Ottawa approuve deux importants projets d’oléoducs

<p>Justin Trudeau avait exprimé son opposition au projet Northern Gateway alors qu’il siégeait dans l’opposition.</p>
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne

Justin Trudeau avait exprimé son opposition au projet Northern Gateway alors qu’il siégeait dans l’opposition.

Le gouvernement Trudeau a choisi de répondre aux souhaits de l’industrie pétrolière et d’approuver deux importants projets de pipelines destinés à l’exportation de la production croissante des sables bitumineux. Une décision qui revient à laisser tomber la lutte contre les changements climatiques, dénoncent les groupes environnementaux, même si Ottawa affirme le contraire.

Le premier ministre Justin Trudeau, flanqué de cinq de ses ministres, a annoncé en fin de journée mardi que son gouvernement autorise la construction du projet Trans Mountain, de Kinder Morgan. Ce nouveau pipeline reliera l’Alberta à la côte ouest canadienne. Il permettra de faire passer la capacité quotidienne d’un réseau existant de transport de pétrole de 300 000 à 890 000 barils.

Le pipeline aboutira dans la région de Vancouver, où plus de 400 pétroliers seront chargés chaque année pour exporter le pétrole albertain vers le marché asiatique. Il traversera aussi le parc national de Jasper.


 

Même s’il a répété à plusieurs reprises mardi que le Canada est bien engagé dans un processus de « transition » énergétique, le premier ministre Trudeau a soutenu que ce projet lié aux énergies fossiles est « dans l’intérêt des Canadiens ». Il a ainsi vanté la création d’emplois, soit 15 000 pour la construction et 440 permanents à partir de la mise en service, prévue en 2019. Il y voit aussi une occasion de revenus pour le gouvernement, des revenus qui permettront selon lui de financer certaines « priorités », comme « les hôpitaux, les routes et les initiatives relatives à l’énergie propre ».

Le pipeline Trans Mountain est toutefois vivement contesté sur la côte ouest, notamment par la Ville de Vancouver, qui s’oppose à sa construction, tout comme certaines nations autochtones et plusieurs groupes citoyens. Même le gouvernement de la Colombie-Britannique a formulé plusieurs inquiétudes par rapport au projet.

Dans un rapport rendu public au début du mois, un comité ministériel mandaté par Ottawa pour mener un complément d’évaluation pour ce projet a aussi conclu que ce dernier soulève des questions très controversées, d’autant plus qu’il subsiste au sein du public une forte impression que le travail mené par l’Office national de l’énergie comporte de grandes lacunes.

Cette annonce fait partie de notre plan pour réduire les émissions de GES

 

L’intérêt du pays

M. Trudeau a d’ailleurs reconnu qu’« il est impossible de faire l’unanimité » pour un tel projet. Mais, a-t-il ajouté, « nous devons prendre les bonnes décisions dans l’intérêt du pays ». Et pour le chef libéral, le Canada doit absolument trouver des moyens d’acheminer sa production pétrolière vers les marchés, au-delà du marché américain.

Le gouvernement libéral a toutefois approuvé mardi un autre projet de pipeline transfrontalier, soit le remplacement de la Ligne 3, de l’entreprise Enbridge. Ce pipeline de 1660 km relie Hardisty, en Alberta, à Superior, au Wisconsin, depuis plus de 50 ans. Mais avec le projet de remplacement complet, Enbridge vise le transport de 760 000 barils par jour, soit environ le double de ce que la Ligne 3 actuelle est en mesure de transporter.


 

Les deux pipelines approuvés mardi représentent une capacité quotidienne de transport de pétrole de plus de 1,6 million de barils, dont une hausse nette d'un million de barils par rapport à la capacité actuelle du réseau de pipelines canadiens. La première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, a d’ailleurs réagi en saluant une bonne nouvelle pour sa province, après des années d’incertitudes.

