Tokyo utilisera «toutes les opportunités» pour relancer la chasse à la baleine

Photo: Agence France-Presse

Alors que le gouvernement canadien cherche des moyens pour mieux protéger certaines espèces de cétacés dans ses eaux, le Japon poursuit sa campagne annuelle de chasse « scientifique » à la baleine en Antarctique, tout en plaidant pour la reprise de la chasse commerciale, interdite dans le monde depuis plus de 30 ans.

Dans le cadre d’une intervention publique mercredi, le premier ministre japonais, Shinzo Abe, a promis de faire pression pour une relance de la chasse commerciale internationale, qui a pourtant mené la majorité des populations de baleines au seuil de l’extinction.

« Nous allons saisir toutes les opportunités pouvant mener à une reprise de la chasse commerciale à la baleine, y compris celles qui pourront se présenter lors de la réunion en septembre de la Commission baleinière internationale », a-t-il déclaré devant le Parlement, selon des propos rapportés par l’Agence France-Presse.

C’est en effet la Commission baleinière internationale (CBI), une organisation qui compte plus de 80 pays, qui pourrait autoriser officiellement une relance de la chasse commerciale. Un moratoire est en vigueur depuis 1986, mais les membres sont divisés sur cet enjeu depuis plusieurs années entre « anti » et « pro » chasse. Le Canada ne fait pas partie de la CBI.

M. Abe s’est par ailleurs dit favorable à une poursuite de l’usage traditionnel par le Japon de la viande, de la graisse et des fanons de baleines, « de manière respectueuse de l’environnement, sur la base de données scientifiques, comme pour toute autre ressource marine ».

De la science à la chasse

Officiellement, les campagnes de chasse « scientifiques » menées chaque année par les baleiniers japonais doivent justement servir à récolter des informations sur les populations de baleines dans l’hémisphère sud. Cette information, espère Tokyo, permettra de démontrer qu’il serait possible de relancer la chasse commerciale sans compromettre la survie des populations de cétacés.

Il faut savoir que depuis l’entrée en vigueur du moratoire sur la chasse, un pays membre de la Commission baleinière internationale (CBI) peut invoquer un motif de recherche scientifique afin de justifier la chasse. C’est ce que fait le Japon depuis 1987. Il a ainsi tué un peu plus de 10 000 baleines en 30 ans, essentiellement des petits rorquals.

La campagne de chasse dans l’Antarctique est d’ailleurs présentement en cours. Mais pour une première fois depuis plusieurs années, les baleiniers japonais ne sont pas poursuivis par les navires de l’organisation animaliste Sea Shepherd.

Cette organisation a décidé de mettre un terme à ses expéditions en affirmant que le Japon s’est doté d’une « technologie militaire » pour les affronter en mer, mais aussi pour éviter que les navires harponneurs et le navire-usine Nisshin Maru soient repérés.

333 rorquals

Le gouvernement japonais est donc confiant de parvenir à atteindre son quota de chasse cette année, soit 333 petits rorquals, une espèce observée régulièrement dans le Saint-Laurent. Tokyo, qui avait également tué 333 petits rorquals l’an dernier, prévoit de chasser près de 4000 baleines au cours de la prochaine décennie dans les eaux entourant l’Antarctique.

La volonté du Japon de poursuivre la chasse « scientifique » lui a toutefois valu, en 2010, d’être poursuivi par l’Australie devant la Cour internationale de justice. Le tribunal l’a sommé en 2014 de mettre un terme à ses campagnes annuelles, soulignant qu’elles ne correspondaient pas aux critères scientifiques requis par la CBI.

Le Japon avait donc annulé la campagne 2014-2015, pour la reprendre l’année suivante en avançant un autre programme fondé, selon Tokyo, sur de véritables motifs scientifiques. Mais concrètement, seul le nombre de baleines tuées a été réduit.

Outre le Japon, l’Islande et la Norvège rejettent le moratoire sur la chasse commerciale et tuent chaque année des cétacés.