samedi 11 février 2012 Dernière mise à jour 01h25
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

L'ETS doit offrir un lieu de prière aux étudiants musulmans

La Commission des droits de la personne veut ouvrir un débat sur la conciliation de la laïcité et des droits religieux

Photo : Agence Reuters
La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) somme l'École de technologie supérieure de refaire ses devoirs afin de mieux accommoder les étudiants musulmans qui souhaitent y faire leurs prières.

«Le caractère laïque [invoqué par] l'ETS ne la dispense pas de son obligation d'accommodement raisonnable à l'égard des étudiants de religion musulmane qui la fréquentent. [...] La liberté de religion protégée par la charte inclut le droit de manifester ses croyances religieuses par leur mise en pratique et par le culte», a déclaré hier le président par intérim de la CDPDJ, Marc-André Dowd, en dévoilant la décision de la Commission. La CDPDJ donne 60 jours à l'établissement universitaire pour s'entendre sur un accommodement raisonnable avec les étudiants musulmans.

La plainte date de 2003. À l'époque, les 113 étudiants musulmans en étaient rendus à prier dans la cage d'escalier, faute de locaux disponibles. Ces derniers revendiquaient alors un local attitré pour y faire leurs prières.

Sur cet aspect, la Commission ne leur a cependant pas donné raison. «L'obligation d'accommodement raisonnable n'est pas absolue, elle a des limites», a précisé M. Dowd en ajoutant que la Commission n'exige pas qu'un local soit réservé exclusivement aux musulmans. La notion d'accommodement raisonnable se limite ainsi à permettre aux musulmans de prier régulièrement «selon des conditions qui respectent leur droit à la sauvegarde de leur dignité».

Au-delà de cette décision, la Commission ressent le besoin de réfléchir de façon plus globale sur la place de la religion dans l'espace public. «La réponse au cas par cas nous apparaît insatisfaisante», fait valoir M. Dowd en citant notamment les dossiers du kirpan au secondaire et du voile dans les écoles privées. La CDPDJ entend donc lancer dans les prochains mois un débat public sur la façon de «concilier un idéal de laïcité avec le respect des droits religieux».

Si elle a accueilli la plainte sur les lieux de prière, la CDPDJ a cependant rejeté trois autres récriminations des étudiants musulmans. L'ETS est donc dans son droit, selon la décision de la Commission, de ne pas accorder un statut officiel à l'association des étudiants musulmans étant donné sa mission laïque. On a aussi écarté une plainte contre un des cadres de l'établissement pour propos discriminatoire, faute de preuve. La Commission rejette aussi la plainte portant sur une affiche posée dans les toilettes y interdisant le lavage des pieds.

L'École de technologie supérieure était avare de commentaires hier. «On va réviser l'ensemble du jugement de la Commission avec nos procureurs et on va rendre publique notre position lundi prochain», a précisé le directeur des communications, Jean Morin. Il précise toutefois que les étudiants musulmans ont déjà accès à des locaux de classes libres et que l'ensemble des classes sont disponibles le matin et pendant l'heure du dîner.

Le Centre de recherche-action sur les relations raciales, qui a déposé la plainte au nom des étudiants musulmans de l'ETS, fera quant à lui connaître ses réactions plus tard.

Du côté de la communauté musulmane, on se réjouissait hier de la ligne tracée par la Commission. Pour Sarah Elgazzar, porte-parole québécoise de CAIR-Can, l'aménagement d'une salle multiconfessionnelle pour la prière et la méditation serait le dénouement logique à ce litige. Elle se réjouit de voir apparaître des balises un peu plus claires sur la notion d'accommodement raisonnable à l'égard de la pratique religieuse. «C'est intéressant de voir que la Cour suprême, avec la décision sur le kirpan, et la Commission aujourd'hui assument un leadership pour trouver un équilibre entre une société séculière et le droit à la religion», a affirmé Mme Elgazzar.

Au Mouvement laïque québécois, on trouve la décision «assez modérée», compte tenu de la jurisprudence. Le MLQ juge cependant qu'il y a une dérive de la jurisprudence en exigeant que des établissements fournissent aux croyants les instruments de leur pratique religieuse. «Dans le cas de la liberté d'opinion, on n'exige pas de fournir les outils nécessaires à l'exercice de cette liberté d'opinion», affirme le président du MLQ, Henri Laberge.

Cette décision de la Commission pourrait avoir des répercussions au-delà des murs de l'École de technologie supérieure. Des étudiants musulmans de l'université McGill ont en effet déposé une plainte similaire en décembre dernier, après avoir perdu leur local de prière en octobre. «Cela a pris tellement de temps à l'ETS, on espère que cela va aller plus vite à McGill et que l'administration va discuter», a fait valoir le président de l'association des étudiants musulmans de McGill, Nafay Choudury, soulignant que les musulmans prient actuellement dans des corridors de l'université.

