Le climat est de plus en plus propice aux incendies de forêt

La région de Fort McMurray est dominée par la forêt boréale, un écosystème particulièrement vulnérable aux feux.
Photo: Jason Franson La Presse canadienne La région de Fort McMurray est dominée par la forêt boréale, un écosystème particulièrement vulnérable aux feux.

Triste ironie dans l’Ouest canadien. Les feux de forêt qui ravagent actuellement la région de Fort McMurray, épicentre de l’exploitation des sables bitumineux, devraient être de plus en plus nombreux au cours des prochaines années, en raison des impacts des bouleversements climatiques provoqués en bonne partie par notre dépendance aux énergies fossiles.

 

« De grands feux hors de contrôle, c’est relativement commun dans la forêt boréale, et particulièrement dans l’Ouest canadien », fait valoir Yves Bergeron, spécialiste des feux de forêt et de la forêt boréale à l’Institut de recherche sur la forêt de l’UQAT.

 

« C’est très sec, et comme nous sommes au printemps, la végétation verte n’est pas encore sortie, donc les feux ont tendance à se propager plus facilement, notamment dans les champs et les forêts de peupliers. Le printemps est la période la plus critique », explique-t-il.

 

Il faut dire que la région de Fort McMurray n’a pas reçu de précipitations depuis 13 avril dernier. Qui plus est, les températures sont anormalement élevées. Or, « il suffit de deux semaines de chaleur pour que le “carburant fin” d’une forêt sèche complètement. Les feux voyagent alors de façon importante », souligne M. Bergeron.

 

Feux et réchauffement

 

Le hic, c’est que cette combinaison de facteurs facilitant des incendies particulièrement dévastateurs devrait devenir de plus en plus courante au cours des prochaines années, en raison des impacts prévus des bouleversements climatiques provoqués par l’activité humaine.

 

« À peu près toutes les études démontrent que nous allons nous heurter à des situations plus propices aux feux de forêt d’ici le milieu du XXIe siècle », affirme le professeur Yves Bergeron, qui a participé à des études sur le sujet. Il explique ainsi que le réchauffement global a déjà eu un effet « beaucoup plus important » dans le centre du continent, « qui est plus affecté par les sécheresses ».

 

Les chercheurs observent d’ailleurs une augmentation du nombre de feux depuis les années 1970 dans l’Ouest canadien. Et à ce chapitre, la forêt boréale est particulièrement vulnérable. Or, la région de Fort McMurray est justement située dans ce type d’écosystème forestier.

 

Chercheuse scientifique en écologie des feux de forêt à Ressources naturelles Canada, Sylvie Gauthier fait d’ailleurs valoir que si les pires scénarios de bouleversements climatiques se réalisent, les superficies de forêts boréales rasées par les flammes chaque année pourraient être de deux à quatre fois plus importantes d’ici la fin du siècle.

 

Plus globalement, Ressources naturelles Canada estime que les feux devraient non seulement être plus fréquents, mais aussi qu’ils auront « de graves répercussions environnementales et économiques ». L’augmentation des épidémies d’insectes, des tempêtes de verglas ou des forts vents devrait en outre faire croître « la quantité de bois endommagé ou de bois mort dans la charge en combustibles forestiers ». Cela devrait faire « augmenter » la force des feux dans les décennies à venir.

 

Questionné sur le lien entre les feux et le dérèglement du climat, le premier ministre Justin Trudeau n’a pas voulu faire un lien direct entre les deux phénomènes, même s’il reconnaît que les années à venir seront marquées par davantage d’« événements extrêmes ».

 

Des chercheurs américains et australiens ont déjà démontré l’an dernier que la saison des incendies de forêt dure près de 20 % plus longtemps qu’il y a 35 ans. Et selon eux, les changements climatiques ne sont pas étrangers à ce phénomène. Quelque 3,5 millions de kilomètres carrés brûlent chaque année sur la planète.

8 commentaires
  • Renaud Guénette - Abonné 5 mai 2016 08 h 58

    Le manque d'eau

    La quantité d’eau
    nécessaire à la production de sables bitumineux varie selon la
    technologie utilisée pour l’extraction. Par exemple, l’extraction des
    sables bitumineux requiert de trois à quatre barils d’eau par baril
    de bitume, tandis que les procédés in situ requièrent un baril d’eau
    par baril de bitume. Les projets in situ dépendent largement de l’eau
    souterraine pour leurs besoins en eau, dont une quantité sans cesse
    croissante est saline ou saumâtre. ( source:Ministère des ressources naturelles du Canada)
    Sachant que l'estimation gouvernementale chiffre à 170 milliards de barils de pétrôle l'exploitation des sables bitumineux, la question se pose. Les pétrolières seraient-elles responsables d'une sécheresse artificielle ?

    • Daniel Bérubé - Abonné 5 mai 2016 21 h 14

      Très bonne réflesion (dernier paragraphe) ... et mettre l'ouest canadien dans la même situation que l'Inde, qui connaît actuellement des manques d'eau pour 300 millions de ses citoyens, et les réserves d'eau souterraine sont à 22% de leur capacité normale (pour eux, c'est principalement l'agriculture qui est la cause de l'abaissement du niveau d'eau dans leurs nappes d'eau souterraine), mais qui peux aussi être classé dans un contexte de "sécheresse artificielle". L'eau de surface est de moins et moins potable, et le monde de l'industrie est en train de vider les nappes souterraine... en Chine, environ 80% des nappes d'eau souterraine sont contaminé, et celle de surface toxique. Nous prenons réellement conscience de la valeur de quelque chose que quand... nous ne l'avons plus. Tout nous est presque considéré comme de l'acquis, même la santé pour plusieurs ! Ce n'est que quand il la perdreront qu'il réaliseront et prendront conscience de sa valeur RÉELLE. L'eau a toujours été considéré comme de l'acquis; aie ! comment pourrait-on en manquer, il y a 6 fois plus d'eau que de terre sur la planète ! Selon moi, un réveil brutal se prépare sur la chose... espérons qu'il soit fait avant le début d'exploitation du gaz ou pétrole de shiste au QUébec, où nous avons la chance d'avoir tellement de cet or bleue encore intact !