La construction de nouveaux pipelines est en effet plus que jamais essentielle pour l’industrie. Selon des chiffres dévoilés plus tôt cette année par la firme américaine IHS Energy, les projets d’expansion des sables bitumineux devraient faire croître la production du secteur de plus de 40 % d’ici 2025. L’industrie produirait alors 3,4 millions de barils par jour, contre 2,4 millions à l’heure actuelle.

Ottawa a néanmoins fermé la porte mardi à un troisième projet de pipeline, Northern Gateway, qui aurait permis de transporter du pétrole des sables bitumineux vers la côte ouest. M. Trudeau avait manifesté son opposition en juillet, jugeant qu’il posait des risques importants pour l’environnement.

Climat

Est-ce que l’approbation de deux importants projets de pipelines est compatible avec la lutte contre les changements climatiques ? « Oui, a répondu Justin Trudeau. Cette annonce fait partie de notre plan pour réduire les émissions. Parce que nous savons que l’Alberta a mis une limite absolue sur les émissions de gaz à effet de serre de 100 mégatonnes. Cette décision aujourd’hui est tout à fait comprise à l’intérieur de ces limites-là. »

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) imputables à la production pétrolière qui circulera dans le pipeline Trans Mountain et la nouvelle Ligne 3 devraient totaliser entre 24 et 28 millions de tonnes de GES, selon les évaluations fédérales. Ces émissions seront donc amplement suffisantes pour effacer les bénéfices, à l’horizon 2030, de la tarification nationale sur le carbone et du programme de fermeture accélérée des centrales au charbon. Qui plus est, le Canada doit réduire ses émissions de 217 millions de tonnes de GES d’ici 2030 pour respecter la cible de réduction de 30 %.

 

Dans ce contexte, les groupes environnementaux ont affirmé mardi qu’Ottawa a choisi de laisser tomber la lutte contre les changements climatiques pour répondre aux demandes du lobby pétrolier. « Le gouvernement fédéral permettra une croissance des sables bitumineux qui mettra hors d’atteinte nos objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, a insisté Karel Mayrand, directeur pour le Québec de la Fondation David Suzuki. Par cette décision, le gouvernement Trudeau tourne le dos à l’accord de Paris à peine quelques semaines après son entrée en vigueur. »

Ces nouveaux pipelines ne signifient pas la fin du projet Énergie Est, selon Jean-Thomas Bernard, professeur au Département de science économique de l’Université d’Ottawa. Il estime ainsi qu’en raison de l’expansion prévue de l’industrie pétrolière, la construction du pipeline de TransCanada, avec sa capacité quotidienne de 1,1 million de barils par jour, serait la bienvenue. À moins que le président américain désigné Donald Trump approuve et parvienne à faire construire le très controversé pipeline Keystone XL.

47 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 29 novembre 2016 17 h 52

    Au revoir conférence de Paris de 2015 sur le climat. Coudonc, est-ce que notre petit prince est plus de droite qu'un certain Stephen Harper ?

    • Pierre Langlois - Abonné 29 novembre 2016 18 h 12

      Probablement pas. Mais il est tellement beau et charmant ...

    • Claude Bariteau - Abonné 30 novembre 2016 09 h 39

      Lors de la campagne de 2015, le chef du PLC a dit qui respirera l'air frais mais boira du pétrole, la seule différence avec son prédécesseur étant qu'il utilisera des filtres scientifiques avant d'ingurgiter du pétrole sale.

      Depuis, les filtres n'y sont pas, l'ONÉ n'étant pas en mesure de les inserrer dans ses devis, ce qui a conduit à des changements superficiels. Le motif : il y avait une entente avec le milieu de la production des sables bitumineux (entreprises et gouvernements) pour ne pas les inserrer.

      La position du chef du PLC comprenait un autre élément : les revenus du gouvernement du Canada et la valeur du dollar. Il s'est traduit par des ententes de partage des gains avec l'Alberta en retour de subvention pour atténuer la pollution de l'air par des GES.

