Des manifestants s’enchaînent à une valve

Les manifestants ont reçu, sur l’heure du midi, un avis d’expulsion.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Les manifestants ont reçu, sur l’heure du midi, un avis d’expulsion.

Des opposants au transport de pétrole brut de l’Ouest vers Montréal par le pipeline 9B d’Enbridge ont occupé ce lundi un site d’Enbridge où se trouve une valve de cet oléoduc, près de la frontière entre le Québec et l’Ontario.

Les manifestants ont reçu, sur l’heure du midi, un avis d’expulsion. Mais au moment de mettre en ligne, trois personnes étaient toujours enchaînées aux installations d’Enbridge, à Ste-Justine-de-Newton.

« La mise en service de cet oléoduc malgré l’opposition de la population aux sables bitumineux et la promesse du nouveau gouvernement fédéral de remplacer le processus d’évaluation des projets d’oléoducs, est inacceptable », ont-ils fait valoir dans un communiqué émis en matinée lundi.

« Il est inacceptable qu’Enbridge puisse aller de l’avant avec le renversement du flux de la ligne 9B alors que les communautés le long du tracé n’ont pas reçu les plans d’urgences nécessaires, a dit Jean Léger, citoyen des Basses-Laurentides. Compte tenu l’état de la canalisation de l’oléoduc et la nature corrosive du bitume transporté, nous savons qu’un déversement est inévitable et affecterait l’eau potable de millions de personnes ainsi que les terres agricoles de l’Ontario et du Québec. »

« À l’heure où se déroule la conférence sur le climat à Paris, il est urgent de réaliser que de tels projets sont incompatibles avec la lutte aux changements climatiques et le respect des limites de la planète », a déclaré pour sa part Alyssa Symons-Bélanger, une activiste en soutien.

Selon les manifestants, le temps de réaction des autorités et de l’entreprise aurait été lent, ce qui démontrerait l’existence de lacunes en matière de sécurité pour le pipeline 9B.

Enbridge a réagi lundi en rappelant que l'entreprise fait des efforts pour travailler avec les municipalités situées sur le tracé du pipeline 9B, mais aussi qu'elle détient les ressources nécessaires pour intervenir en cas d'incident.

L'action de lundi a forcé la pétrolière à fermer le pipeline. « Notre but est de répondre à la direction des autorités afin de résoudre cette situation le plus rapidement et paisiblement possible de sorte que ce service essentiel pour la population du Québec et de Montréal puisse être rétabli sans autre interruption », a précisé son porte-parole Éric Prud'Homme, par courriel.

Pipeline actif

Malgré la controverse, Enbridge a finalement commencé la semaine dernière les livraisons de pétrole de l’Ouest à Montréal par l’oléoduc 9B. L’Office national de l’énergie (ONE) a annoncé en octobre qu’il autorisait Enbridge à inverser le flux de pétrole dans le pipeline, construit en 1975, tout en augmentant sa capacité de transport.

Avant d’autoriser l’inversion du flux, l’ONE avait demandé cet été à la pétrolière d’effectuer des tests « hydrostatiques », qui consistent à injecter de l’eau dans le pipeline afin d’évaluer de possibles problèmes d’étanchéité. Ceux-ci ont été menés sur trois tronçons du tuyau, situés aux environs de Hilton, en Ontario, entre Kingston et Brockville, et à Mirabel, au Québec.

L’essentiel de la portion québécoise de l’oléoduc a donc été exclu des tests exigés. Cela comprend les municipalités de Terrebonne, Laval et Montréal-Est. Dans ces secteurs, le pipeline passe littéralement dans la cour de plusieurs résidences, près d’écoles primaires ou encore directement dans la cour du CPE Gamin Gamine.

Le tuyau transportera du pétrole brut de l’Ouest canadien jusque dans l’est de l’île de Montréal. Pour les deux premières années, la quantité quotidienne maximale doit être limitée à 270 000 barils. Par la suite, Enbridge pourra augmenter le flux à 300 000 barils. Ce pipeline avait jusqu’à présent une capacité de transport quotidienne de 240 000 barils.

