Le p.-d.g. d’Hydro-Québec juge la centrale de Bécancour «très utile»

Le président-directeur général d’Hydro-Québec, Éric Martel, s’est à son tour porté à la défense des contrats signés par Hydro-Québec avec TransCanada et Gaz Métro pour le maintien de la centrale au gaz de Bécancour jusqu’en 2036.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le président-directeur général d’Hydro-Québec, Éric Martel, s’est à son tour porté à la défense des contrats signés par Hydro-Québec avec TransCanada et Gaz Métro pour le maintien de la centrale au gaz de Bécancour jusqu’en 2036.

Le président-directeur général d’Hydro-Québec, Éric Martel, estime que la centrale au gaz de Bécancour, propriété de TransCanada, est « très utile ». Cette centrale entrée en fonction en septembre 2006 et fermée depuis janvier 2008 a déjà coûté plus d’un milliard de dollars à la Société d’État.

 

En entrevue mardi à Paul Arcand, M. Martel s’est à son tour porté à la défense des contrats signés par Hydro-Québec avec TransCanada et Gaz Métro pour le maintien de la centrale au gaz de Bécancour jusqu’en 2036. « Elle est très utile quand on a besoin de puissance », a-t-il dit en évoquant d’éventuels besoins lors de courtes périodes « de pointe » au cours de l’hiver.

 

Concrètement, la centrale au gaz de Bécancour a produit de l’énergie pendant à peine plus d’un an. Depuis 2008, elle est inutilisée, en raison des importants « surplus » énergétiques du Québec, a d’ailleurs reconnu M. Martel.

 

Or, en vertu des ententes qui lient la Société d’État à TransCanada, Hydro-Québec a déjà versé plus d’un milliard de dollars en compensation à la pétrolière. Des centaines de millions de dollars supplémentaires doivent être versés d’ici 2026. Il est impossible de connaître le montant précis, en raison de clauses de confidentialité.

 

« Bonne décision »

 

Si on ajoute à cela la nouvelle entente approuvée par la Régie de l’énergie, et couvrant la période 2016-2036, la centrale de TransCanada aura coûté au moins deux milliards de dollars entre 2006 et 2036, selon les calculs dévoilés lundi par Le Devoir. Cette facture devra être payée en totalité par Hydro-Québec, et ce, même si la centrale n’est jamais utilisée.

 

Il s’agit d’une « bonne décision économique », selon Éric Martel. « On a essayé, le plus possible, de faire en sorte que ce contrat ait un certain sens pour les Québécois et pour Hydro-Québec », a fait valoir le p.-d.g. de la plus importante Société d’État du Québec, pour justifier le nouveau contrat signé pour 20 ans.

 

Il n’a pas été possible de savoir quels montants précis seront versés à TransCanada et Gaz Métro en vertu de la nouvelle entente 2016-2036. Les clauses inscrites dans les « ententes » ne permettent pas à la Société d’État, dont l’unique actionnaire est le gouvernement du Québec, de dévoiler ces détails.

 

Dans le document de la demande présentée à la Régie de l’énergie, les chiffres sont d’ailleurs caviardés. On y constate cependant que les « frais fixes annuels » doivent augmenter chaque année entre 2016 et 2036, passant de 15 millions à 46,6 millions de dollars. Au final, le montant fixe que devra verser Hydro-Québec atteint 389 millions de dollars.

 

Hydro-Québec pourra ainsi « compter sur des livraisons d’électricité garantie de la centrale de Bécancour durant un maximum de 300 heures par hiver (du 1er décembre au 31 mars) ». Pour les 100 premières heures, Hydro-Québec Distribution s’est entendue avec Gaz Métro afin d’approvisionner la centrale en gaz naturel liquéfié. Gaz Métro prévoit d’ailleurs la construction d’un réservoir de gaz naturel liquéfié et d’une unité de vaporisation à proximité de la centrale. Au-delà des 100 heures, le coût du gaz naturel « sera évalué en fonction des prix sur le marché », précise Hydro-Québec.

