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Derrière le voile

Regard sur les femmes musulmanes du Québec

Enjouée et rieuse, Sarah Elgazzar porte fièrement son foulard en signe d’affirmation de son identité musulmane. Gardienne de but au hockey, Sarah fait régulièrement dévier le tir des préjugés sur son voile en répliquant avec humour.
Photo : Jacques Nadeau
Enjouée et rieuse, Sarah Elgazzar porte fièrement son foulard en signe d’affirmation de son identité musulmane. Gardienne de but au hockey, Sarah fait régulièrement dévier le tir des préjugés sur son voile en répliquant avec humour.
L'islam est devenu, lors du dernier recensement, la religion la plus pratiquée au Québec après les cultes chrétiens, devançant la religion juive. Quelque 108 000 personnes, dont 49 000 femmes, pratiquent la religion musulmane, pour la plupart à Montréal. Plusieurs s'interrogent sur le statut de la femme musulmane. Le Devoir a tenté de poser un regard de l'intérieur sur ces femmes musulmanes aux croyances et aux parcours divers. On peut lire ces textes aujourd'hui et lundi.

«Soumise», «asservie», «arriérée»: ces qualificatifs se lisent dans le regard de plusieurs passants, et à plus forte raison de passantes, qui croisent une femme voilée. «C'est votre mari qui vous oblige à le porter?», voilà la question qui surgit fréquemment lorsqu'une discussion s'entame.

Ce jugement agresse les musulmanes. Elles en ont assez d'être perçues comme un bloc monolithique, comme la «nation Islam incarnée dans un foulard», comme les victimes d'une religion oppressante.

Certaines d'entre elles souscrivent à l'interprétation voulant que le port du voile soit une obligation divine. D'autres y voient un choix motivé par une quête spirituelle, la revendication d'une identité musulmane ou la volonté de se soustraire aux rapports de séduction. Une autre catégorie de femmes musulmanes considèrent que le voile est une tradition culturelle, n'entrant tout simplement pas dans l'équation de leur pratique religieuse. Cependant, toutes craignent que l'incompréhension, voire le mépris et la discrimination, n'accentue l'isolement des musulmanes.

Pour Nadia Jakubowska, une jeune femme d'origine marocaine qui travaille en marketing à Montréal, la décision de porter le voile est venue sur le tard, au milieu de la vingtaine. «Pour moi, c'est un jalon dans mon cheminement spirituel. Est arrivé un moment où je me sentais gênée de sortir sans mon voile», confie la femme de 31 ans.

Loin de représenter une soumission, le voile lui confère un certain pouvoir sur son image. «Le voile sert à dire que mon être est plus important que mon paraître. Je gère mon corps comme je l'entends. Mon corps m'appartient», fait valoir Nadia, dont la garde-robe est composée de foulards aux couleurs pastel.

De toute évidence, ceux qui la regardent ne donnent pas à son hijab la même signification. Elle voit dans le regard de plusieurs femmes qu'elle rencontre de la colère, du dégoût et de la pitié. Les réactions épidermiques à l'égard du voile sont, selon plusieurs musulmanes, beaucoup plus fréquentes au Québec qu'en terre anglo-saxonne. «C'est peut-être à cause de ce que les femmes ont vécu ici avec l'Église. On représente un retour du religieux pour des femmes qui se sont battues contre la religion pour se libérer», expose Nadia, «achalée» de voir les jugements s'abattre sur elle.

Si le voile relève pour elle d'un cheminement spirituel, son amie Sarah Elgazzar y ajoute une dimension identitaire. La psychoéducatrice de 27 ans a décidé de le porter en octobre 2001, un mois après les attentats contre les tours jumelles de New York. «C'était irréaliste, la manière dont on parlait des musulmans. Pour mes amis, j'étais l'exception. "Toi, tu es différente", me répétaient-ils. Je me suis dit: non, ce n'est pas juste. Ce sont eux [les terroristes] qui sont l'exception, nous sommes la réalité. Je suis fière d'être musulmane, d'être ce que vous pensez être l'exception», raconte Mme Elgazzar, qui agit aujourd'hui à titre de porte-parole francophone pour le Canadian Council on American-Islamic Relations (CAIR-Can), en marge de son travail dans un centre jeunesse.

À des lieues de l'archétype de la musulmane soumise, Sarah est gardienne de but au hockey. Rieuse et enjouée, elle ose défier avec humour ceux qui la traitent en pauvre victime. Cela ne l'empêche pas de s'insurger devant l'attitude condescendante de plusieurs femmes: «On ne réalise pas que les femmes qui portent le voile font un choix. On a un féminisme impérialiste qui nous dit: non, tu ne peux pas choisir, on va te dire ce qui est bon pour toi, et c'est d'enlever ton voile.»

