Des dizaines de municipalités veulent mieux protéger leurs sources d’eau potable

Le Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection impose une distance minimale de 500 mètres entre les sources d’eau potable et les puits gaziers ou pétroliers.
Photo: Pétrolia Le Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection impose une distance minimale de 500 mètres entre les sources d’eau potable et les puits gaziers ou pétroliers.

Le gouvernement Couillard compte analyser le règlement déposé par les 230 municipalités qui veulent imposer des normes plus sévères de protection de l’eau potable contre les forages pétroliers et gaziers. Mais l’analyse sera menée au cas par cas, précise le ministre, qui refuse d’accéder directement aux demandes des municipalités.

 

Quelque 230 municipalités de plusieurs régions du Québec viennent de déposer collectivement au gouvernement le règlement qu’elles ont adopté et qui imposerait une distance minimale de deux kilomètres entre une source d’eau et des forages.

 

Ces municipalités demandent donc au ministre de l’Environnement David Heurtel de leur accorder le droit de déroger à la réglementation provinciale. Ce Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP), adopté en 2014, impose une distance minimale de 500 mètres entre les sources d’eau potable et les puits gaziers ou pétroliers. Une distance jugée nettement insuffisante par les municipalités pour s’assurer d’éviter toute contamination.

 

« Nous demandons au ministre Heurtel d’écouter et de respecter notre demande, a résumé jeudi la mairesse de Batiscan, Sonya Auclair. Il a le pouvoir de le faire et dispose aujourd’hui de toute la preuve scientifique pour prendre une décision éclairée : celle de protéger l’eau potable de près de 3,5 millions de citoyens et citoyennes au Québec. »

 

Analyse à venir

 

Au cabinet du ministre Heurtel, on a précisé jeudi que les règlements envoyés au ministre « seront analysés » au cas par cas, avant de statuer si la municipalité peut déroger au règlement provincial.

 

Au début de 2016, le ministre avait toutefois refusé à 325 municipalités le droit d’adopter un règlement plus sévère que celui mis en place par les libéraux en vue des projets d’exploration pétrolière et gazière.

 

Par ailleurs, le gouvernement mène présentement un processus de révision des normes en vigueur, comme le prévoit le règlement. Ce processus doit être achevé au mois d’août.

 

« Le ministère a mandaté des experts universitaires dans plusieurs domaines pour obtenir un portrait exhaustif des connaissances scientifiques et techniques les plus récentes à l’égard des exigences du RPEP, dont les activités d’exploration et d’exploitation gazière et pétrolière. Le rapport issu de cette démarche sera rendu public », a précisé l’attachée de presse du ministre, Émilie Simard.

 

Interpellé à la sortie de la période des questions, David Heurtel a soutenu que le gouvernement est déjà « très strict » en matière de protection de l’eau potable. Il a également rappelé que pour tout forage réalisé dans un rayon de deux kilomètres d’une source d’eau, une « étude scientifique indépendante » est exigée du promoteur avant l’autorisation de forer.

 

Dans le passé, l’adoption d’un règlement de protection de l’eau potable par la municipalité de Ristigouche Sud-Est lui a valu une poursuite de 1,5 million de la part de l’entreprise Gastem, lancée en 2013. Cette entreprise souhaitait réaliser un forage sur le territoire, avec l’approbation du gouvernement du Québec.

 

Au fil des ans, le gouvernement du Québec a accordé des milliers de kilomètres carrés de permis d’exploration sur le territoire de la province, mais sans jamais consulter les populations concernées. À l’heure actuelle, des permis ont été délivrés pour plus de 53 225 km2 de territoire.

11 commentaires
  • Jacques Rousseau - Abonné 9 juin 2017 07 h 06

    Vous ne passerez pas

    Devant les hésitations du Gouvernement du Québec à prendre les mesures nécessaires pour protéger l'eau potable des Québécois, les citoyens s'organisent. C'est pourquoi une grande campagne est présentement mise sur pied pour parer à l'éventualité, entre autres, où les gazières viendraient forer au Québec. Cette campagne s'appelle « Vous ne passerez pas » et vise à donner aux citoyens les moyens de protéger leur eau potable.