 

Pertes importantes

 

Celui qui est entré en fonction il y a six mois a d’ailleurs refusé de commenter la décision prise en 2004 de construire ladite centrale. « Je ne veux pas faire le gérant d’estrade, dix ans plus tard, et dire que c’était la mauvaise décision », a-t-il dit à l’animateur Paul Arcand. « À l’époque, tout le monde pensait » que cette énergie serait nécessaire pour alimenter le réseau.

 

M. Martel a en outre reconnu que Hydro-Québec doit aujourd’hui composer avec des surplus qui coûtent très cher. « On parle de centaines de millions dollars. On le reconnaît », a-t-il d’abord admis. Appelé à préciser le montant, il a simplement indiqué que le coût se situe actuellement « entre 500 millions et un milliard » de dollars chaque année.

 

Les décisions de développer des projets (éolien, centrales hydroélectriques, centrales au gaz) sont prises « pour le long terme », a-t-il ajouté. « Si la tendance avait été à la hausse, comme on le prévoyait, nous aurions besoin de tout. Mais ce n’est pas le cas. » Éric Martel a d’ailleurs dit que Hydro-Québec élabore présentement son plan stratégique des prochaines années.

 

TransCanada a un total de 17 lobbyistes de l’entreprise inscrits au registre des lobbyistes du Québec. Un de leurs mandats est lié à la centrale au gaz. Parmi ces lobbyistes, on compte une avocate qui travaillait pour Hydro-Québec jusqu’en août 2015 et qui est désormais « conseillère juridique principale » chez TransCanada.

 

Un autre, ancien gestionnaire de projets de TransCanada, qui était employé de l’entreprise jusqu’en novembre 2015, est désormais « Spécialiste en régulation économique, direction du gaz naturel et produits pétroliers » à la Régie de l’énergie. Il a également déjà travaillé pour Hydro-Québec, comme « analyste, approvisionnement en électricité », au moment de la construction de la centrale.

 

Gaz Métro a également plusieurs lobbyistes inscrits au registre. Deux de leurs mandats sont liés à la centrale au gaz de Bécancour. La décision de construire cette centrale a été prise alors qu’André Caillé, ancien président et chef de la direction de Gaz Métropolitain, était président-directeur général d’Hydro-Québec.  

20 commentaires
  • Francine La Grenade - Inscrite 12 janvier 2016 18 h 52

    On a essayé...

    "On a essayé, le plus possible, de faire en sorte que ce contrat ait un certain sens pour les Québécois et pour Hydro-Québec." Facile de déduire de ce commentaire que nous ne nous sommes pas fait rouler dans la farine, n'est-ce pas?

    • Richard A. Gotier - Abonné 12 janvier 2016 22 h 42

      Tout à fait! L'art de ne rien dire. Le seul sens ....servir à enrichir un tiers parti ou des petits "n'amis" du parti.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 13 janvier 2016 13 h 30

      Il n'est pas possible de savoir si on s'est fait rouler dans la farine puisque le contrat est secrèt. Par contre on sait que vu l'effondrement de la demande cette centrale nous a été inutile.

      Là Hydro peut se reprendre un peu (encore que ''se reprendre'' est gros dire vu le surcoût ajouté), puisque depuis la fermeture de centrale nucléaire la capacité de répondre au pic de demande est affaiblie, et Hydro se tourne présentement sur les marchés extérieurs pour combler. Marchés qui en temps de forte demande font comme UberX le 31 décembre...

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 13 janvier 2016 16 h 13

      @jya
      si vous lisez correctement le 3ième paragraphe de l'article ci-haut, Alexandre Shelds rapporte ainsi les propos de Éric Martel PDG d'Hydro Québec: "...depuis 2008 la centrale est inutilisée en raison des importants "surplus" énergétiques du Québec".

      Lorsque vous parlez de marchés extérieurs...Extérieus du pays (Québec)
      ou Extérieurs (autres qu'à Hydro-Québec)?

