Des écologistes préparent un blitz anti-gaz de schiste

Manifestation contre l’exploitation des gaz de schiste à Saint-Hyacinthe, en septembre 2010
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Manifestation contre l’exploitation des gaz de schiste à Saint-Hyacinthe, en septembre 2010

Opposés aux plans d’une société pétrolière albertaine qui veut relancer l’exploitation des gaz de schiste au Québec, les militants écologistes organisent un blitz dans les municipalités, afin de lui barrer la route.

Les comités de citoyens sont sur le pied de guerre depuis l’annonce récente par l’entreprise Questerre de son intention de lancer des projets-pilotes dans les MRC de Lotbinière et de Bécancour.

Ils veulent maintenant faire adopter un règlement par les conseils municipaux pour bloquer tout type d’activité reliée à l’exploration en vue de trouver des gaz de schiste et à l’exploitation des gisements. Ils visent ainsi à faire pression sur le gouvernement Couillard.

Le Regroupement vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ) dispose à cette fin d’un modèle de règlement municipal prêt à adopter, qu’il distribue à ses membres.

Le Comité vigilance hydrocarbures de la MRC de Lotbinière entend d’abord prendre d’assaut le prochain conseil des maires de la MRC, le 8 mars, à Saint-Agapit. Il invite les citoyens à se présenter en grand nombre pour inciter les élus à adopter le règlement.

« Unissons-nous pour démontrer une ferme et claire opposition au gaz de schiste et à la fracturation hydraulique », a écrit la porte-parole du comité, Irène Dupuis, en ajoutant qu’« aucune municipalité n’est à l’abri ».

Le comité propose donc comme première action un blitz pour faire adopter un « Règlement sur le rayon de protection » par les municipalités.

Carole Dupuis, présidente du RVHQ, a indiqué quant à elle que les militants veulent ainsi faire adopter le règlement par les 18 municipalités de Lotbinière, en alertant les élus.

« Il faut que les élus sentent que la population est préoccupée et qu’ils entendent les arguments des citoyens », a affirmé Mme Dupuis dans une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

Actuellement, seules trois des municipalités de la MRC sont pourvues de ce règlement dans leur arsenal. « Plusieurs élus ne sont pas encore au courant de l’industrie des gaz de schiste et de la fracturation hydraulique », a poursuivi Mme Dupuis.

« Certains élus municipaux embarquent tout de suite, mais en général, quand ils ont la chance d’approfondir le sujet, ils sont très intéressés et ouverts à l’idée d’adopter le règlement », a-t-elle résumé. Les municipalités ont la responsabilité de l’accès à l’eau potable, ce qui rend donc les élus d’autant plus sensibles à cet enjeu, a poursuivi Mme Dupuis.

Libellé du règlement

Le projet de règlement, tel que libellé, interdit « l’aménagement d’un site de forage, de réaliser un sondage stratigraphique ou de mener une opération de complétion ou de fracturation dans un puits destiné à la recherche, l’exploration ou à l’exploitation du pétrole ou de gaz naturel dans une plaine inondable ».

Le projet de règlement précise ensuite l’étendue de l’interdiction, soit 2 km de tout puits artésien, 6 km de tout puits artésien ou de surface alimentant un aqueduc municipal, ou 10 km de tout lieu de puisement d’eau de surface alimentant l’aqueduc municipal. Il concerne donc les municipalités qui s’approvisionnent à une nappe phréatique.

Une fois adopté, le règlement est prévu entrer en vigueur « à la suite de son approbation par le ministre de l’Environnement », peut-on lire, cela dans le but d’accentuer la pression sur le gouvernement Couillard.

Les opposants aux gaz de schiste reprochent au gouvernement d’avoir adopté un Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP) qui a préséance, mais qui est moins sévère que le règlement municipal qu’ils ont ébauché, a déploré Mme Dupuis. Ils exigent donc que le gouvernement resserre son RPEP.

« Il y a une limite à se moquer des gens », pense Carole Dupuis, et si le ministre n’approuve pas, « les élus municipaux et la population auront la démonstration que tout est fait pour que les pétrolières et les gazières puissent avoir le champ libre ».

Une centaine de municipalités ont déjà adopté le Règlement sur le rayon de protection au Québec, a estimé Mme Dupuis. Les militants de la MRC de Bécancour entendent aussi exercer des pressions sur leurs élus.

Questerre, qui possède des droits sur des superficies totalisant 1 million d’acres, soutient que seules les MRC de Lotbinière et Bécancour sont susceptibles d’être considérées pour des projets-pilotes en vertu de certains facteurs, tels que la faible densité de population, la possibilité de mettre en oeuvre de nouvelles technologies pour faire face à des enjeux environnementaux, ainsi que l’acceptabilité sociale.

Au début des années 2010, sous le gouvernement Charest, la ruée vers les gaz de schiste des entreprises pétrolières avait provoqué des manifestations et des affrontements.

Le gouvernement Marois avait indiqué son intention d’imposer un moratoire dès son arrivée au pouvoir. La ministre des Ressources naturelles de l’époque, Martine Ouellet, avait fermé la porte à l’autorisation de projets de fracturation hydraulique.