L’oléoduc 9B d’Enbridge traverse des secteurs résidentiels densément peuplés de plusieurs municipalités, dont Mirabel et Rivière-des-Prairies, mais aussi plusieurs cours d’eau du sud du Québec. Il traverse notamment la rivière des Mille-Îles et la rivière des Prairies. Une rupture du tuyau pourrait menacer directement des sources d’eau potable de la région métropolitaine.

6 commentaires
  • Sylvain Rivest - Inscrit 7 décembre 2015 13 h 22

    la solution?

    Après avoir fermé la valve, ils auraient du faire sauter le reste du pipeline!
    Même juste le percer avec une excavatrice aurait fait l'affaire.

    • Carmen Labelle - Abonnée 7 décembre 2015 15 h 04

      et répandre son contenu dans l'environemment(car il doit bien y rester du pétrole)? pas fort!

    • Yves Côté - Abonné 8 décembre 2015 04 h 04

      Monsieur Rivest, en faisant geste de destruction, ils s'exposeraient à des conséquences légales si immédiates, qu'en plus de justifier aux yeux de plusieurs leur arrestation, ils attachaient eux-mêmes une image négative de casseurs irresponsables à une action pourtant nécessaire.
      Et Madame Labelle, bien que dans les circonstances je partage votre idée de ne pas endommager le pipeline, ne vaut-il pas mieux risquer de salir de ce pétrole sale un espace choisi, donc plus facile à nettoyer parce que circonscrit et absent de cours d'eau dissiminateur, que de laisser une pétrolière menacer tout un territoire naturel et, pour une part très importante aussi, habité ?
      Puisque je préfère accorder ma confiance à ces citoyens courageux et déterminés plutôt qu'à Enbridge, personnellement, mon idée est définitivement faite là-dessus.
      En matière de probabilités, entre deux maux, il faut aussi toujours choisir le moindre...

      Merci de m'avoir lu.

  • Yves Côté - Abonné 8 décembre 2015 03 h 47

    No pasaran !

    Seule la solidarité sans faille de tous les bélugas du Québec pourra réussir à faire plier Enbridge et ses protecteurs politiques. De la population, seul un redressement d'appui général avec ces citoyens courageux peut obliger les voleurs de souveraineté politique nationale à se conformer en tout aux exigences les plus fondamentales de la démocratie.
    Eux qui ont le courage et la clairevoyance d'agir à visages ouverts ne méritent rien de moins que notre respect.
    La vie elle-même ne vaut-elle pas bien plus que les bénéfices gigantesques des couleuvres financières et ceux accessoires des petits rentiers que nous pouvons parfois être nous-mêmes ?
    Regroupons-nous tous autour de ces personnes selon nos moyens physiques et politiques.
    Que ceux-ci soient modestes ou importants, ils souderont nos désirs individuels en une volonté générale incontournable.

    No pasaran !

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 8 décembre 2015 14 h 44

      Tout à fait d'accord...

      J'enverrai donc à la mairie de Ste-Justine-de-Newton, un courriel leur demandant de transmettre à ces braves gens nos remerciements pour leur courage et leur détermination ...

      Maintenant tout le Québec devrait faire de même...

      Mais où sont donc nos élus et nos représentants d'Équiterre, de GreenPeace, de la fondation david suzuki, etc. etc., enfin de tous ceux et celles qui nous bombardent de courriels pour signer ceci et celà????

      Sont restés pris à Ottawa ? (marche pour le climat)

    • Yves Côté - Abonné 9 décembre 2015 03 h 12

      Où sont-ils ?
      Excellente question, Madame !
      Je pene que vous frappez dans le mille.
      Où ils sont ?
      Peut-être devrions-nous regarder attentivement à l'horizon ? Oui, de l'autre côté de cette triste frontière que représente la rivière des Outaouais?
      Elle qui sépare les Canadiens des Québécois, même losqu'ils auraient tout intérêt à se regrouper pour lutter sur quelques justes causes. A se regrouper en respectant leurs différences, bien entendu...
      En le faisant tous, donc en observant au delà des apparences (tel vous-même le faites si souvent à mon avis), nous devrions pouvoir à distinguer les autruches qui enfouissent leur tête dans le sable et les buissons qui eux, y prennent racines de manière salutaire...
      Ce qui nous rendrait service à tous, m'est avis.

      Mes sincères amitiés républicaines, Madame.