La direction de McGill a quant à elle pris bonne note de la décision. «Nous étudions la décision et évaluons les répercussions qu'elle pourrait entraîner pour l'université», a indiqué Anthony C. Masi, vice-principal exécutif de McGill.

L'administration souligne cependant qu'il est possible de prier dans des lieux tranquilles, tels que la bibliothèque ou des classes vides, mais qu'elle ne se sent pas obligée de fournir aux groupes religieux un espace permanent réservé à la prière.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Betty Cohen
    Abonné
    jeudi 23 mars 2006 07h36
    L'accumulation de raisonnable risque de mener au déraisonnable
    À force d'accommodements raisonnables, nous risquons de nous lever un matin dans une société totalement "délaïcisée" et victimes des exigences diverses et variées des communautés. Nous commençons avec les lieux de prière et le kirpan, nous finirons avec des horaires de piscines pour les hommes et les femmes. Jusqu'ici immigration signifiait recherche d'un monde meilleur et adaptation à une société qui voulait bien nous accueillir. Aujourd'hui, immigration signifie de plus en plus colonisation de la culture d'accueil. La culture occidentale qui attire tant de monde est-elle si faible qu'elle ne peut s'affirmer? Je suis une immigrée moi-même et l'intégration totale m'a parue la meilleure manière de me faire accueillir ici. J'ai eu raison. Je tiens à ce qu'on respecte ma religion et ma culture, mais je ne l'impose à personne.

    J'invite la Commission à aller voir ce qui se passe en France et aux Pays-Bas et à examiner les difficultés d'intégration auxquels ces pays sont confrontés. L'ouverture des Pays-Bas leur a coûté tant que la table est mise pour l'extrême-droite. Est-ce vraiment cela que nous voulons?

  • Serge Longval
    Inscrit
    jeudi 23 mars 2006 14h11
    L'invasion des lieux publics et laïcs par la Religion
    La mission première de l'École (particulièrement une école d'études supérieures) est d'instruire. Par analogie, c'est un Temple dont le mandat est de transmettre la Connaissance, et, non pas, des croyances.

    Ce n'est pas une église. Ce n'est pas une mosquée. Ce n'est pas une synagogue. Bref, ce n'est pas un Temple « religieux ».

    Ce me semble clair, ça!

    Serge Longval
    Longueuil

  • 93Licar
    Abonnée
    jeudi 23 mars 2006 14h43
    De l'exhibitionnisme religieux!
    L'attitude ostentatoire des pratiquants religieux, toutes religions confondues, qui n'ont de cesse de polluer les espaces communs d'une société, à grands renforts de démonstration de foi tant par l'habillement, le maintien, que les rites ne pourra qu'amener une intolérance grandissante de la part de la majorité des citoyens qui vivent leur religion d'une façon discrète, dans le domaine du privé, qui ne la pratiquent pas ou pour qui la religion ne fait pas partie de leur vie.

    Jamais il n'a été question d'empêcher qui que ce soit, de croire à quoi que ce soit, mais allons-nous devoir nous plier à toutes les exigences de ceux qui croient en Dieu, en un Dieu, en un prophète, en la réincarnation, aux extra-terrestres, aux roches qui sont vivantes?

    Je trouve le phénomène croissant de l'exhibitionnisme dans la pratique d'une chose aussi privée que la foi très dérangeant pour ne pas dire répugnant.

    Nous vivions au Québec dans une société qui a choisi, dans les lieux communs, la laïcité et peut-être serait-il temps de le dire tous ensemble, haut et fort, aux nouveaux arrivants, avant que ne s'installent l'intolérance et le rejet envers ceux qui deviennent Québécois tout comme nous mais qui rejettent notre culture et nos valeurs pour y imposer, au nom de leurs droits, leurs valeurs, leur religion, leurs interdits et leurs lois amenés d'où ils viennent, dont nous ne voulons, il me semble, majoritairement pas.

    Christiane Gervais
    Montréal

  • Kid Ordinn
    Inscrit
    mardi 28 mars 2006 07h15
    Séparation de l'Église et de l'État
    Apparemment les lois canadiennes ne font pas la distinction entre l'Église et l'État puisque l'on exige maintenant d'installer dans les lieux publics, payés par les taxes des citoyens, des salles pour permettre la pratique personnelle de sa religion. Si c'est la décision du peuple canadien de permettre la pratique des cultes dans les endroits publics, alors il faut installer des salles et des chapelles pour les Chrétiens, les Budhistes, les Baha'is, et toutes les autres religions y compris les Satanistes.
    Moi, je ne suis pas d'accord. Mes taxes ne doivent JAMAIS servir payer pour la pratique d'une religion, n'importe laquelle des religions. Mes taxes doivent servir à aider les membres de notre société à mieux vivre.

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
4 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
éditoriaux
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012