Les subventions aux énergies fossiles vont contrecarrer la tarification du carbone

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a demandé aux États participant à la COP22 à Marrakech d’éliminer toute subvention aux énergies fossiles.
Photo: Fadel Senna Agence France-Presse Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a demandé aux États participant à la COP22 à Marrakech d’éliminer toute subvention aux énergies fossiles.

Si le Canada continue de subventionner les énergies fossiles, il minera ses efforts de tarification du carbone, préviennent des groupes environnementaux dans un rapport publié mardi. Ces organisations somment Ottawa et les provinces de cesser de distribuer aux compagnies pétrolières et gazières un montant qu’elles évaluent à 3,3 milliards en 2015.

 

Cette étude survient le jour même où le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a demandé aux États participant à la COP22 à Marrakech d’éliminer toute subvention aux énergies fossiles. Dans le rapport signé notamment par Équiterre et Environmental Defence, on estime que ces subventions stimulent la production de combustibles fossiles à hauteur de 19 $ la tonne de carbone. Ces subventions auront pour effet de contrecarrer la tarification du carbone, annoncée avec enthousiasme au début d’octobre par Justin Trudeau, selon ces groupes. À partir de 2018, Ottawa imposera aux provinces et territoires un prix minimal de 10 $ la tonne de CO2. La taxe grimpera de 10 $ par an pour atteindre 50 $ la tonne en 2022.

 

Promesse libérale

 

Les libéraux avaient promis d’éliminer progressivement les subventions aux combustibles fossiles, un engagement qui ne s’est toutefois pas concrétisé lors du dépôt du budget au printemps. En mêlée de presse à Marrakech, mardi, la ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna, a rappelé l’engagement de son gouvernement, tout en signalant que cela devait se faire « d’une manière qui est intelligente », avec la collaboration des différents paliers de gouvernement.

 

Mardi, le chef de l’ONU a lancé un vibrant appel à renforcer la lutte contre le réchauffement climatique aux chefs d’État réunisà Marrakech, mais aussi au futur président américain Donald Trump, dans tous les esprits depuis le début de la COP22. Ban Ki-moon, qui assistait à sa 10e et dernière conférence sur le climat, a « appelé tous les pays à renforcer leurs ambitions » en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. « Nous n’avons pas le droit de jouer avec le sort des générations futures ou de mettre en péril la survie des autres espèces qui partagent notre planète », a-t-il martelé, en ouverture de la réunion des chefs d’État ou de gouvernement.

 

Les engagements actuels, pris par les États, « ne nous sortent pas de la zone de danger », a souligné M. Ban. Pour cela, les « émissions mondiales devront atteindre leur pic d’ici à 2020, puis décliner rapidement », a-t-il rappelé, appelant notamment à « l’élimination des subventions aux énergies fossiles pour accélérer la transition vers des énergies propres ». Ces subventions (allégements fiscaux, soutiens à l’activité pétrolière, etc.) dépassent annuellement 500 milliards de dollars (2010), selon l’OCDE et l’Agence internationale de l’énergie.

 

Donald Trump

 

Le secrétaire général avait auparavant exprimé, devant la presse, son espoir que Donald Trump « comprenne l’urgence de l’action sur le climat ».

 

Devant ses homologues, le président français François Hollande a également appelé les États-Unis à respecter les engagements pris dans le cadre de l’accord de Paris scellé fin 2015. « Ce n’est pas simplement leur devoir, c’est leur intérêt, celui de la population américaine », a-t-il dit à la tribune, très applaudi, sous le regard de Laurent Fabius, l’ancien ministre des Affaires étrangères, qui présida la COP21 dans la capitale française.

 

Quelque 80 chefs d’État ou de gouvernement avaient fait le déplacement mardi à la 22e conférence sur le climat de l’ONU, une semaine après l’élection du très climatosceptique Donald Trump. Parmi eux, la présidente chilienne Michelle Bachelet, les émirs du Koweit et du Qatar et de nombreux Africains, accueillis par M. Ban et par le roi du Maroc Mohammed VI.

 

Le réchauffement est « le plus grand défi de notre temps et nous attendons que les États-Unis continuent à conduire » ce combat, a exhorté Taneti Maamau, président de Kiribati, archipel du Pacifique menacé par l’élévation des océans. « Nous sommes à un carrefour et nous ne pouvons revenir en arrière », a prévenu le président des Seychelles, Danny Rollen Faure : « le changement climatique affecte tout le monde, de Marrakech à Miami, de Port Victoria à Paris ».

 

Mercredi, le secrétaire d’État américain John Kerry prononcera un « discours soulignant l’urgence de l’action climatique », selon son entourage.

