L’exploration suit son cours sur Anticosti

La semaine dernière, Philippe Couillard a qualifié l’île de «milieu naturel unique».
Photo: Alexandre Shields Le Devoir La semaine dernière, Philippe Couillard a qualifié l’île de «milieu naturel unique».

Les sites où seront menés en 2016 des forages avec fracturation sur l’île d’Anticosti ont été choisis, a appris Le Devoir. Ces travaux, les premiers du genre dans l’histoire du Québec pour la recherche de pétrole, sont réalisés grâce à des fonds publics et doivent servir à confirmer le potentiel commercial d’exploitation d’énergies fossiles sur l’île.

 

Pendant que le premier ministre Philippe Couillard répète au sommet sur le climat de Paris qu’il n’a « rien à voir » avec le projet d’exploration sur Anticosti, la coentreprise dans laquelle son gouvernement est le principal bailleur de fonds a déjà désigné les trois secteurs de l’île où auront lieu les forages avec fracturation hydraulique l’an prochain.

 

Interpellé par Le Devoir, Pétrolia a confirmé que les sites visés par ces forages ont effectivement été choisis, à la suite des 12 forages menés en 2014 et 2015. La pétrolière n’a pas voulu préciser les zones désignées, disant vouloir d’abord informer ses « partenaires et la communauté ».

 

Pétrolia a également réitéré que cette étape est cruciale, puisqu’elle « constitue la dernière étape pour compléter la campagne exploratoire et confirmer le potentiel commercial ». Cette campagne exploratoire a coûté, selon les chiffres avancés par le gouvernement, 56,7 millions de dollars en fonds publics.

 

Philippe Couillard se dit d’ailleurs « pris » avec une entente signée par le Parti québécois, entente en vertu de laquelle Québec serait forcé de mener les travaux à leur terme, sous peine de « pénalités » en cas de rupture de contrat. Or, ce contrat n’a jamais été rendu public, a rappelé dimanche Québec solidaire, en demandant au gouvernement de le publier.

 

Les propos du chef libéral ont été salués par les groupes environnementaux, qui réclament l’arrêt des travaux. « Nous félicitons M. Couillard et lui demandons du même souffle de ne pas autoriser les trois forages avec fracturation prévus en 2016, du moins pas avant une étude d’impact et un examen par le BAPE », a notamment indiqué Christian Simard, directeur général de Nature Québec.

 

Le processus de fracturation planifié pour 2016 compte certains défis logistiques, dont la nécessité de transporter de l’équipement sur l’île et de trouver des sources d’approvisionnement en eau. Une étude menée dans le cadre de l’évaluation environnementale stratégique (EES) lancée par le gouvernement pour évaluer les besoins en eau estime que chaque forage pourrait consommer de plus 22 millions de litres d’eau.

 

Fait à noter, l’EES dirigée par le gouvernement Couillard ne pourra pas tenir compte des impacts environnementaux des opérations de fracturation à venir puisqu’elle doit se terminer avant la fin de 2015. Cette EES doit pourtant servir à l’élaboration de la loi sur les hydrocarbures qui devrait être présentée au printemps prochain, soit avant les forages avec fracturation prévus sur Anticosti.

 

Dans le cadre de cette EES, Québec a toutefois commandé des études portant sur les infrastructures nécessaires pour exploiter le pétrole et le gaz, sur le potentiel de développement et sur les impacts environnementaux liés à l’implantation de l’industrie des énergies fossiles sur Anticosti, une île en plein coeur du Saint-Laurent.

 

Dimanche, un total de 12 études commandées par le gouvernement n’avaient toujours pas été rendues publiques, près de trois semaines après la fin des consultations publiques sur l’EES. Parmi celles-ci, on retrouve une étude qui doit permettre de qualifier et de quantifier « les principaux effets sociaux, économiques et environnementaux qui résulteraient d’activités d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures sur Anticosti ». Une autre porte « sur les principaux avantages et les principaux coûts pour la société (québécoise et anticostienne) qui pourraient résulter d’une éventuelle exploitation des hydrocarbures ».

 

8,8 millions de dollars par forage

 

Si le potentiel du sous-sol de l’île se confirme, il s’agira surtout de gaz de schiste, conclut une autre étude de l’EES. Pour extraire ces hypothétiques ressources, les investissements en exploitation et en infrastructures seraient majeurs.

 

En fait, on estime que chaque forage pourrait coûter 8,8 millions de dollars. Qui plus est, les coûts de transport uniquement pour le gaz de schiste se chiffreraient en milliards de dollars. En supposant la construction d’un gazoduc pour atteindre la Gaspésie, les investissements pourraient dépasser les 10 milliards. L’entreprise Pétrolia a évoqué récemment cette dernière hypothèse. Dans le cas d’un recours à un navire-usine, les coûts dépasseraient les sept milliards.

 

Le ministère des Finances a par ailleurs élaboré un scénario « optimisé » qui indique que l’exploitation sur l’île pourrait durer pas moins de 75 ans. Au cours de cette période, qui doit en théorie mener à une élimination mondiale du recours aux énergies fossiles, l’industrie pourrait forer au moins 4155 puits répartis sur 445 plateformes.