Les interprétations du Coran varient au sujet du voile. Est-ce une suggestion ou une injonction «divine»? Vise-t-on seulement les femmes du Prophète ou toutes les musulmanes? Plusieurs y voient une tradition, érigée depuis en exigence de l'islam. Une chose est certaine, les mouvements islamistes en émergence depuis les années 1970 préconisent une interprétation littérale qui consacre l'obligation de porter le voile et les inégalités entre hommes et femmes.

Lorsqu'on lui demande si elle porte l'habit politique imposé par les fondamentalistes, Nadia Yakubowska se rebelle. Elle rejette l'interprétation rigoriste qui impose le voile aux croyantes: «Je n'accepterais pas plus qu'on m'oblige à porter le voile que je ne voudrais me soumettre aux diktats de la mode et de la marchandisation du corps.»

Elle remet en perspective le verset coranique traitant du voile. La «révélation» qui aurait été faite par Dieu au prophète Mahomet sur le voile ne serait survenue que 14 ans après la première révélation. «Dieu avait beaucoup de choses à dire avant cela! [...] Des femmes ne ressentent pas le besoin de porter le voile et elles sont tout aussi croyantes», affirme Nadia.

Professeur de théologie spécialiste de l'islam, Patrice Brodeur invite à ne pas juger trop rapidement les femmes portant le hijab. «Une bonne partie d'entre elles le font par choix et non par choix idéologisé. C'est un choix, au terme d'un processus où il y avait liberté dans la décision. Il faut être conséquent avec soi-même. Si on est pour la liberté d'expression, de choix, dans la façon dont on s'habille, dont on développe ses croyances et ses comportements, il faut respecter ces choix», fait valoir le professeur de l'Université de Montréal, soulignant que des féministes musulmanes portent le voile.



Ras le bol d'être stigmatisée

Le voile cristallise les tensions vécues par plusieurs musulmanes. Celles qui le portent essuient le jugement de la société majoritaire; celles qui ne le revêtent pas subissent les pressions de certains membres de leur propre communauté. Étudiante à la maîtrise en droit, Noreen Majeed a goûté aux deux médecines. Elle a décidé de délaisser le voile récemment après l'avoir porté pendant une dizaine d'années. La femme de 32 ans n'en pouvait plus d'attirer les regards suspicieux. «Il y en a qui pensent que plus tu souffres, plus tu fais de sacrifices, mieux c'est. Moi, je ne suis pas d'accord avec cela.» L'Indo-Pakistanaise, bardée de diplômes en sciences de la santé et en droit, a choisi de l'enlever pour «gagner son pain» et cesser d'être stigmatisée.

Lorsqu'elle avait adopté le voile, sa famille et son entourage avaient vivement critiqué son choix. Entre-temps, elle est devenue un exemple et a fait des émules. La réprobation n'en a été que plus importante quand elle a fait volte-face et remisé son foulard. «Je suis tombée en disgrâce. Il y a toujours un jugement. [...] Je suis coincée entre une société laïque devant qui je dois me défendre chaque jour et ma communauté où on me dit que deux ou trois cheveux dépassent», explique la femme, visiblement écorchée.

Alors qu'elle espérait se soustraire aux regards trop insistants des hommes en adoptant le voile, elle a constaté que les musulmans lui lançaient des oeillades. «Cela ne m'a pas protégée. C'était une expérience similaire, dans un autre monde», confie Mme Majeed.

Son amie Siham Barakat l'écoute en berçant son bambin de dix mois. Elle se désole de voir le hijab alimenter ainsi les clivages. La Marocaine d'origine qui vit au Québec depuis 15 ans s'habille selon des «critères de modestie» en se couvrant jusqu'aux poignets, mais sans pour autant cacher sa chevelure ondulée. «C'est malheureux que le voile prenne autant de place. Dans la communauté musulmane, on le voit comme une panacée. Dans la société majoritaire, t'es moins qu'un être humain parce que tu le portes.» Elle constate que les pratiquantes non voilées peinent à s'engager dans leur communauté parce qu'elles «n'entrent pas dans le moule». De l'autre côté, des femmes très actives portant le hijab se voient fermer les portes dans la société québécoise à cause des préjugés.

Elle considère le voile comme «archi-secondaire» dans l'islam, un élément qui relève plutôt des traditions culturelles que de la religion en tant que telle.

«Une obligation»

Pour Dalenda Ben-Saïd, une Tunisienne de 36 ans, le voile n'est absolument pas optionnel. Ses petites filles de cinq et six ans le portent aussi, afin qu'elles n'aient pas l'ombre d'un doute sur la nécessité de le porter lorsqu'elles arriveront à l'adolescence.