 

Pour le moment, 110 États, dont les Etats-Unis, la Chine, l’Union européenne, l’Inde et le Japon, ont ratifié l’accord qui a vu la communauté internationale s’engager à réduire ses émissions de GES (issues pour l’essentiel des énergies fossiles : gaz, pétrole, charbon). Une dizaine, dont l’Australie, l’ont fait depuis la désignation de Donald Trump. Parmi les grands émetteurs, la Russie manque encore à l’appel.

  

L’élan est « irrésistible » selon McKenna

L’élan international pour la réduction des émissions de GES est « irrésistible », malgré Donald Trump, a laissé entendre la ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna. Selon elle, le mouvement a atteint un « point de non-retour » notamment parce que les entreprises et des firmes d’investissement y voient des possibilités de croissance et de profits. Le train est en marche et rien ne l’arrêtera, a fait savoir Mme McKenna, sans jamais prononcer le nom du nouveau président désigné, ni au cours d’un briefing technique ni au cours d’une mêlée de presse. « Ce n’est pas seulement l’affaire de gouvernements nationaux. C’est plus grand que les gouvernements. Ce sont aussi les entreprises, les grandes, les petites, qui sont ici parce que c’est une grande occasion d’affaires, on voit que le marché reconnaît ça. » Elle a aussi mis en valeur le rôle des jeunes, des autochtones, des municipalités et des États fédérés, comme les provinces et les États américains, qui prennent le relais des États nationaux dans la lutte aux changements climatiques.

Jamais elle ne s’est non plus aventurée à dire comment elle allait convaincre l’allié américain de rester signataire de l’accord de Paris et de faire sa part. « On travaille de près avec les États-Unis, on a une relation unique, cela va se poursuivre », s’est-elle bornée à répéter. Cependant, le gouvernement Trudeau pourrait jouer la carte économique. « C’est une occasion d’affaires, pour les États-Unis et pour le monde », a-t-elle dit en faisant miroiter des emplois du futur et des milliards de dollars en chiffre d’affaires.
6 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 16 novembre 2016 09 h 40

    Parlez, parlez; jasez, jasez, ...

    et causez toujours, Catherine. Ça paraissait et s'entendait tellement bien, à Paris, lors de la COP21, et cela paraît et s'entend toujours aussi bien, à Marrakech, durant les assises de la COP22. Comme il est content, le monde entier, de vous voir et de vous entendre, monsieur Justin et vous, madame, lui parler de ce qui devrait être fait.

    Mais, pendant ce temps qui passe, dans ce qui nous paraît être des officines gouvernementales, il se donne des subventions et il s'accorde des autorisations à l'industrie gazière et pétrolière qui nous conduse collectivement exactement dans le sens contraire de ce que vos propos laissent entendre aux autres. De toute évidence, pour un, monsieur Ban Ki-moon, n'est ni impressionné ni dupe, à voir ce qui se passe vraiment malgré cette taxe carbone faisant plus office de poudre aux yeux dans les circonstances, lui et nous semble-t-il.

  • Jean-Yves Arès - Abonné 16 novembre 2016 13 h 42

    «subventions stimulent la production de combustibles fossiles à hauteur de 19 $ la tonne de carbone»

    19$ la tonne de carbone cela représente quelque chose comme 0.04$ le litre d'essence. Et encore faudrait voir dans le détail ce que les groupes environnementaux classent comme étant une subvention spécifique aux énergies fossile. Et l’élimination de la chose aurait zéro effet sur ce que l’on importe.

    En présument que l'idée de la mise en place d'une taxe carbone est de rendre moins intéressant l'utilisation des énergies émetteurs de GES ce n’est pas avec un 10 ou 20$ la tonne qu’on va avoir des résultats. Des changements de consommation demandent des motivations plus incisives. Si l’on peut comprendre un prix d’introduction de 10$ la tonne il faut envoyer le message que ce prix passera à 50$, 100$ et plus. Et encore 100$/tonne ce n’est que 20¢ le litre à la pompe.

    Ce n’est donc pas du coté de subventions qui vaudraient 2¢ le litre à la pompe, et qui ont pour but de faire place à une production canadienne dans un marché totalement internationalisé, qu’on à la moindre chance d’avoir un impact sur les émissions de GES qui sont d’ailleurs tout aussi internationalisé. C’est en accrochant une taxe à toute utilisation d’énergie émettrice de GES. Et c’est en visant et responsabilisant la consommation finale pour sa part de GES qu’elle entraine.

    • Raymond Lutz - Inscrit 16 novembre 2016 19 h 38

      Ramener ces montants au litre est trompeur. Pourquoi pas aux millilitres? Ça ferait encore plus petit!

