Anticosti et Gaspé resteront les priorités de Pétrolia en 2016

Photo: Pétrolia

Pétrolia compte bien poursuivre ses efforts en vue de découvrir un premier gisement pétrolier au Québec en 2016. Non seulement l’entreprise mise toujours sur la réalisation de trois forages avec fracturation sur l’île d’Anticosti, mais elle entend aussi mener un test de production de plus de huit mois pour son puits controversé situé à Gaspé.

 

« Nous travaillons actuellement à la planification et à l’exécution de la prochaine étape du programme d’exploration initial prévu aux ententes », a indiqué au Devoir le président-directeur général de Pétrolia, Alexandre Gagnon, à propos du projet d’exploration sur l’île d’Anticosti.

 

Même si le premier ministre Philippe Couillard a clairement signifié son opposition à l’exploitation d’énergies fossiles sur Anticosti, Pétrolia a d’ailleurs déjà souligné qu’elle entendait faire respecter « intégralement » le contrat qui oblige l’État québécois à investir près de 57 millions de dollars dans la recherche de pétrole et de gaz de schiste sur l’île.

 

En théorie, le projet financé majoritairement par le gouvernement doit être complété cette année, avec la réalisation de trois forages avec fracturation sur la plus grande île du Québec. Les sites de ces forages ont déjà été choisis. Selon Pétrolia, ces travaux devraient permettre de « confirmer le potentiel commercial ».

 

L’éventuelle exploitation de pétrole et de gaz sur Anticosti pourrait toutefois comporter des risques financiers, en plus des impacts environnementaux. C’est du moins ce qui se dégage de certaines études commandées par le gouvernement dans le cadre de l’évaluation environnementale stratégique (EES) pour l’île.

 

L’étude Avantages et désavantages concurrentiels de l’exploitation des hydrocarbures au Québec, menée par le Canadian Energy Research Institute, soulève carrément des questions sur la rentabilité de l’exploitation. Le document souligne ainsi que le coût de production du pétrole pourrait dépasser les 95,50 $ par baril, ce qui rendrait l’extraction tout simplement non rentable.

 

Qui plus est, l’étude insiste sur les coûts élevés des infrastructures qui seraient nécessaires pour exploiter le pétrole et le gaz. À titre d’exemple, le transport du gaz de schiste supposerait à lui seul des dépenses estimées entre sept et dix milliards de dollars.

 

Production à Gaspé

 

Pétrolia entend par ailleurs poursuivre ses travaux d’évaluation de la ressource pétrolière à son puits Haldimand 4, situé à Gaspé. M. Gagnon a ainsi précisé qu’« un essai de production longue durée de 240 jours », soit huit mois, doit être mené dès le printemps prochain.

 

Déjà, des travaux menés en novembre et décembre 2015 ont permis d’extraire de nouveau du pétrole brut léger du puits Haldimand, situé à 350 mètres d’un secteur résidentiel de Gaspé. Selon les informations diffusées mercredi par Pétrolia, le puits a ainsi produit un maximum de 60 barils par jour, avec une moyenne de 43,5 barils par jour. Au total, 360 barils ont été pompés en quelques jours. Fait à noter, les entreprises n’ont pas à payer de redevances sur le pétrole extrait lors de la phase exploratoire. La législation en vigueur ne fixe également pas de période limite pour cette phase ni de quantité limite de pétrole extrait.

 

Toujours en réponse aux questions du Devoir, Alexandre Gagnon n’a pas précisé si un nouveau forage pourrait être réalisé à Gaspé cette année, ou encore si Pétrolia pourrait demander un bail de production commerciale dès 2016.

 

Chose certaine, le projet de Pétrolia ne fait pas l’unanimité à Gaspé. Ces opérations industrielles inquiètent plusieurs citoyens, mais aussi le maire de Gaspé, Daniel Côté, qui constate que la population est divisée sur ce projet. La Ville a d’ailleurs demandé en mai 2015 au gouvernement Couillard de mandater le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) pour étudier le projet pétrolier. Même Pétrolia s’était alors montrée favorable à un tel exercice.

 

La Ville n’a jamais reçu de réponse de Québec à la suite de sa demande. En fait, le gouvernement du Québec n’entend pas mandater le BAPE pour qu’il étudie les projets pétroliers en développement. Tous les projets sont en théorie étudiés dans le cadre des EES coprésidées par deux sous-ministres du gouvernement.

 

Vers le gaz naturel

 

Enfin, Pétrolia prévoit mener cette année de nouveaux travaux d’exploration sur le puits Bourque no 1, situé près de Murdochville. Selon M. Gagnon, ces travaux pourraient permettre de « faire passer la classification des hydrocarbures de cette propriété de ressources initialement en place à des réserves ».

 

Si les travaux d’exploration s’avèrent concluants, un projet pilote d’exploitation, puis de liquéfaction de gaz naturel, pourrait voir le jour en 2016. Le projet Bourque pourrait aussi renfermer un potentiel pétrolier. L’entreprise a bénéficié l’an dernier d’un investissement public de 3,8 millions de dollars pour l’évaluation du potentiel gazier du projet Bourque.

 

Ressources Québec, filiale d’Investissement Québec, est le premier actionnaire de Pétrolia, selon le registre des entreprises du Québec. Pétrolia a des lobbyistes inscrits au registre et dont les mandats recoupent les trois projets de l’entreprise.