Le projet de loi 106 adopté en décembre dernier par le gouvernement Couillard contient des dispositions sur le forage par fracturation hydraulique, mais il reconduit aussi la Loi limitant les activités pétrolières et gazières, qui suspend notamment l’obligation pour les entreprises de faire des activités sur les zones où elles ont obtenu des droits.

En septembre dernier, le premier ministre Philippe Couillard avait par ailleurs déclaré qu’« il n’y aura pas » de fracturation hydraulique dans la vallée du Saint-Laurent.

Rectificatif

Dans la dépêche transmise le 5 mars, on pouvait lire : « Le gouvernement péquiste de Pauline Marois avait décrété un moratoire à son arrivée au pouvoir. »

Il aurait plutôt fallu lire : « Le gouvernement Marois avait indiqué son intention d’imposer un moratoire dès son arrivée au pouvoir. La ministre des Ressources naturelles de l’époque, Martine Ouellet, avait fermé la porte à l’autorisation de projets de fracturation hydraulique. »

5 commentaires
  • Danielle Houle - Abonnée 6 mars 2017 09 h 05

    Couillard ment comme il respire!

    ''En septembre dernier, le premier ministre Philippe Couillard avait par ailleurs déclaré qu’« il n’y aura pas » de fracturation hydraulique dans la vallée du Saint-Laurent''.

  • Yvon Pesant - Abonné 6 mars 2017 09 h 57

    À mauvais entendeur...

    L'industrie persiste et signe. Avec l'aval de sa majesté, qui plus est.

    Le projet de loi 106 adopté dans sa forme est vraiment ce que les Michael Binnion de Questerre et consorts des autres compagnies gazières et pétrolières attendaient du gouvernement du Québec, quelqu'en soit le parti politique au pouvoir.

    Monsieur Couillard, pour un, comme chef du PLQ et Premier ministre en poste, peut toujours déclarer qu'il n'y aura pas de fracturation hydraulique dans la vallée mais, pour ce que vaut sa parole qui est à l'image comme au son celle de monsieur Trudeau fils, les partisans du "Non au gaz et pétrole de schiste" ont tout lieu de se méfier.

    Nous avons à faire là avec des hommes Premiers qui parlent des deux côtés de la bouche avec des langues de bois fourchues. "Ça parle au serpent!"

  • Jean-Yves Arès - Abonné 6 mars 2017 13 h 56

    Dans la réalité des choses...


    Le Québec utilise du gaz de schiste provenant de l’ouest canadien, et probablement aussi des É.U. En 2015 la moitié de son pétrole venait directement des É.U. qui eux passaient de pays importateur a pays en capacité d’exporter. Le tout grâce justement a la technique de fracturation hydraulique de puits à forage horizontaux.

    Bien visible ici, notez les ordres de grandeurs; exemple le tight oil développé en quelques années représente environ 1 fois et demie toute la production canadienne.

    http://tinyurl.com/jdwopcq

    • Marc Brullemans - Abonné 6 mars 2017 16 h 25

      Dans la réalité des choses, monsieur Arès, il y aurait bien des choses à ajouter, comme celles de l'empreinte carbone de ces filières fossiles, très grande, qui les rendent caduques dès le départ; du spaghetti de tuyaux qui serpentera sous nos terres, car il faut bien les sortir du sous-sol ces hydrocarbures, et les traiter; des fuites de méthane dont il nous faudra nous occuper pendant des siècles, car le méthane a un fort pouvoir de réchauffement planétaire; des risques pour nos nappes phréatiques comme l'a montré la grande étude de l'EPA, nappes phréatiques qui par ailleurs s'amenuisent et se dégradent; (etc etc ...) et qu'en cette ère géologique dominée par notre espèce, il est impératif de revoir notre façon de vivre, sous peine de disparaître. Ajoutons aussi que le gouvernement Marois n'a pu imposer un moratoire sur le gaz de schiste ou sur la fracturation. Bref, je manque d'espace afin de vous répondre adéquatement.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 7 mars 2017 13 h 20

      Je ne sais pas quel est votre source qui indique la pollution de nappe phréatique, ni par quoi elles seraient polluées, mais chose sûr, avec le volume de gaz et de pétrole extrait par fracturation visible sur les graphiques ici ce devrait être une vraie état de catastrophe au sud de la frontière.

      Il est là le hic.

      Quand on applique les scénarios de catastrophes qu’on nous décrits ici depuis près de 10 ans au sujet de cette technique de forage, Hollywood, si friand de catastrophes, devrait nous avoir déjà produit plusieurs blockbusters avec pour sujet l’Amérique en perdition pour cause de ces démoniaques forages…


      Et curieux tout de même cette fibre écologique soit aussi soudaine que limitée a la production, et presque rien devant nos consommations émettrices de GES. Tous les malheurs que vous appréhendez sont inclus dans le gaz naturel que l’on consomme. On ne fait aucun évitement de GES à se le procurer à l’extérieur de nos frontières, au contraire.

      Il n'y a pas grand chose d'écologique à vouloir consommer quelque chose qu'on se refuse à produire soi-même.

      C’est donc que la sensibilité pour l’écologie n’est exposée que pour dissimuler le simple réflexe du ''pas dans ma cour'' qui est la motivation réelle de cette opposition.