Couillard prédit la fin du gaz

Le premier ministre Philippe Couillard a affirmé dimanche à Paris que le gaz naturel constitue essentiellement un « élément de transition » vers une économie « décarbonisée », allant même jusqu’à évoquer la fin de son utilisation d’ici 2050. En point de presse, rapportait La Presse canadienne, il a aussi mis en valeur les mesures de son gouvernement en faveur du gaz naturel liquéfié, qui polluerait 25 à 30 % moins que d’autres carburants comme le diesel, que ce soit dans les flottes de camions ou même dans la mise en service de trois nouveaux traversiers. Il a aussi évoqué les projets de distribution de gaz naturel sur la Côte-Nord et en Gaspésie. Mais dans un même élan, M. Couillard a ajouté qu’il faudrait aussi apprendre à se passer à terme du gaz naturel, dont le Québec est un important consommateur. Or, dans un horizon de 35 ans qui « passe assez vite », le gaz naturel, comme les autres énergies fossiles, devra pratiquement disparaître du bilan de consommation du Québec.
  • Jean-Yves Arès - Abonné 7 décembre 2015 00 h 39

    «élimination mondiale du recours aux énergies fossiles»

    Ça c'est assurément ce qui ne se produira pas.

  • Pierre Schneider - Abonné 7 décembre 2015 06 h 10

    Monsieur Couillard

    Avez-vous oublié que c'est sous un gouvernement libéral dans lequel vous étiez ministre qui, en 2009, a cédé les droits d'exploration dM'Anticosti à Pétrolia.

    Vous avez beau accsuer le PQ et jouer les vierges offensées à Paris, je me souviens.

    • François Séguin - Abonné 7 décembre 2015 07 h 30

      Monsieur,

      Malgré vos sophismes, votre jupon partisan dépasse. Les libéraux et les péquistes ont beau se renvoyer la balle, ils sont aussi coupables l'un que l'autre dans le dossier de l'énergie. PKP ne dénonce pas l'exploration sur Anticosti (cf. sa déclaration de la semaine dernière à cet égard), Landry a défendu à moult occasions l'exploration pétrolière dans le Golfe du Saint-Laurent, c'est avec le gouvernement péquiste de madame Marois que Petrolia a signé le contrat pour l'exploration d'Anticosti, dont le contenu est demeuré caché aussi bien sous les péquistes que sous les libéraux, etc.

      SVP, monsieur, un peu d'objectivité, et un peu moins de démagogie partisane.

      François Séguin
      Knowlton

    • Josée Pelletier - Inscrite 7 décembre 2015 08 h 21

      Enfin !

      Merci M. Schneider de remettre les pendules à l'heure. Dommage que nous soyons si peu à nous souvenir.

    • André Nadon - Abonné 7 décembre 2015 11 h 29

      Monsieur Séguin,
      accuser les adversaires de partisanerie est la réplique habituelle de tout bon libéral pour empêcher tout débat de fond, quel que soit le sujet, à l'image du chef Couillard qui hait les souverainistes et trouve " dégoûtant" le refus de l'opposition de tomber dans le piège de la partisanerie lors d'un prétendu hommage à Robert Bourassa.
      Au pouvoir depuis 2003, sauf un bref intermède de 18 mois où les libéraux, face à un gouvernement minoritaire péquiste, s'opposèrent systématiquement à tous les projets du PQ, notamment l'augmentation des redevances minières au niveau des autres provinces, Couillard accuse le PQ des retards économiques qu'il a promis de combler lors des dernières élections.
      Ce gouvernement préfère couper dans les dépenses tout en engraissant ses amis maires, entrepreneurs, médecins et minières.
      Sous le gouvernement libéral, Soquip, bras pétrolier d'Hydro-Québec fut fermé au profit de Petrolia; les droits du moteur-roue, des batteries, furent vendus à des intérêts étrangers, deux éléments essentiels pour l'électrification des transports.Ils font maintenant la promotion du plan Nord et l'électrification des transports.
      Toujours la faute aux méchants souverainistes et leur partisanerie.
      Avez-vous besoin d'un miroir, Monsieur Séguin?

  • Marc Durand - Abonné 7 décembre 2015 07 h 52

    8,8 millions par forage

    Cette valeur est très sous-estimée. Elle apparait dans le rapport du chantier Économie de l'ÉES. On y précise aussi que chaque plateforme en surface ajoute un coût de 4,5 million$. Elle est basée sur des coûts de forages aux USA où la concurrence est vive, les fournisseurs d'équipement juste à côté des sites et où le nombre de puits se compte en plusieurs centaines par an. À Anticosti, ce sera loin, ce sera au maximum 87 forages/an, etc. Le rapport en cause minimise de façon outrancière les coûts et surestime les volumes extraits, afin d'arriver coûte que coûte à calculer une rentabilité. Or le rapport comporte de plus une erreur flagrante (http://bit.ly/1Ijlz2s) qui compte en double tous les revenus. Le Collectif Scientifique a demandé le retrait de ce rapport (http://bit.ly/1lqVU2L) qui contribue à créer une confusion et qui fausse toutes les autres analyses.

    Marc Durand, doct-ing en géologie et géotechnique

  • Jacques Morissette - Abonné 7 décembre 2015 07 h 54

    Sérieux doutes de M. Couillard?

    Donc, ces travaux se poursuivent, peut-être, au grand dam de Philippe Couillard? Plus sérieusement, permettez-moi de penser que les doutes de M. Couillard sont ceux d'un politicien qui parlait devant un certain auditoire sensible à l'environnement, qui voulait avoir de bons mots pour eux, quand il a émis ses "doutes". Le seul doute que je crois, ce sont les paroles d'un politicien, chaud partisan, lors d'un discours de circonstances.

  • Gilles Gagné - Abonné 7 décembre 2015 09 h 30

    Ponce Pilate a vite fait de se laver les mains du projet d'Anticosti mais comme c'est le gouvernement qui est partenaire avec Pétrolia Couillard le magnifique a tous les droits et les obligations qui en découlent pour s'impliquer. Il préfère se mettre la tête dans le sable, que fait cet "homme" au service de la population québécoise?