La Colombie-Britannique impose des règles pour bloquer le pipeline Trans Mountain

Des parties du pipeline sont entreposées sur les terrains de Trans Mountain à Kamloops, en Colombie-Britannique.
Photo: Jonathan Hayward La Presse Canadienne Des parties du pipeline sont entreposées sur les terrains de Trans Mountain à Kamloops, en Colombie-Britannique.

La Colombie-Britannique impose des « restrictions » sur la hausse du transport maritime de pétrole le long de ses côtes, le temps d’évaluer les risques associés aux déversements. Cette décision, qui pourrait bloquer définitivement le projet de pipeline Trans Mountain, est dénoncée par l’Alberta.

Par voie de communiqué, le gouvernement de la province a annoncé mardi une série de mesures destinées à mieux prévenir les déversements qui pourraient survenir le long des côtes, mais aussi à évaluer les moyens d’intervenir en cas de marée noire.

Parmi les mesures annoncées pour protéger ses milieux marins, la Colombie-Britannique a décidé d’imposer des « restrictions sur la croissance du transport de bitume dilué », un type de pétrole brut issu de l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta.

Risque pétrolier

Ces restrictions seront en vigueur jusqu’à ce que le « comportement » du bitume déversé soit « mieux compris », mais aussi jusqu’à ce que la province ait la certitude qu’elle sera en mesure de nettoyer un éventuel déversement maritime. Un « panel scientifique indépendant » sera chargé d’étudier cet épineux dossier.

La Colombie-Britannique souhaite également améliorer le « temps de réponse » en cas d’incident impliquant un pétrolier, préparer des plans d’intervention précis selon les régions de la côte ouest, mais aussi évaluer les « pertes » économiques pour la province, en cas de marée noire.

Dans une déclaration écrite, le ministre de l’Environnement, George Heyman, a affirmé mardi que le risque d’un déversement de bitume dilué « pose déjà un risque considérable pour notre environnement terrestre et côtier, mais aussi pour les milliers d’emplois dans le secteur du tourisme et des pêcheries ». Dans ce contexte, a-t-il ajouté, la province doit se doter d’une « gestion des déversements efficace ».

La première ministre albertaine, Rachel Notley, a plutôt accusé la Colombie-Britannique de jouer un « jeu politique » qui outrepasse ses pouvoirs, allant jusqu’à dire que la province tente de « réécrire la Constitution » canadienne.

Blocage

Il faut dire que les restrictions mises en place par la province pourraient carrément bloquer la réalisation du projet de pipeline Trans Mountain, de Kinder Morgan.

Avec ce projet, la pétrolière souhaite faire passer la capacité quotidienne d’un réseau existant de transport de pétrole de 300 000 à 890 000 barils. Le pipeline aboutira dans la région de Vancouver, où plus de 400 pétroliers seront chargés chaque année pour exporter le pétrole albertain vers le marché asiatique.

Le gouvernement de Justin Trudeau a approuvé ce projet de pipeline d’exportation en novembre 2016, avec l’appui du gouvernement albertain. Le premier ministre a alors dit que ce projet était « dans l’intérêt des Canadiens ». Il y voit une occasion de revenus pour Ottawa, des revenus qui permettront de financer certaines « priorités », comme « les hôpitaux, les routes et les initiatives relatives à l’énergie propre ».

Le fédéral s’est d’ailleurs porté de nouveau à la défense de ce pipeline mardi soir. « Nous maintenons notre décision d’approuver l’agrandissement de Trans Mountain », a fait valoir le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, dans une déclaration écrite. « Des milliers de nos concitoyens nous ont dit que nous avions la responsabilité d’acheminer les ressources au marché d’une manière qui protège l’environnement et de créer des emplois. »

Kinder Morgan tarde cependant à concrétiser son projet d’exportation de pétrole des sables bitumineux. En raison de l’opposition particulièrement vive en Colombie-Britannique, elle peine en effet à obtenir certaines autorisations pour la construction de portions terrestres de son projet. Selon une évaluation récente, le transport de brut ne débuterait pas, dans le meilleur des cas, avant décembre 2020.

Mardi, la pétrolière de Houston a pris acte de la décision de la Colombie-Britannique tout en promettant de participer au processus d’évaluation des risques environnementaux. Dans une déclaration écrite, Kinder Morgan a aussi répété que l’étude fédérale de son projet avait été menée selon un « processus rigoureux ».

Pour financer son projet, l’entreprise a sollicité le soutien de plusieurs institutions financières, dont le Mouvement Desjardins, qui lui a accordé un prêt de 145 millions. Sa porte-parole, Chantal Corbeil, s’est toutefois voulue rassurante, mardi : « Le financement de Kinder Morgan a été très bien structuré. Desjardins n’est pas inquiet pour son financement », a-t-elle fait valoir.

