TransCanada est «très arrogante», dit Coderre

Le maire de Montréal Denis Coderre a répliqué aux partisans du projet Énergie Est lundi en soulignant que TransCanada est une entreprise « très arrogante ». Cette dernière a refusé de participer au processus de consultations mené par la Communauté métropolitaine de Montréal, processus qui a mené ses 82 municipalités à dire non au projet de pipeline conçu pour exporter le pétrole des sables bitumineux.

 

En point de presse, le maire a vivement critiqué l’attitude de TransCanada. « On nous arrive avec un projet, avec une compagnie très arrogante, qui ne veut pas nous parler, qui pense que ce n’est pas important, qui nous regarde de haut et qui se dit, de toute façon, qu’elle va s’arranger avec les autres paliers de gouvernements », a insisté M. Coderre

 

Il est vrai que TransCanada n’a pas participé aux consultations menées par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). L’entreprise a également refusé de déposer une étude d’impact pour son pipeline, malgré les demandes répétées du gouvernement du Québec. En fait, selon la pétrolière, il appartient au gouvernement fédéral de décider de la construction d’Énergie Est, qui traversera le territoire québécois sur près de 625 kilomètres.

 

Tolérance zéro

 

Pour M. Coderre, les élus de la CMM devaient donc prendre leurs « responsabilités » dans le dossier Énergie Est. Après tout, a-t-il rappelé, le pipeline traverserait le territoire de la CMM sur une distance de 100 kilomètres, franchissant des cours d’eau (dont certains servent de source d’eau potable), des milieux humides et des terres agricoles.

 

Il a tenu à souligner que la décision a été prise à la suite d’une véritable analyse du projet et de ses impacts potentiels, y compris les impacts économiques. « Nous ne sommes pas contre le pétrole, mais c’est tolérance “zéro” sur les risques environnementaux », a ajouté M. Coderre, qui est aussi président de la CMM. Il a ainsi fait valoir qu’une entente était intervenue avec la pétrolière Enbridge dans le dossier de l’inversion du flux dans le pipeline 9B.

 

« Nous n’avons pas pris une décision contre les Albertains ou contre les gens en Saskatchewan. Nous avons fait un travail rigoureux, avec plus de 200 intervenants, 150 mémoires, des consultations publiques et nous avons rendu public le rapport », a poursuivi le maire. « Je me suis battu pour ce pays toute ma vie, donc personne ne viendra me donner de leçons sur l’unité nationale », a ajouté celui qui a siégé aux Communes de 1997 à 2013.

 

Denis Coderre a également rappelé que deux projets importants de pipelines font présentement face à une vive opposition en Colombie-Britannique. « Nous ne sommes pas les seuls à nous opposer », a-t-il dit. Au terme d’une évaluation menée sur une période de 15 mois, la Commission de l’énergie de l’Ontario a par ailleurs conclu l’été dernier que le projet Énergie Est devrait générer de faibles retombées économiques, tout en faisant peser des risques bien réels pour la population et l’environnement.

 

Le maire Coderre a invité lundi le gouvernement Trudeau à réformer les évaluations environnementales menées sous l’égide de l’Office national de l’énergie, comme il s’est engagé à le faire en campagne électorale. Pour le moment, rien n’a été annoncé à ce sujet, alors que les évaluations de projets comme Énergie Est sont déjà en cours.

 

Les conservateurs répliquent

 

Les conservateurs, partisans avoués de l’exploitation du pétrole albertain, ont répliqué à leur tour lundi au refus d’Énergie Est par la CMM, qui représente près de quatre millions de Québécois.

 

Le dossier du pipeline Énergie Est « affecte l’unité du pays », a déploré la chef conservatrice intérimaire Rona Ambrose. Mais alors qu’elle assure ne pas vouloir jeter de l’huile sur le feu, elle s’en prend elle aussi au maire de Montréal, Denis Coderre, et l’enjoint de considérer le projet de TransCanada en se basant sur la « science » plutôt que du point de vue de la « pure politique locale ».