Cette mère de trois enfants, qui vit au Québec depuis six ans, assure qu'il ne s'agit pas de «sexualiser» ses fillettes. «Lorsqu'elles arriveront à la puberté, qu'elles auront leurs menstruations et que leurs seins se développeront, elles seront obligées de le porter. Je veux qu'elles soient habituées, qu'elles ne trouvent pas ça difficile», fait valoir la mère de famille, convaincue que les musulmanes non voilées ne connaissent pas suffisamment les textes religieux.

Pourtant, Dalenda se promenait elle-même tête nue il n'y a pas si longtemps. C'est l'écoute d'un prêche sur cassette qui l'a convaincue de porter le hijab. «Parfois, on lit le Coran, mais on ne comprend pas le vrai sens du mot. Sur la cassette, on expliquait très bien», explique la femme, en ponctuant ses phrases de remerciements à Dieu.

Pour elle, le voile a deux fonctions: la protéger du regard des hommes, mais aussi «protéger» les hommes qui pourraient être troublés à sa vue. «Si les hommes regardent les femmes, ils vont commettre des pêchés. Comme cela, les hommes ne peuvent faire des choses qui vont fâcher Dieu», croit Dalenda.

Cette façon de rendre les femmes responsables, voire coupables, du désir des hommes contribue probablement au grand malaise des Québécoises à la vue du voile. La pomme et le péché originel commis par Ève ne sont peut-être pas si loin dans l'imaginaire collectif. L'éventail des motifs qu'invoquent certaines musulmanes pour porter le voile est néanmoins beaucoup plus large.
 
 
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  • Célia Moréno
    Inscrite
    samedi 11 mars 2006 20h23
    Effroi et inquiétude
    Les entrevues présentées dans l'article sont inquiétantes car elles marquent de plus en plus le clivage que certains membres fondamentalistes musulmans ont entraîné dans les cinq ou six dernières années avec les sociétés occidentales en réussissant à convaincre de plus en plus de femmes et surtout de jeunes femmes de porter le voile afin qu'elles assument de faire courir le risque à des mâles musulmans de tomber dans la tentation. Elles s'acceptent d'emblée comme coupables de tentation! Moi qui ait touours eu le plus profond respect pour les musulmans auprès de qui je suis née (au Maroc) je commence à m'interroger sérieusement. Le Coran ou les élites manipulatrices ????

    Célia Moréno

  • henri gabrysz
    Inscrit
    samedi 11 mars 2006 21h17
    dhimmi
    vous êtes un dhimmi

  • emmanuelle manigat
    Inscrite
    mardi 14 mars 2006 11h42
    Dommage
    Je remercie la journaliste d'avoir pris le temps de rencontrer des soeurs musulmanes pour avoir leur point de vue sur le port du voile.Par contre, en lisant le texte meme-moi en tant que femmes musulmanes je me suis seulement souvenue de la derniere partie avec la soeur qui explique qu'elle veut protege l'hommes pour qu'il ne tombe pas dans le peche en regardant une autre femme.Est ce que cela a ete fait par expres...on ne saura jamais.Je me demande toujours pouquoi on traite toujours de voile d'un aspect religieux si la plupart des femmes quebecoise ne sont meme pas croyante et non pratiquante...

    Nous n'arriverons jamais a nous comprendre..Je crois qu'il faut en rester la...S'entendre aur le fait qu'on ne peut pas s'endendre sur ce sujet.Par contre,on peut s'entendre sur le fait que nous toutes femmes musulmanes ou non musulmanes nous voulons le respect.Nous voulons le bien-etre de nos enfants et la reussite familiale.Nous voulons des lois qui nous aide en tant que femmes a consilier travail et famille.Nous voulons protege la terre sur laquelle nous vivons et nous voulons la paix dans le monde.Nous aspirons toutes au meme bonheur a la paix interieur.

    Ce qui est dommage est que malgre le fait qu'il y aient des femmes et des hommes convertie comme moi et bien d'autres qui sont nees ici et qui considere le Quebec comme leur pays,nous sommes quand meme considere commes des etrangers.Le probleme ne vient pas des gens,mais des medias qui on bien reussi leur travail en montrant L'Islam et les musulmans comme l'ennemie numero un.Par contre lorque'un pere de famille Quebecois viol ou tue sa fille ou meme son fils...on le traite d'un cas isole..Le probleme ne vient pas du fais qu'il est catholique...

