La décision de financer une pétrolière multimilliardaire est justifiée, selon Arcand

Selon le ministre Pierre Arcand, les entreprises qui oeuvrent dans le secteur des énergies fossiles ont aussi tout à fait le droit de participer au programme.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Selon le ministre Pierre Arcand, les entreprises qui oeuvrent dans le secteur des énergies fossiles ont aussi tout à fait le droit de participer au programme.

Le ministre Pierre Arcand a défendu lundi l’octroi d’une subvention de 1,7 million de dollars à la pétrolière albertaine Suncor dans le cadre d’un programme gouvernemental mis sur pied pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ce financement public permettra de réduire les émissions de la raffinerie de Montréal de 0,9 %.

 

Le Devoir révélait lundi que le gouvernement Couillard a accordé une « aide financière » au géant pétrolier des sables bitumineux dans le cadre du programme ÉcoPerformance. Ce programme vise notamment la réduction de « la consommation de combustibles fossiles ».

 

Pour le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, la décision de financer une pétrolière multimilliardaire était justifiée, selon les critères d’ÉcoPerformance. « Ce sont des programmes [balisés], donc nous ne faisons pas de discrimination par rapport aux entreprises. Est-ce qu’elles sont riches ? Est-ce qu’elles sont pauvres ? Ce sont les fonctionnaires qui reçoivent les propositions et qui ont des critères afin de décider », a-t-il expliqué en entrevue au Devoir.

 

« Ce sont des investissements qu’ils n’auraient peut-être pas faits s’ils n’avaient pas eu cet incitatif », a-t-il ajouté. Selon le classement « Global 500 » des plus grandes entreprises de la planète publié en 2015 par le magazine Forbes, Suncor se classait en 317e position, avec des revenus de 36,6 milliards de dollars.

 

Est-ce qu’il ne faudrait revoir les critères du programme, surtout que cet octroi de fonds publics se fait dans un contexte de rigueur budgétaire ? « L’objectif premier demeure de réduire les gaz à effet de serre, a répondu le ministre. S’il y a des entreprises rentables au Québec, tant mieux, parce que ça signifie plus d’emplois et plus d’activités. »


Ouvert aux fossiles

 

Selon M. Arcand, les entreprises qui oeuvrent dans le secteur des énergies fossiles ont aussi tout à fait le droit de participer au programme. « On ne peut pas faire de discrimination au niveau des entreprises. On ne peut pas dire que parce qu’il s’agit d’une entreprise de pétrole qui met en place un procédé de réduction des gaz à effet de serre, on fait de la discrimination. » Le ministre estime que, globalement, ce type de mesure est de toute façon « bénéfique pour le Québec ».

 

Dans le cas de Suncor, les 1,7 million de dollars de fonds publics doivent servir à améliorer l’efficacité du procédé industriel de la raffinerie de Montréal, de façon à réduire la consommation de gaz naturel nécessaire pour chauffer le pétrole brut dans le processus de raffinage. Selon les précisions fournies par le cabinet de Pierre Arcand, le projet de la multinationale permettra de réduire les émissions annuelles de gaz à effet de serre (GES) de la raffinerie de 10 000 tonnes.

 

En prenant compte des données officielles sur les émissions de gaz à effet disponibles auprès du ministère de l’Environnement du Québec, la raffinerie de Suncor de Montréal a produit en moyenne 1,1 million de tonnes de GES chaque année, et ce, de 2012 à 2014. Cela signifie que les mesures mises en place permettent de réduire les émissions annuelles de 0,9 %.

 

Reste que la pétrolière Suncor, qui produit plus de 400 000 barils de pétrole des sables bitumineux chaque jour, souhaiterait traiter ce type de pétrole à Montréal. Est-ce possible de concilier ce type d’or noir, réputé plus polluant, avec nos cibles de réduction de GES ? « La transition énergétique est commencée au Québec », a dit le ministre, avant d’ajouter que l’industrie pétrochimique « ne sera pas en grande expansion au cours des prochaines années ».

 

Croissance pétrolière

 

Suncor mise pourtant sur la croissance de l’industrie des sables bitumineux au Canada. Elle participe ainsi au développement de projets d’exploitation des sables bitumineux, dont le projet Fort Hills, évalué à 13,5 milliards de dollars. Ce site pourrait produire plus de trois milliards de barils au cours des prochaines décennies. Suncor s’est également entendue récemment avec un autre important exploitant des sables bitumineux, Canadian Oil Sands, dans le cadre d’une offre de prise de contrôle évaluée à 6,6 milliards de dollars.

 

Son président et chef de la direction, Steve Williams, qui est inscrit comme lobbyiste au registre québécois, a par ailleurs fait la promotion du projet de pipeline Énergie Est. Il faut dire que ce pipeline pourrait permettre d’approvisionner en partie la raffinerie montréalaise de Suncor, où des investissements ont été annoncés en 2013 dans le but de permettre le raffinage du pétrole de l’Ouest. Fait à noter, cette portion secondaire du pipeline de TransCanada devra impérativement traverser le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal, qui s’oppose catégoriquement au projet.

