celle des deux peuples en conflit au Proche-Orient. "Au-delà des événements meurtriers qui sont les seuls faits rapportés dans les médias, écrit-il, il existe un profond désir de paix."

Ainsi, des jeunes chrétiens de Jordanie, de Palestine et d'Israël viendront à Toronto "témoigner de leur volonté de paix", ajoute-il. "Puissions-nous les entendre et faire notre part dans l'avènement de cette paix dont la cité de Jérusalem est le symbole actuellement défiguré."

Message du pape

Dans un message adressé en juillet dernier aux jeunes du monde, le pape réitère que la célébration de l'été prochain sera une nouvelle occasion pour eux de devenir, notamment, les bâtisseurs de la "civilisation de l'amour et de la vérité". Il les invite à se faire "sel de la terre" et "lumière du monde" Après saint Paul, qui pressait les chrétiens de Rome de manifester "clairement" leur manière de vivre et de pensée, Jean-Paul II dit aux jeunes chrétiens d'aujourd'hui de ne pas prendre pour modèle "le monde présent", mais de se transformer en renouvelant leur "façon de penser".

Le pape ajoute: "Vous avez raison de ne pas vous résigner à des divertissements sans saveur, à des modes passagères et à des projets réducteurs". "C'est l'heure de la mission", écrit-il, un nouvel élan leur "permettra de réconforter ceux qui souffrent et de porter la paix au monde".

À Toronto, ville multiculturelle et pluriconfessionnelle, le pape entend aussi que les jeunes expriment "l'unicité du Christ Sauveur" et prient pour "la pleine communion entre les chrétiens".

Il conclut son message en les invitant à "faire résonner dans les grandes artères de Toronto" l'annonce joyeuse du Christ "qui aime tous les hommes et qui porte à leur achèvement tous les signes du bien, du beau et de la vérité présents dans la cité des hommes".

Malgré le souhait des organisateurs de tenir les JMJ de Toronto loin de la controverse, des contestataires ont résolu d'y être présents eux aussi pour inciter les jeunes du monde à exiger de Rome des changements dans la doctrine officielle. Ainsi, Catholics for a Free Choice, un groupe de Washington, accuse l'Église romaine d'aggraver l'épidémie du sida en s'opposant à l'usage du condom. Challenge the Church, une organisation de Toronto, veut aussi faire entendre un point de vue différent, notamment en matière de morale sexuelle et d'égalité dans l'Église.

Pour le pape, l'orientation des jeunes revêt une importance particulière. Ils sont à un âge où ils peuvent ne pas se contenter de ce qui est inférieur "aux plus grands idéaux". Dans une église où traditionalistes et réformateurs s'affrontent sourdement, ils peuvent également faire pencher la balance pour l'avenir. "Avec une force particulière", leur écrit-il, leur génération est placée devant le défi de "maintenir intègre le dépôt de la foi".

Un autre événement pourrait toutefois venir changer la perspective du rassemblement. D'aucuns se demandent, en effet, si Jean-Paul II pourra se rendre, comme il le souhaite, aux JMJ de Toronto.

Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l'Université de Montréal.






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