    • Danielle Houle - Abonnée 9 juin 2017 09 h 28

      Et ça, c'est quand à la base on a déjà de l'eau potable. J'ai un ch... de puits de gaz de schiste à un peu moins de 500 mètres de ma maison à St Denis sur Richelieu. Nous n'avons pas l'aqueduc... en 2017, notre eau est bourrée de coliformes fécaux et autres cochonneries et on nous refuse encore l'aqueduc... Qu'est ce qu'on doit faire pour obtenir l'aqueduc, personne n'écoute? Un puits de gaz de shit et pas d'eau potable!

  • Marc Durand - Abonné 9 juin 2017 08 h 04

    Des normes absolument complaisantes pour favoriser l'industrie au détriment du citoyen

    Le ministre Heurtel n'a aucune crédibilité pour prétendre que son gouvernement est "très strict". Son règlement sur l'eau (RPEP), passé en douce pendant les vacances en août 2014, est truffé de bombons pour l'industrie, qu'on peut voir dans les dispositions touchant les conditions laxistes pour autoriser la fracturation hydraulique (https://youtu.be/QdKEOBeXa3c).

    Le MDDELCC ne tient compte que des opinions d'experts liés à l'industrie et ses propres fonctionnaires n'ont qu'une expertise fort limitée, comme les bulletins de nouvelle nous l’ont appris hier. La commande venant d'en haut de favoriser le développement des puits avec la fracturation hydraulique a donné ce résultat navrant d’une norme de 400m entre les forages et le bas des nappes. En Allemagne, cette norme est 3000m ; dans plusieurs autres pays et états, on interdit tout simplement la fracturation hydraulique dans les territoires où l’eau souterraine est exploitée.

    Aux USA, les exploitants considèrent que la fracturation peut s’étendre et remonter sur 550m et ils proposent de garder entre le haut des fractures et le bas des nappes une marge de sécurité de 1000 à 1500m. Au Québec, le RPEP fixe cette marge à zéro ; une aberration insensée qu’on ne retrouve nulle part ailleurs dans le monde.
    Marc Durand, doct-ing en géologie appliquée

    • René Pigeon - Abonné 9 juin 2017 14 h 15

      Monsieur Durand,
      Je crois que plusieurs lecteurs aimeraient lire votre réplique sous forme de lettre au Devoir, même si vous avez déjà publié des commentaires semblables.

      Très peu d’entre nous avons la connaissance des faits à l'étranger, l’expertise et surtout la crédibilité pour évaluer les normes et politiques des libéraux et de l'industrie. Ces choses ont besoin d’être dites et redites avec les variantes pertinentes au moment. Merci d’avoir éclairé les lecteurs du Devoir virtuel.

    • Daniel Bérubé - Abonné 10 juin 2017 11 h 48

      Merçi beaucoup Mr. Durand de vous manifester à nouveau, de nous offrir votre savoir, bien expliqué et détaillé, nous permettant de comprendre avec plus de simplicité la chose.

      Le tout étant vu par nos gouvernement avec la vision du court terme, de même que l'industrie pétrolière ou gazière, nous cache les effets plus que possible à moyen et long terme de la chose. La durée de vie des tuyeaux reliant la surface et la fracturation en profondeur n'ont qu'une durée de vie limité, d'où les problèmes ne surviendront que d'ici 40 ans environ (durée de vie moyenne de ces tuyeaux). C'est donc dire qu'à court terme, il n'y a que des risques mineurs, mais dans le moyen et long terme, c'est tout autre chose ! Un puit étant considéré "épuisé" que quand il ne reste que 10% (ou 90% de sa capacité fut retiré du sol), nous savons que ce puit dit orphelin continuera a "pousser", c.à.d. qu'une pression existera dans ces tuyeaux, car quand le puit est condamné, il est bloqué à la surface pour ne pas qu'en sorte aucun résidu, mais... ceci occasionne une pression dans le dit tuyeau, et que quand la rouille l'affaibliera, cette pression aura raison de ce tuyeau un jour, et laissera s'y échapper ces restes pétrolier dans les nappes d'eau, qui elle, aura provoqué la rouille et l'affaiblissement... et la perforation.

