Énergie nucléaire: les autorités de Chalk River demandent un permis prolongé

Le site qu'opèrent les Laboratoires nucléaires canadiens à Chalk River. 
Photo: Padraic Ryan CC Le site qu'opèrent les Laboratoires nucléaires canadiens à Chalk River. 

Les Laboratoires nucléaires canadiens (LNC) affirment que le renouvellement pour dix ans de leur permis d’exploitation du site de Chalk River, en Ontario, est nécessaire pour « la stratégie à long terme » de l’entreprise. Mais cette durée est jugée trop longue par plusieurs groupes citoyens et autochtones, qui craignent pour la sécurité du site.

Les audiences publiques de la Commission canadienne de sûreté nucléaire sur le renouvellement du permis de LNC se sont ouvertes mardi avec un plaidoyer de l’entreprise en faveur d’une autorisation valide pour une décennie, soit le double du plus récent renouvellement.

Selon ce qu’a expliqué son président, Mark Lesinski, la demande « repose sur de solides antécédents de sécurité et de rendement environnemental ». Qui plus est, un permis valide pour 10 ans « nous offrirait la stabilité et la certitude dont nous avons besoin pour une planification opérationnelle à long terme ».

Les LNC souhaitent ainsi obtenir un permis valide jusqu’en 2028, afin de poursuivre l’exploitation du site situé à 180 kilomètres d’Ottawa, tout près de la rivière des Outaouais. Celui-ci compte notamment des installations nucléaires, des laboratoires, des zones de gestion de déchets radioactifs.

Opposition

Plus d’une cinquantaine d’intervenants doivent toutefois se présenter devant la Commission canadienne de sûreté nucléaire d’ici jeudi pour critiquer la durée du permis demandé, mais aussi soulever des doutes sur la sécurité du site dans les années à venir.

Pour l’Association canadienne des médecins pour l’environnement, les changements apportés au permis indiquent que l’encadrement prévu pour les LNC serait « nettement moins serré ». L’organisme critique du même coup le manque d’information dans les documents officiels appuyant la demande.

Même son de cloche du côté de l’organisme Garde-rivière des Outaouais. « Tout porte à croire qu’on assiste à un assouplissement du cadre réglementaire de ce site-là, a indiqué son directeur général, Patrick Nadeau, à La Presse canadienne. Ce n’est absolument pas le moment. Au contraire, on devrait assister à un resserrement des normes compte tenu de tout ce qui se passe en ce moment. »

L’organisation estime que le permis devrait être renouvelé pour une période de trois ans, sans quoi le public sera tenu loin d’une « véritable évaluation » des opérations du site « pendant beaucoup trop longtemps ».

Dépotoir nucléaire

Les craintes des citoyens et des Premières Nations portent aussi sur un autre projet, puisque la Commission canadienne de sûreté nucléaire devra également se pencher lors d’audiences ultérieures sur un projet pour enfouir des déchets nucléaires sur le site de Chalk River.

L’aménagement de ce dépotoir nucléaire à proximité de la rivière des Outaouais suscite d’ailleurs déjà une vive opposition.

Il s’agit d’un projet « insensé » selon le grand chef de l’Union of Ontario Indians, Patrick Madahbee, qui représente 40 communautés autochtones de cette province. « Nous ne voulons pas de ces choses-là près ou même à l’intérieur de nos territoires », a-t-il affirmé en ajoutant que son groupe n’avait pas été consulté par les LNC.

Des sols et des matériaux contaminés par la radioactivité depuis des décennies se trouvent déjà en bordure de la rivière des Outaouais sur le site de Chalk River et c’est pour en disposer de façon sécuritaire qu’un dépotoir nucléaire doit être construit, selon l’entreprise.

Le coût de ce projet, qui inclut une importante revitalisation des lieux, est estimé à 800 millions. Le bassin de la rivière des Outaouais fournit plusieurs municipalités québécoises en eau potable, dont Montréal.