Une nouvelle réalité

Le Bourget — L’accord sur le climat en négociation à Paris devra « reconnaître » la question des « réfugiés environnementaux », ces millions de personnes contraintes à l’exil pour des motifs climatiques ou météorologiques, ont plaidé vendredi des experts.

« C’est très important que ce soit reconnu parce que ce serait une base légale sur laquelle les États pourront ensuite s’appuyer pour débloquer des financements », a estimé François Gemenne, spécialiste de géopolitique du climat à l’institut d’études politiques (Sciences Po) de Paris.

« La migration doit être reconnue sous deux aspects : sous celui du déplacement forcé (pour être inclus dans les discussions portant sur les préjudices liés au changement climatique) et sous celui de la migration volontaire comme solution pour s’adapter aux effets du changement climatique », a estimé ce spécialiste.

En moyenne, quelque 26 millions de personnes ont été chassées de chez elles chaque année entre 2008 et 2014 par des phénomènes climatiques ou météorologiques, selon des chiffres publiés cet été par l’Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC), une ONG norvégienne.

Pour autant, la question de la place des « réfugiés climatiques » dans le futur accord fait encore l’objet d’âpres discussions.

« On l’a entendu dans les discours [lundi au Bourget], tous les chefs d’État reconnaissent aujourd’hui que c’est l’une des conséquences les plus importantes du changement climatique. Mais ça bloque dès qu’il s’agit de le reconnaître formellement dans le texte », a relevé Walter Kaelin, envoyé spécial de l’initiative Nansen, un programme lancé en 2012 par la Suisse et la Norvège pour proposer des mesures pour mieux accueillir et protéger les déplacés climatiques.

« Pendant très longtemps, on a considéré que la question des déplacements était un risque lointain et on ne s’est pas occupé de cette question. Aujourd’hui, c’est une réalité, ce n’est pas un sujet anecdotique », a encore rappelé François Gemenne, en précisant que les déplacements sont le plus souvent liés aussi à des facteurs économiques ou sociaux.

« Au moment où on achoppe sur des virgules et des crochets [lors des négociations], chacun doit garder à l’esprit que l’enjeu climatique est la pierre angulaire de la dignité humaine et de la justice sociale », a pour sa part déclaré Nicolas Hulot, dont sa fondation organisait vendredi après-midi une conférence sur ce thème.