      Donc, l'importance de constater que ce n'est pas sur des études à court terme qu'il nous faut nous baser, mais sur le moyen et long terme.

      Lectrices et lecteurs de la chose, allez "fouiller" dans tout les documents que Mr. Durand met à notre disposition, si vous voulez comprendre mieux et ainsi mieux défendre ce qui est essentiel à la vie... non, pas l'argent, L'EAU !

      Merçi encore Mr. Durand d'éclairer un peuple sur la chose, quand au même moment, un gouverne-et-MENT veux l'aveugler et lui mentir; et nous donner des adresses où aller chercher afin d'avoir la vérité sur la chose.

    • Daniel Bérubé - Abonné 10 juin 2017 11 h 59

      En passant, lecteurs et lectrices, ne faite qu'écrire: "Marc Durand fracturation" (et sur You Tube aussi), vous verrez la quantité d'informations et d'explications qui y est disponible. Toute personne désirant contester la chose (fracturation) se doit de bien savoir ce qu'elle consteste, voir même à pouvoir y expliquer ne serais-ce que les bases et la logique de la chose, et prendre conscience que si ces projets se réalisent, ce ne sera que dans une ou deux générations que les problèmes sévères d'eau potable commenceront... et qui ne seront réparable d'aucune façon, car... le mal sera déjà fait.

  • Danielle Houle - Abonnée 9 juin 2017 09 h 23

    Manoeuvres libérales.

    Et Couillard et sa gang d'avoir dit il y a quelques mois qu'il n'y aurait jamais d'exploitation de gaz de shit ni pétrole dans la magnifique Vallé du Saint Laurent.
    Quel menteur et hypocrite. Ce gouvernement a tout mis en oeuvre pour nous fourrer-forer. Le peuple québécois ne veut nulle part au Québec d'exploitation d'hydrocarbures. Quand est ce qu'il va comprendre qu'on est dans une aire d'énergie propre?

  • Jacinthe Lafrenaye - Abonnée 9 juin 2017 09 h 58

    L'art de dire une chose et son contraire dans la même phrase

    Le gouvernement libéral prend les Québécois pour des imbéciles.

    Ainsi, son minitre Heurtel nous dit dans la même phrase: " Il (David Heurtel) a également rappelé que pour tout forage réalisé dans un rayon de deux kilomètres d’une source d’eau, une « étude scientifique indépendante » est exigée du promoteur avant l’autorisation de forer."

    De toute évidence, ce ministre ne pense pas avec sa tête.

  • Pierre Robineault - Abonné 9 juin 2017 11 h 10

    Que comprendre?

    Dois-je comprendre que la plupart d'entre vous prennez déjà pour acquis que les oléoducs passeront, après tant de cris du type ¡No passaran! ? Qu'il ne s'agit dorénavant plus que nous entendre sur le calcul des distances sécuritaires? Et les cours d'eau dans tout ce charivari?

    • Brigitte Garneau - Abonnée 9 juin 2017 16 h 30

      Vous pouvez toujours prier. Encore faut-il avoir la foi! Il y aura du changement seulement lorsque TOUS prendront conscience que: LA VIE PASSE AVANT L'ÉCONOMIE. Ça prend pas un médecin pour comprendre ça. Pour faire la carpette devant Justin et les pétrolière, M.Trouillard (pardon, Couillard) est extraordinaire... Il n'en tient qu'à nous d'agir si nous ne voulons pas de ce projet honteux pour la planète.