La carte du tracé du pipeline Trans Mountain, de Kinder Morgan

Moratoire fédéral

Les groupes environnementaux, qui condamnent unanimement la construction de ce pipeline, se sont réjouis mardi des mesures annoncées par la Colombie-Britannique.

« Cette annonce est un nouvel obstacle majeur pour le projet de Kinder Morgan, et c’est une bonne nouvelle pour le climat et le respect des collectivités », a souligné la porte-parole du groupe 350.org, Aurore Fauret.

Pour le porte-parole de Greenpeace Patrick Bonin, le gouvernement du Québec devrait suivre l’exemple de la côte ouest et imposer des mesures similaires « pour protéger les cours d’eau du Québec quant à de potentiels déversements de bitume dilué ». Selon lui, les risques sont déjà réels, notamment en raison du transport de pétrole dans le pipeline 9B d’Enbridge.

Il existe par ailleurs déjà un moratoire sur le transport de pétrole brut le long des côtes de la portion nord de la Colombie-Britannique. Le premier ministre Justin Trudeau avait promis de présenter une telle mesure de protection côtière au moment de rejeter le projet de pipeline Northern Gateway.

Plaidoyer pour les épaulards

Une coalition de groupes environnementaux a écrit mardi au gouvernement fédéral pour exiger des mesures « immédiates » pour la protection des épaulards résidants du Sud, une population de cétacés au seuil de l’extinction qui vit dans la région de Vancouver. Cette population, qui se résume à 76 individus, serait directement menacée par un accroissement du trafic pétrolier imputable au projet Trans Mountain, selon les groupes environnementaux. Les organisations demandent donc à Ottawa de délivrer un décret d’urgence en vertu de la Loi sur les espèces en péril.
8 commentaires
  • Dominique Vadeboncoeur - Abonné 30 janvier 2018 15 h 05

    Kinder Morgan

    Et que disent les Brad Wall de ce monde et les médias du ROC ? On ne les entend pas commeavec leurs commentaires racistes sur le Québec sur leur oléoduc rejeté au Québec? Péréquations, ''national unity'', patriotisme économique, alouette... Qu'est-ce qu'ils disent ces mêmes gens à la CB, tous ces grands patriotes ''canadian''??

  • Hermel Cyr - Abonné 30 janvier 2018 15 h 48

    Bravo au gouvernement de la Colombie-Britannique

    Les mesures comprises dans la loi britanno-colombienne sont réalistes, visent des problèmes concrets quant aux dangers de pollution de la côte et prévoient les coûts et moyens de les nettoyer advenant un accident écologique. C’est aussi une approche qui a l’avantage de montrer les réels dangers pour les pêcheries et le tourisme … des industries plus profitables à cette province que le transport de la merde albertaine.

    J’ai aussi hâte de voir si les médias du Canada anglais auront la même réaction viscérale que celle démontrée envers le Québec après la décision de Trans Canada Pipeline de laisser tomber le projet Énergie-Est....

    ... et voir si le chroniqueur Konrad Yakabuski va blâmer cette province d’être « anti-canadienne » comme il l’a fait dans une chronique pleine de ressentiments envers le Québec parue ici même !

    • Steeve Gagnon - Abonné 30 janvier 2018 17 h 22

      J'ai eu exactement la même réflexion sur les médias du Canada...

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 30 janvier 2018 22 h 44

      Situation des faits très bien exposée!

  • André Bastien - Abonné 31 janvier 2018 09 h 59

    Desjardins doit se retirer de Kinder Morgan

    " le Mouvement Desjardins, qui lui a accordé un prêt de 145 millions. Sa porte-parole, Chantal Corbeil, s’est toutefois voulue rassurante, mardi : « Le financement de Kinder Morgan a été très bien structuré. Desjardins n’est pas inquiet pour son financement », a-t-elle fait valoir."

    Moi, ce qui m'inquiète, c'est que Desjardins investissent dans des projets pétroliers qui sont en train de détruire la planète. Mais sur quelle planète vivent les dirigeants de Desjardins qui ont approuvé cette affaire?

    C'est indécent!

    • Brigitte Garneau - Abonnée 31 janvier 2018 18 h 17

      En effet, c'est indécent!

    • Brigitte Garneau - Abonnée 31 janvier 2018 18 h 19

      SVP ,ne leur donnez pas de si mauvaises idées !

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 31 janvier 2018 13 h 40

    Desjardins

    irait-il investir dans la recherche du pétrole dans le golfe St-Laurent ?