Une épidémie de la tordeuse du bourgeon d’épinette menace les forêts

La tordeuse des bourgeons de l’épinette est l’insecte le plus destructeur des peuplements de conifères de l’Amérique du Nord.
Photo: Jerald E. Dewey, USDA Forest Service, United States / Creative Commons La tordeuse des bourgeons de l’épinette est l’insecte le plus destructeur des peuplements de conifères de l’Amérique du Nord.

Une autre épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette frappe le Québec. Les experts s’en inquiètent car le réchauffement du climat lui ouvre de tous nouveaux garde-manger au Nord où l’insecte risque de ravager les forêts commerciales.

 

L’impact est déjà senti : l’insecte a été trouvé cette année pour la première fois au Labrador, dans un territoire très au Nord, pour la première fois en 100 ans.

 

En 2016, il y a actuellement sept millions d’hectares d’arbres défoliés au Québec — ce qui est l’équivalent de l’état américain de la Virginie occidentale, a indiqué Daniel Kneeshaw, professeur d’écologie forestière à l’UQAM, aussi membre du Centre d’études de la forêt.

 

Il a présenté mercredi des résultats de ses études lors d’une table ronde organisée par le consortium de recherche Ouranos sur la climatologie régionale et l’adaptation aux changements climatiques, dans la foulée du colloque du Centre d’étude de la Forêt, qui s’est tenu plus tôt cette semaine.

On est au début d’une épidémie

Les régions les plus touchées pour le moment sont au nord de Baie-Comeau et aussi au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

 

Lors de la dernière grande épidémie au Québec, dans les années 1970 et 1980, il y a eu 35 millions d’hectares défoliés, soit 5 fois plus que la situation actuelle, a-t-il précisé.

 

Cet insecte ravageur se nourrit des nouvelles aiguilles de sapin beaumier — son repas préféré — et aussi d’épinette, qui est son deuxième choix.

 

« Notre grande inquiétude avec les changements climatiques, c’est que sa préférence va changer pour l’épinette noire. Et si cette préférence change, ça va ouvrir tout un garde-manger qui n’était pas nécessairement disponible là avant ».

 

Et le réchauffement du climat pourrait mener à un meilleur synchronisme entre le cycle d’éclosion des bourgeons et celui de la tordeuse.

 

En voici la raison : lorsque l’insecte émerge de son cocon au printemps, il est affamé. Si les bourgeons des arbres ne sont pas encore sortis, il n’a rien à manger et meurt. C’est pourquoi il ne sévissait pas dans les territoires nordiques : il sortait de son hibernation avant la sortie des aiguilles. Mais maintenant que le climat est plus chaud, les bourgeons sortent aussi plus tôt au nord, alors la nourriture est disponible quand les insectes émergent. Il est donc à craindre qu’ils aillent y vivre et s’attaquent aux forêts d’épinettes noires, les plus prisées par les entreprises forestières.

 

Ce qui pourrait affecter la productivité des forêts pour le bois d’oeuvre et les pâtes et papiers.

 

« Ça fait peur aux forestiers », dit le professeur.

 

La défoliation grave se produit lorsque la tordeuse mange 70 % ou plus des nouvelles aiguilles de l’année. Après plusieurs années consécutives de défoliation grave causée par la tordeuse, une partie plus ou moins importante des arbres peut mourir, selon le ministère québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs.

 

Quant au lien entre cette situation et les changements climatiques, M. Kneeshaw dit ne pouvoir l’attribuer à cela à 100 %. Il y a d’autres facteurs qui peuvent jouer, dit-il, « mais il y a des raisons d’être inquiet ».

 

La tordeuse des bourgeons de l’épinette est l’insecte le plus destructeur des peuplements de conifères de l’Amérique du Nord, selon le ministère.

4 commentaires
  • Daniel Bérubé - Abonné 6 mai 2017 18 h 53

    Depuis combien d'années,

    retrouvons-nous au Québec la "reforestation", c.à.d. que où une coupe à blanc s'effectue, l'entreprise doit transplanter de jeunes pousses avec un certain nombre de règles à suivre. Le hic, ce sont les marchés... eh oui, encore...

