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L'encyclique de l'amour - Benoît XVI va-t-il surprendre le monde catholique?

Le pape Benoît XVI aurait voulu déjouer les préjugés à son endroit qu'il n'aurait pu trouver, pour sa première encyclique, un thème mieux approprié que l'amour. La presse internationale, en effet, aura été quelque peu étonnée de sa première lettre aux catholiques du monde. On s'attendait à une dénonciation des maux contemporains, par exemple, ou à quelque savante réflexion doctrinale. Le propos du pape a porté plutôt sur l'expérience humaine la plus élevée et peut-être la plus ardue qui soit: l'amour humain.

Les journalistes n'auront pas été les seuls à manifester de l'étonnement. Des théologiens ont aussi été intrigués, les uns pour se réjouir de l'importance donnée par le pape à la vie sexuelle, les autres pour s'interroger sur une telle inauguration de son pontificat. Pourtant, le premier thème de l'encyclique Deus Caritas Est, publiée mercredi dernier, n'est pas tout à fait nouveau dans la pensée contemporaine de la papauté.

Jean-Paul II, par exemple, a écrit dans un message aux jeunes de France: «Toute l'histoire de l'humanité est l'histoire du besoin d'aimer et d'être aimé.» Étant un des rares papes à réfléchir au sens de la sexualité humaine, Jean-Paul II s'est aussi plus d'une fois employé à réconcilier sexe et amour. Ce pape polonais, athlète et homme de théâtre, rompait ainsi avec une longue tradition de méfiance envers le corps et l'attrait érotique.

Il revenait cependant à son successeur d'en faire un article plus manifeste de la foi chrétienne. Bien sûr, nul n'attend d'un pape célibataire qu'il tienne la vie conjugale pour la seule voie du salut. Encore moins approuvera-t-il la pratique de certaines sectes faisant de l'extase sexuelle l'authentique rapport avec le divin. Mais ce vieil observateur de la condition humaine ne s'est pas trompé en affirmant que l'amour renferme, spécialement entre l'homme et la femme, une «irrésistible promesse de bonheur».

Plus d'un observateur tombera également d'accord avec le pape pour déplorer l'exploitation réductrice ou dégradante de la sexualité humaine. À la pornographie vulgaire s'ajoute maintenant, à l'échelle de la planète, le commerce de la prostitution forcée, l'esclavage des femmes, et un tourisme sexuel qui n'épargne plus les enfants. En outre, même quand ils vivent dans des conditions décentes, bien des gens éprouvent des difficultés sexuelles allant jusqu'à la misère ou la maladie.

Cette encyclique, dira-t-on sans doute, n'apporte pas le dernier mot sur l'amour. Ainsi, encore captive d'une conception biblique qui fait de l'union entre l'homme et la femme l'image même du Créateur, puis, chez les chrétiens, le symbole du rapport entre Dieu et l'Église, cette théologie ne pouvait élucider le mystère de l'homosexualité. Rejeté par la plupart des religions, l'attrait homosexuel reste une énigme pour la pensée religieuse, comme en témoignent les déchirements qui marquent les débats à son sujet dans les grandes confessions.

La tradition orthodoxe du christianisme a gardé de l'amour conjugal une vision moins pessimiste de la sexualité. On en trouve un remarquable exposé dans les travaux d'un Paul Evdokimov. Les Église orientales du premier millénaire ont développé une pensée qui tranche avec le rigorisme qui a prévalu en Occident. Cette tradition s'abstient de dicter une morale sexuelle pointilleuse comme on en trouvait, voici encore peu d'années, dans les manuels catholiques de la confession.

(Le Centre Emmaüs de Montréal propose des conférences sur les Églises d'Orient, notamment au regard de la sexualité. Son programme cite le Patriarche Athénagoras: «Si un homme et une femme s'aiment vraiment, je n'irai pas dans leur chambre à coucher. Tout ce qu'ils font est saint.» Et le Catholicos arménien Karékine 1er: «La tâche de l'Église est celle de former la conscience chrétienne, mais nous n'entrons pas dans le domaine intime de la vie de chacun.»)