      L'acceptation des deux projets était alors une question de temps parce qu'ils constituaient un avantage économique pour le gouvernement du Canada, ce que dit clairement le PM Trudeau-fils. Il y aura de l'argent pour les hôpitaux, les routes et les énergies propres.

      Cela étant, il manque une donnée : l'espace pour produire un million de barils de plus, les deux projets en ajoutant 970,000 barils, qui est actuellement le seuil de 100 mégatones de l'Alberta, qui peut changer un jour.

      Conséquemment, deux autres projets sont envisageables : Keystone et Énergie-Est. Le premier sera évalué en relation avec l'impact sur la production du gaz de schiste dont les propriétaires ont appuyé le futur président Trump.

      Le second est au Québec avec un niveau élevé de risques supérieur au projet Northern Gateway refusé par le PM Trudeau-fils.

      Cela étant, la décision du Canada d'aller de l'avant avec deux projets était prévisible, comme le seront aussi celles à venir. Elles seront prises sur une base dissociée de la protection de l'environnement. Les motifs : le Canada est un petit producteur, son économie en dépend et les gouvernements, surtout celui du Canada, épanchent leur soif avec le pétrole.

    • Patrick Boulanger - Abonné 30 novembre 2016 09 h 40

      M. Dionne, M. Trudeau se comporte comme le PQ dans le dossier de l'oléoduc d'Enbridge au Québec.

  • Louise Nepveu - Abonnée 29 novembre 2016 17 h 52

    Un pays souillé

    Des millions de tonnes de gaz à effet de serre et un sous-sol gorgé de pétrole sale, quelles splendides perspectives pour ce beau Canada! Désormais, c'est le Québec qui entre dans le collimateur. On peut faire confiance aux libéraux et à la CAQ qui salivent déjà à l'idée de salir notre territoire et de compromettre l'intégrité de nos cours d'eau. Car on ne le répétera jamais assez: la question n'est pas de savoir S'IL y aura une fuite d'Énergie Est un jour, mais QUAND.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 30 novembre 2016 08 h 49

      Mais pourquoi le PLQ et la CAQ saliveraient...?Y aurait-il une entente, des bakchichs, pour ces deux partis, dont nous ignorons les tenants et aboutissants? Enbridge aurait-elle corrompu nos ...incorruptibles ?

      Peut-être que les fossoyeurs du Québec sont à compter les millions de dollars en "contrats de nettoyage" que les entreprises des p'tits namis du système (qui sont déjà à pied d'oeuvre pour passer la serpillette lors des fuites éventuelles ...et il y en aura...) ont déjà en poche et dont ils refileront les coûts "sûrement astronomiques" aux ...citoyens québécois ...bien naturellement!

      C'est sans compter les cours d'eau: rivières, fleuve,lacs et ruisseaux...
      C'est sans compter les terres agricoles...les marécages...les forêts...
      qui subiront des dommages irréversibles...
      C'est sans compter les effets néfastes sur la santé du citoyen ...qui subira le stress d'une possibilié de spoliage dans sa cour...

      Des milliards de litres de pétrole sale avec additif corrosif (pour bien mélanger le tout) dans des oléoducs ...appartenant à des étrangers. Voilà ce qu'est: EE-TC

      Aux armes citoyens...formez vos bataillons...marchons, marchoms!

    • Patrick Boulanger - Abonné 30 novembre 2016 09 h 42

      « On peut faire confiance aux libéraux et à la CAQ qui salivent déjà à l'idée de salir notre territoire et de compromettre l'intégrité de nos cours d'eau. »?

      Mme Nepveu, avez-vous oublié de parler du PQ dans votre commentaire? Cette formation politique s'est positionnée pour l'oléoduc d'Enbridge au Québec.

    • Lucien Cimon - Abonné 30 novembre 2016 11 h 36

      Monsieur Boulanger, ce que vous dites est faux. Les discussions entre la P M du Québec et celle de l'Alberta n'étaient pas encore entamées.

  • Nicole Delisle - Abonné 29 novembre 2016 18 h 38

    Le vrai Trudeau se dévoile enfin!