  • Jean Richard - Abonné 5 mai 2016 10 h 13

    Pas trop vite

    Associer trop rapidement les feux de forêt de l'Alberta aux changements climatiques peut être hasardeux. Les arguments apportés sont d'une fragilité telle qu'ils pourraient donner des munitions aux climatosceptiques.

    Parmi les éléments qui font concensus, il y a l'augmentation de température de la surface des océans. Des eaux plus chaudes impliquent une plus grande évaporation, donc une plus grande quantité de vapeur d'eau dans l'atmosphère. Une plus grande quantité de vapeur d'eau signifie davantage d'eau précipitable, donc davantage de précipitations. Il n'y aura donc pas plus de sécheresses, mais il est probable que les zones touchées par ces sécheresses soit modifiées. Des déserts disparaîtront et d'autres apparaîtront.

    Enfin, parler de dépendance aux énergies fossiles sans discernement peut camoufler le fond du problème : ne vaudrait-il pas mieux parler de voracité énergétique ? Notre système économique et politique capitaliste est peut-être en train de foncer dans un mur en s'appuyant sur un mode de fonctionnement qui implique que l'on produise encore plus et toujours plus car autrement, le régime pourrait s'effondrer. S'imposer des limites dans un environnement qui en a, c'est insensé et pourtant, c'est ce qu'on fait.

    Produire encore et toujours plus implique toujours plus de ressources (minérales et végétales) et toujours plus d'énergie, peu importe sa forme. On sait pourtant que l'énergie ne se crée pas mais qu'elle se transforme. Et dans le processus de production (industrielle surtout, incluant les transports), aucune énergie n'est transformée à 100 % en vue de l'utilisation qu'on veut en faire. Il y a toujours une perte de chaleur, absorbée en bonne partie par l'atmosphère. Il n'est pas faux de dire que même une éolienne contribue au réchauffement atmosphérique.

    À trop mettre les énergies fossiles en avant-plan pourrait cacher le cœur du problème – qui est plus politique qu'environnemental.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 5 mai 2016 12 h 36

      J'allais justement faire une approche semblable à celle de m. Guénette plus haut.
      Pourquoi pas? J'ajouterais que le sol est peut-être plus propice à de tels incendies...
      Rappelez-vous les feux dans les terres noires du sud-ouest du Québec...!

      Était-ce un mythe répandu...dans le temps?

  • Raymond Lutz - Inscrit 5 mai 2016 10 h 14

    Ah Ah, J. Trudeau capable

    d'expliquer les ordinateurs quantiques, mais incapable de "faire un lien direct entre les deux phénomènes" . Bonnet d'âne. On connaît la chanson: pas de lien direct entre les séismes et le fracking, pas de lien direct entre le cancer des poumons et le tabagisme, pas de lien direct entre le CO2 et le réchauffement global (qui est une conspiration socialiste pour nuire à l'économie canadienne).

  • Raymond Lutz - Inscrit 5 mai 2016 13 h 28

    Pas trop vite, l'éolienne.

    "Il n'est pas faux de dire que même une éolienne contribue au réchauffement atmosphérique." Bin oui... et il n'est pas faux de dire que même une cuiller peut servir à tuer quelqu'un.

    Voici les chiffres pour éclairer cette affirmation: le déséquilibre énergétique planétaire (qui est dû aux GES en concentration accrue) est de 11 000 EJ/an. L'activité industrielle humaine consomme 600 EJ/an dont 55% est rejetée en chaleur. Donc le déséquilibre radiatif est 33 fois plus élevé que le 'réchauffement industriel' que vous mentionnez. Pour l'empreinte carbone de la construction de votre éolienne, on verra.

    Mais c'est un fait que les énergies renouvelables ne nous tireront pas de ce merdier de la surconsommation.

    Décroissance. Nationalisation de tous les sites d'extraction d'hydro-carbure et réquisition des ressources pour bâtir une infrastructure solaire mondialement partagée là où l'irradiance solaire est suffisante (8 kWh/jr en moyenne, pas le 3 kWhr de nos latitudes).

  • Gilles St-Pierre - Abonné 5 mai 2016 22 h 59

    Et si on se posait enfin les bonnes questions

    Il est devenu évident que les problèmes occasionnés par l'activité humaine sur l'environnement de notre si petite et fragile planète sont directement liés à la surpopulation de notre espèce versus notre mode de vie présumément "moderne". Mais quand on atteint ainsi une population de près de 7½ milliards qui augmente de façon exponentielle, il n'est pas sorcier de cibler le problème même pour les plus chatouilleux sur le sujet.

    Voir http://www.worldometers.info/fr/population-mondial pour les détails.

    Alors cessons donc de nous berner, ouvrons les yeux et ayons le courage de nous rendre à l'évidence du véritable problème afin de trouver les véritables solutions. Aucune espèce animale n'aura autant dérogé aux lois de la nature sur cette planète et d'une manière ou d'une autre, même si ça fait mal, nous allons en subir les conséquences car ça toujours été et sera toujours la nature qui a raison et comme tant d'autres notre civilisation passera à l'histoire et cette planète continuera à bien tourner même sans nous.