      Je fais l'inverse: les sommes mondiales! Globalement en 2009 les pays du G20 ont donné 450 G$ aux prétrolières. Par comparaison, en 2007 le budget global de R&D en énergies renouvelables était de 9 G$... trouvez l'erreur.

      De plus votre 4 sous est faux. En 2007 ils ont produit 80 Mb/jrs ce qui fait (à 31 litres de carburants, essence et diesel, par baril) 3416 Gl/an. Donc 13 sous de subsides débiles par litre.

      La combustion de carburant fossile pour fin personnelle devrait être rationnée (sinon interdite), point. Finie la voiture individuelle. C'est un luxe que jamais la civilisation n'a pu se permettre (ni le tracteur à essence de pétrole d'ailleurs: la traction animale mécanisée suffisait amplement à la production industrielle). Trains pour tous, marchandise incluses. Abandon des autoroutes et des ponts pour les commutards. Vous vivez où vous travailler, that's it that's all.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 17 novembre 2016 13 h 10

      «Ramener ces montants au litre est trompeur. Pourquoi pas aux millilitres? Ça ferait encore plus petit!»

      Bien au contraire.
      Il faut ramener le prix de la taxe carbone au niveau de ce qui est significatif pour le consommateur si l’on veut comprendre comment cette taxe peut changer les comportements (c’est supposé être son but).

      Un prix ‘’à la tonne’’ d’un gaz représente strictement rien pour 99.99% de la population.
      Personne même ne réalise que quand que l’on met 50$ d’essence dans son auto (45 litres), à 2.4 kilos de CO2 par litre on vient en fait d’émettre directement 108 kilos de Co2 (238 livres), et on s’apprêt à en émettre 108 autres avec ce plein !
      (Et là je ne compte pas ce qui a été émit pour produire, raffiné et livré ce pétrole, ce qui ajoute environ 20% de GES au bilan.)

      Ce qui est trompeur c’est de dire la population qu’elle est victime des actions ''des autres'', et ainsi la maintenir dans un rôle de simple consommateur compulsif qui ne comprend pas que ses gestes ont des répercussions.

      «La combustion de carburant fossile pour fin personnelle devrait être rationnée (sinon interdite), point.»

      Toutes, sans exceptions, activités industrielles, commerciales, étatiques, militaires, ect, ont pour motif à la base d’être un service à utilité finale personnelle.
      Les activités humaines sont faites pour les humains.

      Ce que vous visez dans ce commentaire c’est de retirer les choix d’action au public pour les concentrer entre quelques mains, qui par hasard, s’en retrouvent généralement personnellement enrichies…
      Là il y a vraiment rien de nouveau sous le soleil.

      Pour vos chiffres expliquez les avec références parce que pour l’instant c’est du n’importe quoi.
      Ce sont les États qui sont les premiers bénéficières de l’activité des industries énergétique, et non l’inverse. Ce sont les premiers a appelé à la croissance a tout prix.

    • Raymond Lutz - Inscrit 18 novembre 2016 14 h 16

      J'aime bien votre jugement "sans référence, c'est du n'importe quoi". Et votre 4 sous du litre lui, c'est quoi sa référence?

      Voici mon calcul pour le montant de subvention au litre (avec sources utilisées):

      77.724 Mbarils/jr durant 2014 (www.indexmundi.com)
      La distillation d'un baril de 42 gal US produit 19 gal d'essence et 10 gal de diesel (www.econtrader.com)
      Les pays du G20 ont attribué $450B d'aide aux industries pétrolières (2014? CBC)
      il y a 3.78 litres dans un US gal.

      Le calcul: 450*1000000000/(77.7*1000000*365*(19+10)*3.78)

      Cela donne 0.14 $ de subsides par litre à la pompe.

    • Raymond Lutz - Inscrit 18 novembre 2016 15 h 44

      "Toutes, sans exceptions, activités industrielles, commerciales, étatiques, militaires, ect, ont pour motif à la base d’être un service à utilité finale personnelle."

      Oui, comme une bombe nucléaire, un RPG, une AK47. Ces technologies ont toutes une finalité individuelle. Distribuons-les dans chaque dépanneur et "laissons au public le choix d'action" comme vous dites. La belle affaire.

      "Ce sont les États qui sont les premiers bénéficières (sic) de l’activité des industries énergétique, et non l’inverse."

      Ah bon? Donc les premières bénéficiaires de l'activité des industries énergétiques ne sont pas les industries énergétiques. Suis-je le seul interloqué par l'absurdité de ce propos?