L'enjeu climatique évacué de la déclaration Trump-Trudeau

Donald Trump et Justin Trudeau en conférence presse, lundi, à Washington
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Donald Trump et Justin Trudeau en conférence presse, lundi, à Washington

La question des changements climatiques a été complètement évacuée de la première déclaration commune entre le gouvernement Trudeau et le gouvernement Trump. Un changement de ton majeur par rapport aux relations canado-américaines de l’ère Obama.

 

La déclaration publiée lundi dans le cadre de la première rencontre entre le président américain et le premier ministre canadien compte une section consacrée à la « sécurité énergétique » et à l’« environnement ». Mais l’enjeu climatique, pourtant considéré comme incontournable à l’échelle internationale, n’y est pas mentionné.

 

Tout au plus les deux pays se disent-ils « impatients de mettre à profit nos nombreux secteurs de coopération environnementale, particulièrement le long de notre frontière et des Grands Lacs […] ». Ottawa et Washington soulignent aussi leur désir de « collaborer » dans le but « d’améliorer la qualité de l’air et de l’eau ».

 

Cet accent mis sur « la qualité de l’air et de l’eau » est une formule employée par le gouvernement de Donald Trump, qui l’a notamment inscrite dans le « plan énergétique » publié sur le site de la Maison-Blanche dès son entrée en fonction, le 20 janvier. C’est aussi dans le cadre de ce plan que le nouveau président a officialisé son intention d’éliminer le plan climatique de Barack Obama.


Poursuite de Keystone XL
 

Si la déclaration de Justin Trudeau et de Donald Trump ne mentionne pas la question climatique, elle insiste toutefois sur l’importance de la « relation commerciale » entre le Canada et les États-Unis « dans le secteur de l’énergie ».

 

Le document mentionne ainsi le besoin de développer « un réseau énergétique puissant et sûr », en plus d’évoquer la collaboration « sur le plan de l’innovation en matière d’énergie, particulièrement dans le secteur de l’énergie propre ».

 

Les deux dirigeants soulignent également la poursuite du « processus » en vue de la construction du pipeline Keystone XL, qui doit transporter du pétrole des sables bitumineux jusque dans le sud des États-Unis.

Changement de ton

 

Le ton de la déclaration commune publiée lundi marque un changement significatif par rapport aux déclarations et aux décisions prises à l’ère Obama.

 

À titre d’exemple, la dernière déclaration canado-américaine, publiée le 20 décembre 2016, portait essentiellement sur des mesures de protection de l’Arctique, notamment par rapport à la gestion des risques de l’exploitation pétrolière. Le texte commun évoquait la volonté d’exercer un « leadership scientifique responsable », mais aussi de respecter les « objectifs nationaux et mondiaux en matière de climat et d’environnement ».

 

Le porte-parole de la campagne Climat de Greenpeace, Patrick Bonin, juge que le premier ministre a joué le jeu du président américain en se contentant d’une déclaration qui utilise le langage du nouveau gouvernement. « Justin Trudeau ne devrait pas accepter le scepticisme climatique de Trump. Si M. Trudeau veut véritablement protéger l’eau et l’air tout en créant de bons emplois, il devrait promouvoir les énergies renouvelables et la lutte contre les changements climatiques, plutôt que les pipelines de sables bitumineux. »

 

Pour le directeur principal d’Équiterre, Steven Guilbeault, l’absence de la question climatique n’est pas surprenante. Il estime d’ailleurs qu’une confrontation directe avec le président Trump serait contre-productive. Selon lui, il ne faut pas non plus perdre de vue qu’au-delà de la Maison-Blanche, plusieurs États américains et plusieurs villes vont continuer de développer des initiatives en faveur de la lutte contre les changements climatiques.

7 commentaires
  • Jean-Michel Goulet - Abonné 14 février 2017 07 h 19

    Un PM canadien qui vend l'hydroélectricité du Québec ?

    J'aimerais voir le premier ministre canadien vendre l'exportation de l'hydroélectricité québécoise avec autant de force qu'il vend le pétrole des sables bitumineux.

    Je sais, je rêve, le Canada est maintenant un pays pétrolier avant tout.

  • Michel Ferris - Abonné 14 février 2017 07 h 38

    Rencontre trump Trudeau et climat

    Commentaires au canada

  • Nicole Delisle - Abonné 14 février 2017 09 h 46

    M. Bonin a bien raison!

    Les deux chefs d'état peuvent bien essayer de calmer leur population par de belles paroles, mais elles s'avèrent vides de sens quand on sait que de chaque côté de la frontière, on s'évertue à promouvoir les pipelines de pétrole sale d'un côté et le charbon et le gaz de schiste de l'autre. Nous devons donc en déduire que les gestes ne suivent pas les paroles. L'environnement n'est pas une notion capitale pour eux, au point de la défendre intelligemment et dignement. Une vraie honte!

  • Yvon Bureau - Abonné 14 février 2017 14 h 26

    Et notre eau douce ?

    Ce sera le prochain grand et gros conflit avec le Canada.

    L'avenir de l'eau douce dans notre Fleuve St-Laurent?
    Protégeons notre eau.

    • Pierre Robineault - Abonné 15 février 2017 11 h 48

      Oui en effet, avant qu'elle ne fuit via l'un des Grands Lacs en route vers le fin-sud.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 14 février 2017 14 h 53

    Comme l'indique la caricature ,le caniche de Bay Street

    a bien fait de suivre leur conseil soit d'eviter d'énerver le pit-bull a son coté,ce qui n'est pas de tout repos.Dans ce sens ,j'apprecie son calme .