    Après les erreurs "Castro", voilà qu'il s'empresse de donner le feu vert à des pipelines! Il renie par le fait même sa parole et sa signature sur les traités environnementaux. Il se fie entièrement à l'analyse de l'ONE qui on le sait n'a plus aucune crédibilité, étant administré par des représentants des milieux pétroliers et gaziers, donc ces gens travaillent pour leurs propres intérêts. M. Trudeau est un digne successeur de M. Harper, il poursuit en fait les mêmes objectifs pétroliers. Les politiciens renient leur parole aisément. Sa jeunesse n'apporte rien de bien nouveau en politique. Il gouverne comme un vieux politicien!

    • Gilles Théberge - Abonné 30 novembre 2016 09 h 58

      Aviez-vous vraiment cru le contraire madame Delisle ?

      Au fond ce n'est qu'un politicien comme beaucoup d'autres. Il cherche le pouvoir.

      Et pour ça il choisi de leurrer la population.

      Je n'ai jamais cru en Trudeau. Il ressemble trop à son père qui était un dictateur.

      Plus de quatre cent Québécois emprisonné, sans accusation, sans procès, sans excuses, si ce n'est pas dictatorial qu'est-ce que c'est...

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 30 novembre 2016 11 h 40

      Justin ne gouverne rien,il est gouverné par des vieux comme Chrétien et Charest et Bay Street.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 30 novembre 2016 11 h 47

      Justin ne gouverne rien,il est gouverné par des vieux style Chrétien et Charest et Bay Street.Ils éviteront le Québec de crainte d'une révolution.

  • Nadia Alexan - Abonnée 29 novembre 2016 21 h 54

    Une décéption monumentale!

    Une autre trahison de la part de M. Trudeau qui a fait la campagne de la gauche et maintenant qu'il a le pouvoir, il gouverne par la droite. Non, M. Trudeau, vous ne pouvez pas servir deux maitres. Ou vous protégez l'environnement et la santé des Canadiens, ou vous acquiescez à la cupidité des pétrolières. Vous avez trahi vos promesses électorales de protéger l'environnement. Comment faire maintenant pour atteindre les résolutions de la conférence de Paris?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 30 novembre 2016 09 h 06

      Vous auriez dû comprendre...tel père , tel fils.
      La pomme ne tombe jamais bien loin de l'arbre...(qui l'a produite)

      Quoi faire?...mais joindre un mouvement ou une association ou un parti qui promeut l'indépendance souveraine de son territoire(québécois)...et de ses citoyens. Ainsi nous serons les seuls à décider de notre Avenir...ce n'est pas une question de droite ou de gauche...mais une question d'équilibre moral et pragmatique dans une société qui en a "vachement"* besoin.

      *hier soir j'ai vu "les 18 fugitives"...ça m'est resté en tête.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 30 novembre 2016 11 h 57

      Mme.Sévigny,le mouvement "Coule pas chez nous" existe.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 30 novembre 2016 14 h 15

      @JPG je ne comprends pas votre commentaire...

      je parle d'indépendance souveraine du territoire québécois...et de ses citoyens...

      Je sais très bien que Coule pas chez nous existe...
      Je reçois régulièrement leur infolettre...et je signe des pétitions.

      Je crois à tous ces mouvements, associations ou partis politiques qui prônent un pays où écologie et environnement sont les fers de lance de notre indépendance nationale ...et de notre prise de conscience du mode de vie dans lequel nous désirons vivre.

  • Jean-Marc Tremblay - Abonné 29 novembre 2016 23 h 41

    Bonne nouvelle?

    Bonne nouvelle pour ceux qui sont contre énergie est?

    • Kevin Clancy - Abonné 1 décembre 2016 18 h 51

      Ceux qui sont contre le projet Énergie Est sont aussi contre les autres projets de pipeline, je l'espère, autrement l'hypocrisie n'est pas juste chez notre PM préféré.