 

Selon des calculs réalisés par l’Institut Pembina, les émissions de gaz à effet de serre découlant du projet Énergie Est devraient dépasser les 30 millions de tonnes par année, soit l’équivalent de sept millions de véhicules. Un peu plus de 400 millions de barils couleront chaque année dans ce tuyau, à raison de 1,1 million de barils par jour.

 

Par ailleurs, selon la documentation présentée par TransCanada, une fuite dans l’oléoduc pourrait être stoppée en 13 minutes. Ce temps de réaction serait suffisant pour laisser fuir près de 10 000 barils de pétrole, soit 1,6 million de litres de brut des sables bitumineux.

 

Le pipeline traversera plusieurs centaines de cours d’eau au Québec, dont 31 majeurs. Plusieurs municipalités s’opposent à la construction de ce pipeline, qui fera de la province un partenaire important dans la stratégie d’exportation de pétrole de l’industrie albertaine. En phase d’exploitation, il doit générer 33 emplois directs au Québec.

19 commentaires
  • Sylvain Rivest - Inscrit 25 janvier 2016 15 h 52

    oui monsieur le maire

    et les gens de l'ouest aussi!
    Ils ne semblent pas comprendre que l'eau et l'huile ça ne se mélange pas.
    Et que le fait qu'ils sont irresponsables n'oblige pas leur voisin d'agir de même.

    Merci de vous tenir debout!
    J'espère que vous allez tenir bon.

  • Gilles St-Pierre - Abonné 25 janvier 2016 16 h 23

    Heureusement le pétrole

    "Le dossier du pipeline Énergie Est « affecte l’unité du pays », a déploré la chef conservatrice intérimaire Rona Ambrose." Enfin, ils ont compris, il y a un problème constitutionnel dans ce foutu pays qui n'est pas le nôtre mais auquel nous sommes encore assujettis. Leur pétrole aura tout au moins fait progresser sur le sujet, ce que le Québec n'a jamais réussi à leur faire comprendre car ces gens-là ne comprennent que ce qu'ils veulent bien comprendre et rien d'autre, c'est génétique.

    De plus, ces compagnies pétrolières qui étaient devenues habituées à avoir leur valet de pieds à Ottawa, i.e. Harper, elles doivent maintenant composer avec la nouvelle réalité. Il faudrait bien leur proposer au plus vite un parti indépendantiste, ça règlerait bien des problèmes.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 25 janvier 2016 16 h 33

    Rona Ambrose.

    Mme Rona Ambrose critique le maire Coderre parce qu'il hurle à propos et contre un oléoduc qui n'est même pas creusé.

    Question Mme : Quand est-il temps de s'y opposer ? Avant ou après que le trou est fait ?

    Elle n’a pas glissée là, elle avait lu son ‘tit papier.
    -------------------------
    À la question d'un député : Quand est-ce que Coderre va se rendre compte que la population de l'ouest est importante ?
    La réponse devrait être, à tout le moins : Quand la population de l'Ouest se rendra compte que celle de l'Est l'est tout autant.

    PL

  • P. Raymond - Inscrit 25 janvier 2016 16 h 42

    L'organigramme déglingué

    La régressiste-conservatrice intérimaire en chef adresse ses doléances au maire en chef d'une municipalité alors que les intendants en chef provincial et fédéral se tiennent cois attendant les ordres de la chambre de commerce britannique. Tout bêtement Kafkaïen, tout bêtement canayen.

    M'ame Ambrose, auriez-vous l'obligeance de demander aux scientifiques Deltell, Bernier ou Lebel du Lac de venir déglacer les serrures des boîtes aux lettres que vous avez fait fabriquer aux États-Unis. Question de préserver et d'étendre d'une mare à l'autre la belle unité réformiste avec la faillite de votre beau programme pétro-albertain?

  • Raymond Chalifoux - Abonné 25 janvier 2016 16 h 53

    Un pipeline nommé...

    ...sapin.

    La fuite, tous le savent! Ce n'est pas SI, mais bien QUAND et OÙ.. Fait que...