 

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement Couillard finance une entreprise liée à l’expansion de l’industrie des énergies fossiles, dans le cadre du programme ÉcoPerformance. En juillet 2015, Québec avait accordé une subvention de près de 350 000 $ à l’entreprise Canadoil Forge, qui fabrique des portions de pipelines pour TransCanada et dont les dirigeants font la promotion du projet Énergie Est.

 

Une autre subvention de 2,2 millions de dollars a été offerte à Alcoa, troisième producteur d’aluminium de la planète, pour son usine de Deschambault.

18 commentaires
  • Christian Montmarquette - Inscrit 25 janvier 2016 18 h 26

    Financer des milliardaires et couper dans l'aide sociale


    Ce gouvernement est immonde, immoral et irresponsable.

    Comment se peut-il que de tels salauds soient encore élus au Québec?

    J'ai honte de nous!

    Christian Montmarquette

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 25 janvier 2016 22 h 26

      Ce sont de nos représentants que j'ai honte.
      Ce sont eux les salauds.
      Ce sont eux qui subtilement ont pratiqué l'hypocrisie, la collusion et la corruption pour satisfaire leur avidité.
      Depuis le début des temps, les salauds finissent par payer.
      À quelques exceptions près, les élus sont des suiveux sans convictions et sans éducation.

      Nous, la population québécoise, sommes plus grands qu’eux.

    • Christian Montmarquette - Inscrit 26 janvier 2016 08 h 55


      «Ce sont de nos représentants que j'ai honte. Ce sont eux les salauds.» - Nicole Ste-Marie

      Je suis d'accord avec vous, Mme Ste-Marie.

      Mais avec tout ce qu'on sait que les libéraux ont fait, non seulement toute cette violence contre les étudiants durant le printemps érable, mais avec la Commission Charbonneau.. Comment est-il possible que des gens votent encore pour ces crapules qui coupent tous les jours dans les secteurs les plus sensibles des services publics et que les libéraux reçoivent toujours 40% d'appuis dans les sondages?



      - CM

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 janvier 2016 17 h 20

      Petit intermède dans la séance quotidienne de déchirage de chemise.

      Le cadre normatif ayant servi à établir le montant des subventions a été établi par le gouvernement du PQ en même temps que le programme EcoPerformance (28 octobre 2013). Cela, et non d'obscures tractations entre le MERN et les lobbyistes.

      Un autre « oubli » de monsieur Shields : s'il est vrai qu'il s'agit d'argent public, ce sont largement les entreprises elles-mêmes qui financent le programme par le biais de quote-parts.

      On peut présumer que celles versées par Suncor à ce titre doivent être assez élevées.

      Ok. On peut repartir la ritournelle...

  • Sylvain Rivest - Inscrit 25 janvier 2016 18 h 37

    Vraiment!

    Hallucinant d'entendre cette autre crapule du parti libéral.
    Pousser dans la rue des travailleurs, détruire le filet social, détruire les soins de santé, l'éducation,
    L'aide aux personnes âgées...
    Mais engraisser les bosses de bombardier, les pétrolière, les minières, ah l'on on parle des vrais affaires.

    Vivement la renaissance du FLQ!

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 25 janvier 2016 18 h 51

    Quel culot !!!

    Financer des compagnies multi milliardaires qui se passeraient aisément de cette aide, c'est déjà difficile à avaler.

    Dans le contexte de toutes les coupures et fins de programmes entrepris par le gouvernement québécois actuel, ça devient odieux.

    J'ai d'autant plus de difficultés à le prendre aujourd'hui parce que Radio-Canada et LaPresse jouent les vierges offensées au sujet de Vidéotron, des paradis fiscaux et du rôle de PKP, au lieu de parler «des vrais affaires».

    Pendant ce temps, on élimine plusieurs postes et des salaires d'orthopédagogues dans l'éducation pour les donner à des compagnies qui s'enrichissent en polluant la planète.

    C'est absurde! C'est démoniaque! C'est scandaleux! C'est décadent! C'est à se taper la tête sur les murs!

    «On est pas tanné de mourir, bandes de caves!!!» dixit Pélo (?)

  • Sylvain Dionne - Inscrit 25 janvier 2016 18 h 55

    La valise, il y tient vraiment...

    Même s'il a compris qu'il nous prenait pour des valises, il insiste vraiment. Peut-être pense-t-il qu'à force de nous répéter les mêmes niaiseries il y réussira? Mystère...

  • Normand Renaud - Inscrit 25 janvier 2016 19 h 08

    Équitable

    Avec des revenus de 36,6 G$, un projet à Forth Hills de 13,5 G$ qui rapporterait, est-ce que c'eût été trop de demander à Suncor d'investir eux-même dans la réduction les émissions de gaz de 0,9% ?

    Me semble qu'on est bonasse, pendant ce temps-là, ce même gouvernement coupe des millions dans l'éducation et certains services sociaux.

    Charité bien ordonnée commence par soi-même et aux plus démunis.
    Ça sent le passage de l'oléoduc à plein nez, les fameusesévaluations ne seront qu'une façade médiatiqueé