La charité

L'amour est aussi charité. Plus traditionnelle et plus riche aussi à cet égard, la pensée de Benoît XVI rappelle aux catholiques que l'amour qu'ils vivent ne saurait se limiter à ceux qu'ils aiment dans leur entourage immédiat. Pour l'Église elle-même, écrit le pape, la charité n'est pas une activité d'aide sociale qu'on pourrait aussi bien laisser à d'autres, «elle est l'indispensable expression de son être même».

Évoquant la critique marxiste de la religion tenue pour «l'opium du peuple», Benoît XVI ne restreint pas la vie de l'Église au culte et à la charité. Au contraire, il lui fait obligation de lutter aussi pour la justice. En même temps, prenant ses distances d'avec la théologie de la libération, un temps populaire en Amérique latine, il réitère une distinction déjà connue. «L'Église ne peut pas et ne doit pas prendre sur elle-même le combat politique pour établir la plus juste société possible. Elle ne peut ni ne doit remplacer l'État.»

Outre les principes généraux, l'encyclique comporte aussi quelques conseils d'actualité pour les personnes ou les groupes qui sont tentés de céder à l'extrémisme religieux. Aux fondamentalistes qui rêvent d'un État théocratique, Benoît XVI écrit: «L'État ne peut imposer la religion, mais il doit en garantir la liberté, ainsi que la paix entre les fidèles des différentes religions.»

Certes, l'Église catholique a développé une doctrine sociale mais, note le pape, cette doctrine «ne veut pas conférer à l'Église un pouvoir sur l'État. Elle ne veut pas même imposer à ceux qui ne partagent pas sa foi des perspectives et des manières d'être qui lui appartiennent». Là, maints catholique se demanderont pourquoi le respect du pluralisme proposé en matière sociale ne devrait pas s'appliquer également en matière sexuelle?

Un autre conseil s'adresse cette fois à un auditoire particulier, qui déborde la confession catholique: la tentation de la violence religieuse et politique. Parlant de la prière, le pape écrit: «Une relation personnelle avec Dieu et un abandon à sa volonté peut empêcher l'homme de perdre sa dignité et d'être la proie des enseignements du fanatisme et du terrorisme.»

De même, Benoît XVI rappelle aux catholiques engagés dans des activités charitables qu'ils ne doivent pas en faire un moyen de conversion d'autrui ni l'occasion de propager une idéologie politique particulière. Cette fois, plusieurs ne pourront s'empêcher de voir là un travers religieux qui est également répandu dans plus d'une communauté protestante ainsi que dans les mouvements islamistes.

Bref, dans une Église qu'on reprochait à un Jean-Paul II d'avoir ramenée à une tradition figée, Benoît XVI, son inspirateur et successeur, semble au contraire entreprendre des virages, peu spectaculaires peut-être, mais qui marquent une nette évolution par rapport à des enseignements séculaires. Ainsi, l'Église catholique ne pourra plus souscrire à la doctrine sexuelle d'un saint Augustin, ce libertin devenu rigoriste, ni à la doctrine d'un Thomas d'Aquin, qui faisait de l'État la police de «la vraie religion».

Pourtant, s'agissant de sexualité et de justice sociale, Rome ne pourra se contenter de rajeunir son enseignement relatif à ces rapports humains. En particulier sur le statut fondamental de la femme, tenue depuis des siècles en état d'infériorité, ce ne sont plus seulement des excuses ni des conseils qu'il importe de prodiguer, diront maints fidèles et théologiens, mais des changements exemplaires.

***

Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l'Université de Montréal.






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  • oscar Fortin
    Inscrit
    lundi 30 janvier 2006 09h33
    L'engagement politique de l'Eglise
    « Pendant que Benoit XVI rendait publique son Encyclique sur l'amour et qu'il rappelait que «L'Église ne peut pas et ne doit pas prendre sur elle-même le combat politique pour établir la plus juste société possible, qu'elle ne peut ni ne doit remplacer l'État» le vice-Président de la Conférence des Éveques au Venezuela rappelait que l'Eglise se devait d'intervenir á temps et á contre temps pour défendre les valeurs de liberté.

