Baleines noires: les navires devront à nouveau ralentir

Comme l’été dernier, les bateaux devront circuler à basse vitesse dans certaines zones du golfe.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Comme l’été dernier, les bateaux devront circuler à basse vitesse dans certaines zones du golfe.

Le gouvernement fédéral imposera de nouveau une limite de vitesse dans certains secteurs du golfe du Saint-Laurent en 2018, afin d’éviter une répétition des mortalités très élevées de baleines noires de l’an dernier. Le gouvernement du Québec souhaite toutefois des mesures plus ciblées, afin de ne pas nuire à l’industrie maritime.

 

Le ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, Dominic LeBlanc, a fait valoir mardi matin qu’il est « fort probable » qu’une limite de vitesse sera de nouveau mise en place cette année. Il s’agit d’« une des mesures les plus efficaces » pour éviter les mortalités chez cette espèce en voie de disparition, a-t-il affirmé.

 

Le ministre a d’ailleurs rappelé que les experts canadiens et américains de l’espèce consultés dans le cadre d’une table ronde tenue en novembre avaient insisté sur la pertinence d’imposer des limites « saisonnières » dans des zones fréquentées assidûment par les baleines noires.

 

Dominic LeBlanc n’a toutefois pas annoncé les détails de cette limite de vitesse, ni les secteurs qui seraient touchés. Ce sera plutôt à son collègue des Transports, Marc Garneau, que reviendra la tâche de le faire, a-t-il dit.

 

Interpellé par Le Devoir, le cabinet de M. Garneau s’est toutefois montré prudent par rapport au « plan » pour cette année. « Il est trop tôt pour déterminer si le gouvernement du Canada mettra en place les mêmes limitations de vitesse en 2018 ou si d’autres mesures seront proposées, a-t-on répondu. Nous continuerons de surveiller la situation, et la limitation de vitesse pourrait être réintroduite si les baleines retournent dans cette zone. »

 

Industrie inquiète

 

Chose certaine, le secteur maritime surveillera avec attention cette annonce du fédéral, qui doit survenir « dans les prochaines semaines », selon M. LeBlanc. Il faut dire qu’en 2017, la limite imposée dans le contexte de mortalités historiques de baleines noires a provoqué des annulations d’escales pour des navires de croisière en Gaspésie, sur la Côte-Nord et au Saguenay.

 

Pour le directeur général de l’Association des croisières du Saint-Laurent, René Trépanier, il faut éviter de revivre la même situation que l’an dernier. « On demande que la zone de limitation de vitesse soit plus petite, mais aussi qu’on puisse mettre en place des corridors où les navires pourraient circuler à leur vitesse normale », a-t-il dit mardi.

 

Selon M. Trépanier, les entreprises qui planifient des escales de leurs croisières au Québec demandent déjà quelles seront les mesures imposées en 2018. « Il faudra le savoir rapidement », a-t-il insisté.

 

Le gouvernement Couillard reconnaît que les navires qui circuleront dans la portion québécoise devront probablement ralentir dans certains secteurs du golfe du Saint-Laurent. « Par contre, puisque nous connaissons mieux la répartition de l’espèce dans le golfe, une éventuelle zone de limitation de vitesse serait peut-être plus restreinte et mieux ciblée que celle instaurée en 2017, ce qui aurait moins d’impacts pour l’industrie maritime, incluant les croisiéristes », a répondu le bureau du ministre délégué aux Affaires maritimes, Jean D’Amour.

 

Pour Québec, il est clair que les mesures prises l’an dernier ont eu des « conséquences économiques d’envergure pour certaines régions, dont la Gaspésie ».

 

Le gouvernement canadien a toutefois l’obligation légale de protéger l’habitat des baleines noires de l’Atlantique Nord, une espèce protégée en vertu de la Loi sur les espèces en péril.

 

Or, pas moins de 17 de ces baleines ont été retrouvées mortes dans les eaux du golfe du Saint-Laurent en 2017, sur une population totale d’environ 450 individus. Certaines avaient vraisemblablement été tuées après s’être empêtrées dans des engins de pêche, mais aussi par des collisions avec des navires, selon les résultats des nécropsies réalisées sur les animaux.

 

Pour les scientifiques, mais aussi pour les autorités américaines, qui ont investi des millions de dollars pour protéger l’espèce, la situation était carrément dramatique. Dans l’urgence, Pêches et Océans et Transports Canada avaient donc annoncé, le 11 août, l’imposition d’une limite de vitesse de 10 noeuds (18,5 km/h) dans une vaste zone du golfe.

 

Il s’agissait d’une mesure exceptionnelle conçue pour éviter les collisions avec les baleines, mais qui a forcé les navires de plus de 20 mètres à réduire au moins du tiers leur vitesse normale. Et tous ceux qui entrent dans les eaux québécoises ont été soumis à cette règle en 2017.

 

Pour faire respecter une mesure aussi stricte, la Garde côtière canadienne a d’ailleurs instauré une surveillance continue des navires. La vaste majorité des navires ont respecté la limite de vitesse imposée par le fédéral. Un total de 542 avis de non-conformité à la limite de vitesse ont toutefois été délivrés, ainsi que 14 amendes.

 

Dominic LeBlanc a par ailleurs annoncé mardi l’imposition de mesures de gestion pour la pêche au crabe des neiges dans le golfe du Saint-Laurent, de façon à réduire les risques d’empêtrement pour les baleines noires.

 

Ces mesures touchent les engins de pêche utilisés, mais elles imposent aussi aux pêcheurs de transmettre toutes les informations concernant les engins de pêche perdus durant la saison.

 

Le ministre des Pêches et des Océans a également dit qu’il envisageait de devancer la saison de pêche, afin d’éviter que les baleines soient présentes en grand nombre dans les secteurs de pêche.

 

Ottawa n’a toutefois pas encore statué sur la reprise des opérations de désempêtrement de baleines, qui ont été suspendues l’an dernier à la suite du décès d’un sauveteur, tué après avoir libéré une baleine noire.

Qu’est-ce que la baleine noire de l’Atlantique Nord ?

Cette baleine peut atteindre une taille de 18 mètres, pour un poids de plus de 60 tonnes. Chaque individu est reconnaissable aux taches blanches uniques qui se trouvent sur sa tête, appelées callosités. Il s’agit d’une espèce qui se nourrit essentiellement de copépodes, qu’elle filtre à l’aide de ses fanons.

La baleine noire est particulièrement vulnérable aux collisions avec les navires en raison de sa propension à se déplacer lentement, en surface, notamment pour s’alimenter. Dans certaines zones où le trafic maritime est intense, les animaux peuvent par ailleurs avoir de la difficulté à détecter la proximité de certains navires, selon Pêches et Océans Canada.

La présence de cette espèce dans le golfe du Saint-Laurent est régulière, mais, depuis quelques années, de plus en plus d’individus sont aperçus durant la saison estivale. En 2017, pas moins de 115 baleines différentes ont été observées, surtout au large de la péninsule gaspésienne.

Il reste moins de 450 baleines noires dans le monde et les chercheurs craignent leur disparition d’ici quelques décennies si rien n’est fait.

La baleine noire, appelée « right whale » en anglais, a été décimée par des siècles de chasse commerciale. Elle était une cible privilégiée pour les baleiniers, puisqu’elle flotte une fois morte et qu’elle fournit une bonne quantité de graisse, matière qui était fondue pour produire de l’huile.