    Ce que la nature aimerait, c'est la biodiversité, le plus de quantité d'espèces possible, mais les marchés ont besoin de résineux, le plus utilisé sur la construction principalement, autant américaine que canadienne. Alors pour répondre au besoin des marchés, l'épinette est la principale espèce transplanté... ce qui représente des paradis pour la tordeuse... des kilomètres et aucun feuillue pour leur faire obstacle !

    La nature a une forme d'auto régulation, faisant en sorte que si certaines espèces viennent qu'a prendre trop de place... représentera aussi un avantage pour ses prédateurs qui predront aussi de la force ! Même chose dans le domaine animal: où les lièvres augmenteront, les coyotes seront automatiquement attirés, ce qui fera rabaisser les lièvres, qui mèneront les coyotes a aller chercher ailleurs, etc...

    Même chose en agriculture, où la monoculture attire les insectes prédateurs de cette semence, d'où la nécessité d'utiliser quantité d'insecticides souvent chimiques ayant des impacts ailleurs, voir sur d'autres espèces (oiseaux et autres).

    L'homme diminue de beaucoup les espèces, et ce pour répondre aux besoins des marchés, mais il se détache aussi de quantité d'espèces pouvant être plus résistantes au manque d'eau, ou au gel, ou tout autre changement que les changements climatiques feront connaître et dont les plantes dites "commerciales" ne pourront s'adapter, ayant subit trop de trasformations OGM et ainsi l'affaiblire, et où est la logique ? : tenter d'adapter la nature aux besoins des marchés... !

    • Antoine Caron - Abonné 7 mai 2017 11 h 28

      Ce n'est pas aussi simple que ça, même si les besoins du marché y sont pour quelques chose. En effet, dans la forêt boréale, les sols ne sont pas assez riches pour permettre de planter autre chose que des conifères. Donc il faut oublier les feuillus. On préviligiera néanmoins les essences à croissance très rapide pour des questions de rendement. C'est pourquoi on met beaucoup d'efforts pour plutôt trouver un gène de résistance à la tordeuse, qui permet de planter les essences les plus rentables.

      Je ne suis pas expert en foresterie, mais j'ose croire, à titre de biologiste, qu'on pourrait essayer de faire des plantations mixtes pour favoriser certaines essences qui seraient moins susceptibles d'être attaquées par la tordeuse. Mais est-ce que l'industrie serait prête à être moins rentable? Pas sûr...

      Antoine Caron

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 7 mai 2017 13 h 56

      @ DB Je trouve votre propos bien sensé...Existe-t-il du RD en foresterie au Québec sur le sujet?...Poser la question alors que le Québec n'est que forêts, lacs et rivières...est-ce possible encore de nos jours? Il me semble que oui...car dans l'article de la journaliste rien n'indique que ce RD existe...sinon une étude de M.Kneeshaw et... ses résultats pour Ouranos...Mais rien pour le lecteur.

      Déjà qu'en 2015, Ouranos annonçait: la science du climat scrutée à la loupe!...et puis?! Nous proposer les résultats de l'étude de m. Kneeshaw... expliqués par...un vulgarisateur.

  • Linda Dauphinais - Inscrit 7 mai 2017 08 h 42

    Nous dénaturons

    à notre propre image, la nature pourtant belle et apaisante... Nous spolions la terre de toute cette énergie fossile qui augmente les gaz à effets de serre et qui donc favorise les changements climatiques et au bout du compte le réchauffement planétaire... Pourquoi l'association de mots ''coupe à blanc" existe-t-elle... C'est déjà un non sens que de mettre ces mots côte à côte... Nous sommes dans le non sens, dans le déni du non sens et nous tuons le principe de vie, celui-la même qui nous fait respirer... Et je vous fais part d'un texte qui traite des idiots patentés que nous engageons parfois pour élaguer nos arbres et qui au final, tue l'arbre en le dénaturant, en faisant une coupe Hydro Québec qui décapite l'arbre et lui donne peu de temps à vivre ainsi dénaturé... http://wilderness-design.com/category/business/ ... Ces personnes aiment les arbres, protègent la vie qui bat et en plus, en France, il y a un morataoire solide sur les gaz et pétrole de schiste... Je ne vois pas pourquoi cela ne serait pas la même chose ici... Si eux ont de bonnes raisons intelligentes de ne pas faire partie de ce troupeau d'affairistes qui veulent de l'argent à tout prix et à tout perdre... http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-s