    En relation avec les propos incendiaires du Cardinal Lara, il a répondu :"Le cardenal Rosalio Castillo Lara s'est limité á refléter ce que les évéques avaient affirmer dans le document de la Conférence Episcopale, faisant sien ce que dit l'apotre Saint Paul: "La prédication doit étre opportune et inopportune."
    http://www.eluniversal.com/2006/01/30/pol_apo_30104B.shtml

    Dans cette entrevue consacrée aux relations de l'Eglise du Venezuela avec le Gouvernement Chavez, on ne va pas dans la nuance pour justifier l'intervention sans équivoque de l'Eglise qui se doit étre au service de la "liberté". On s'inspire méme des intervenetions de Jean-Paul II en Pologne pour justifier la position de la Conférence Épiscopale.

    La question que je me pose et que des milliers d'autres doivent également se poser est la suivante: Comment se fait-il que cette passion de l'Episcopat á s'engager politiquement pour des valeurs de liberté dont la signification est étroitement liée á l'idéologie, ne se retrouve pas lorsqu'il s'agit de s'engager pour des valeurs de justice dont le sens se retrouve dans les Évangiles?"

    Ainsi comment ne pas voir l'instrumentalisation de l'Eglise par certaines idéologies,et dans le cas du Venezuela, de l'idéologie libérale ? Comment se fait-il que la passion pour plus de justice ne soit pas en toute priorité des interventions de ces Messieurs évëques qui ont dans l'Eglise latino américaine une influence indéniable ? On dirait que les engagements pour la justice soit láffaire du bas clergé pour et á ce titre elle demeure toujours quelque chose de suspect. Faudrait savoir pourquoi et pour qui?

    Je ne sais pas si l'Encyclique de Benoït XVI aura quelqu'influence sur les engagements politiques de l'Épiscopat vénézuélien. Il semble avancer sur cette voie en toute quiétude. Il faut croire que l'Esprit Saint sait faire des lignes droites avec des lignes courbes.

    Oscar Fortin, directement de Santiago du Chili. »

  • oscar Fortin
    Inscrit
    lundi 30 janvier 2006 19h37
    La question
    « Pendant que Benoît XVI rendait publique son Encyclique sur l'amour et qu'il rappelait que «L'Église ne peut pas et ne doit pas prendre sur elle-même le combat politique pour établir la plus juste société possible, qu'elle ne peut ni ne doit remplacer l'État» le vice-Président de la Conférence des Évêques au Venezuela rappelait que l'Église se devait d'intervenir á temps et á contre temps pour défendre les valeurs de liberté.

    En relation avec les propos incendiaires du Cardinal Lara, il a répondu : Le cardinal Rosalio Castillo Lara s'est limité á refléter ce que les évêques avaient affirmé dans le document de la Conférence Épiscopale, faisant sien ce que dit l'apôtre Saint Paul: "La prédication doit être opportune et inopportune."
    http://www.eluniversal.com/2006/01/30/pol_apo_30104B.shtml

    Dans cette entrevue consacrée aux relations de l'église du Venezuela avec le Gouvernement Chavez, on ne va pas dans la nuance pour justifier l'intervention sans équivoque de l'église qui se doit être au service de la "liberté". On s'inspire même des interventions de Jean-Paul II en Pologne pour justifier la position de la Conférence Épiscopale.

    La question que je me pose et que des milliers d'autres doivent également se poser est la suivante: Comment se fait-il que cette passion de l'Épiscopat á s'engager politiquement pour des valeurs de liberté dont la signification est étroitement liée á l'idéologie, ne se retrouve pas lorsqu'il s'agit de s'engager pour des valeurs de justice dont le sens se retrouve dans les Évangiles?"

    Ainsi comment ne pas voir l'instrumentalisation de l'église par certaines idéologies, et dans le cas du Venezuela, de l'idéologie libérale ? Comment se fait-il que la passion pour plus de justice ne soit pas en toute priorité des interventions de ces Messieurs évêques qui ont dans l'église latino américaine une influence indéniable ? On dirait que les engagements pour la justice soit l'affaire du bas clergé pour et á ce titre elle demeure toujours quelque chose de suspect. Faudrait savoir pourquoi et pour qui?

    Je ne sais pas si l'Encyclique de Benoît XVI aura quelque influence sur les engagements politiques de l'Épiscopat vénézuélien. Il semble avancer sur cette voie en toute quiétude. Il faut croire que l'Esprit-Saint sait faire des lignes droites avec des lignes courbes.

    Oscar Fortin, directement de Santiago du Chili. »

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