  • Marie-Josée Blondin - Abonnée 12 janvier 2016 20 h 16

    Le cycle des portes tournantes - L'osmose public-privé, privé-public

    Un "beau pactole" pour Trans-Canada et Gaz Métro! Encore de l'argent public gaspillé et distribué généreusement au privé, sans contrepartie valable pour le gouvernement. Il n'y a même pas un "semblant d'indépendance" des hauts employés de l'État face au secteur privé, puisqu'ils oeuvrent dans l'arène du privé par la suite, comme l'exemple ci-haut le démontre, ou que des gestionnaires du privé se retrouvent ensuite dans les hautes sphères d'une société d'État comme Hydro-Québec. Et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres avantages consentis et d'abus tolérés par le gouvernement du Québec. Dans combien d'autres domaines trouverions-nous de tels abus?

    Les hauts fonctionnaires et les gestionnaires des sociétés d'Etat devraient être à l'abri de toute influence du privé. L'un des moyens serait d'empêcher le passage du public vers un domaine privé connexe, lorsque l'intérêt public l'exige. D'ailleurs, pourquoi ces contrats demeurent-ils "privés" entre les parties (lorsqu'il s'agit de l'argent des contribuables), notamment pour les importants montants que comportent ces transactions? Après tout, il y va des dépenses de l'État et d'une gestion transparente des fonds publics.

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 13 janvier 2016 15 h 59

      Eh Oui! TransCanada avec l'argent qu'il reçoit d'Hydro-Québec, installe l'oléoduc " Énergie Est" pour venir polluer le Québec et le St-Lauent d'Ouest en Est, et pour payer les lobbyistes pour leur tentative de persuation.

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 12 janvier 2016 21 h 57

    L'utilité...

    Oui, c'est très utile pour enrichir les amis du régime libéral et financer le lobby de TransCanada voulant également faire couler le pétrole sale et explosif des sables bitumineux à travers le Québec en enjambant allègrement des centaines de cours d'eau...

    Vive la magouille libérale!

  • Pierre Robitaille - Inscrit 12 janvier 2016 22 h 12

    Explique-moi ça, Éric Martel

    Être en surplus de production et commander de nouvelles centrales, explique-moi ça!

    On devrait plutôt publier les noms de ceux qui ont pris de si mauvaises décisions et qui ont sûrement reçu, année après année des bonis et autres primes.

    Scandaleux! Inacceptable! Les décideurs devraient être poursuivis!

    • Jean-Yves Arès - Abonné 13 janvier 2016 13 h 31

      Cela il faut le demander aux ministres et premier ministre, c'est strictement eux qui sont responsables, les uns après les autres, tous partis confondus.

      Mais là compter pas sur l'étallement de la liste des lobbyistes de tous bords qui s'activent pour avoir leur part de production aussi inutile que lucrative, et indexée...

    • Sylvain Auclair - Abonné 13 janvier 2016 14 h 43

      Tous partis confondus.

      Le PQ a fait fermer une centrale, je vous rappelle.

    • Marc Brullemans - Abonné 14 janvier 2016 20 h 29

      Lors de la première séance d'information à Bécancour le 8 juillet dernier, les représentants de Gaz Métro affirmaient répondre à une demande d'Hydro-Québec, laquelle reposait sur des projections d"hiver très rigoureux. (Hum... hum...) Aucun représentant d'Hydro-Québec ou du gouvernement n'était présent. Quant aux contrats liant Hydro-Québec, Gaz Métro et TransCanada, le lecteur curieux peut les consulter à la Régie de l'Énergie. Suivre ce lien: http://www.regie-energie.qc.ca/audiences/liste_dos et regarder le dossier 3925. Les documents sont insuffisamment caviardés pour ne pas voir clairement ce qui s'y cache.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 15 janvier 2016 20 h 00

      M. Brullemans, le lien contient trop de paperasse qui dilue la substance pour en extraire des informations qui contriburaient a mieux comprendre dans le cadre d'une discusion publique comme ici. Il aurait fallu des liens plus précis sur les textes que vous trouvez intéressants.

  • François Dugal - Inscrit 12 janvier 2016 23 h 21

    Joindre l'utile à l'agréable

    Joindre l'utile à l'agréable, ne sont-ce pas là des valeurs libérales qui créent la richesse commune dont nous sommes si fiers et dont nous profitons pleinement des bénéfices à chaque jour?