    En lisant le commentaire de Mme Moreno on comprend vite qu'il n'y a rien a faire certaines femmes ne veulent pas pas comprendre ou bien elle comprendrons ce qu'elles veulent car elles ont deja des prejuges.Je peux comprendre qu'elle n'est pas a l'aise avec la comprehension de la derniere femmes sur le fait qu'elle porte le voile pour se cacher de L'homme ou pour ne pas l'exciter.D'apres moi ce n'es pas la bonne comprehension,car un homme pratiquant musulman n'a pas le droit de fixer le corps d'une femme.Il doit aussi voile son regard.Il est temps que nous femmes musulmans arretons de dire que nous portons le voile pour les hommes...les hommes et les hommmes..Nous le portons par amour pour Dieu,car il nous l'a ordonne..

    La modestie est un element important dans la foi musulmane pour l'homme et la femme.Au Quebec nous vivons dans une societe ou la pudeur et le modestie n'existe plus.Le jour ou nous arriverons a regler le probleme des jeunes fille et jeunes garcons et 12-14 ans qui ont des relations non proteges et qui on des mts.Ces meme jeunes souffre de depression et n'ont aucun respect pour leur parent..Le Quebec est la province avec le plus haut taux de suicide...A chaque jour une femme de fait violer ou tuer....

    Elle ne peut meme pas marcher seule la nuit dans un pays qui proclame que les femmes sont liberes...Il n'y meme encore l'equite salariale entre le hommes et les femmes.Il y a plus d'hommes que de femme a la chambre des commune.Le corps de la femmes est utilise comme object sexuel a toutes les sauces.Ou est donc cette egalite..Je me le demande.Ce qui est sure est que nous femmes musulmanes pratiquantes nous sommes la pour rester ..que cela agresse certaines femmes quebecoises ou pas...autant il y a des femmes qui par faiblesse dans leur foi eleve leur voile autant il y en a qui le mette par conviction.Ces femmes ne viennent pas d'ailleurs..elle s'appelle Emmanuelle, Julie, Annie, Audrey, Lamia, Emelie, Melanie et elles ont choisi l'Islam comme mode de vie..Elles sont Quebecoise et sont la pour rester..

  • Marie-France Legault
    Inscrit
    mercredi 15 mars 2006 20h12
    Emprunt au judaisme!
    Le port du voile par les musulmanes est un emprunt au judaisme. N'est-ce pas Saint Paul (un pharisien) qui dans ses homélies invitait les femmes à se couvrir la tête et leur interdisait de prêcher dans les synagogues?

    La femme doit être silencieuse, la PAROLE revient à l'HOMME. Par contre Mahomet n'a JAMAIS exigé de ses concubines le port du voile. Il n'en n'a jamais été question. Sa femme, plus vieille que lui, ne portait pas le voile.

    Ce sont les mollahs, qui, après, ont exigé le port du voile. La chevelure de la femme étant considérée comme un "attrait sexuel", une sensualité dont ces messieurs ont de la difficulté, semble-t-il à résister. Comme dans les récits de la Genèse la femme étant considérée comme un OBJET de tentation et de péché. Une forme de jansénisme emprunté encore au "catholicisme dévié".

    À la place de rendre hommage à Dieu (Allah) pour la beauté de la FEMME, ils préfèrent l'ostraciser, l'exciser, la battre, l'enfermer, la maintenir dans la sujétion, l'infantiliser pour mieux la contrôler...

    Première épître aux Corinthiens chap 11,6,7.

    "Si donc une femme ne met pas de voile alors, qu'elle se coupe les cheveux! Mais si c'est une honte pour une femme d'avoir les cheveux coupés ou tondus, qu'elle mette un voile.

    L'homme lui, ne doit pas se couvrir la tête, parce qu'il est l'image de Dieu; quant à la femme, elle est le reflet de l'homme".

    Certains historien des religions, prétendent que Mahomet serait un "chrétien" qui a mal tourné.

    N'oublions pas que la religion qu'il a fondée est apparue vers les années 630 après J.C. et qu'elle s'est inspirée du judaisme et du christianisme, une sorte de "syncrétisme".

    Et au cours des siècles les mollahs, les prêtres ont dévié de l'esprit des fondateurs. Ces fondateurs, le CHRIST et MAHOMET, ne s'embarrassaient pas de règlements futiles et de tracasseries vestimentaires avec autant d'insistance. Leur message était à un niveau supérieur, i.e. aimer son prochain: partager, nourrir les affamés, vêtir ceux qui sont nus, délivrés les captifs, visiter les prisonniers etc...

    C'est à nous de faire la "part des choses" et de rejeter TOUT ce qui ne convient pas au 21e siècle, tout en gardant l'esprit bien vivace des fondateurs.

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