TransCanada garde le cap

Malgré la volonté affichée par l’Alberta de limiter la production de gaz à effet de serre imputable aux sables bitumineux, TransCanada garde le cap. La pétrolière prévoit toujours la mise en service son pipeline Énergie Est dès 2020, si elle reçoit le feu vert du gouvernement fédéral. Elle souligne du même souffle qu’elle s’engage à « faire partie de la solution » en matière de lutte contre les changements climatiques.

 

« Le calendrier pour la planification, la construction, et la mise en service d’Énergie Est n’ont pas changé », a fait valoir lundi le porte-parole de TransCanada, Tim Duboyce, en réponse aux questions du Devoir.

 

Selon l’entreprise, l’Office national de l’énergie devrait soumettre son rapport sur Énergie Est en 2017. « À ce moment-là, si nous recevons l’approbation pour aller de l’avant, la construction commencera en 2018, et la mise en service sera en 2020 », a indiqué M. Duboyce.

 

L’Alberta a toutefois annoncé dimanche son intention de limiter la croissance des émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur des sables bitumineux. Selon le plan de la province, l’industrie devra plafonner ses émissions à 100 millions de tonnes par année. Cela devrait signifier un frein à l’expansion des sables bitumineux.

 

À l’heure actuelle, les émissions provenant de l’exploitation des sables bitumineux avoisinent déjà les 70 millions de tonnes. Or, la production, en 2014, était estimée à 2,2 millions de barils par jour. Selon l’Association canadienne des producteurs pétroliers, elle doit passer à quatre millions de barils par jour en 2030.

 

Fait à noter, les émissions découlant de la production de pétrole (1,1 million de barils par jour) qui sera transportée dans le pipeline Énergie Est pourraient atteindre à elles seules 30 à 32 millions de tonnes de GES par année. Et le projet de TransCanada n’est pas le seul qui soit en développement au pays. On peut par exemple citer le projet Kinder Morgan, vers la côte ouest, dont le processus d’évaluation par l’Office national de l’énergie est déjà bien engagé. Il existe aussi un autre projet d’expansion du côté d’Enbridge.

 

Aucun impact

 

Pour TransCanada, l’annonce albertaine ne devrait cependant pas nuire au projet de pipeline qui doit traverser le territoire du Québec sur plus de 700 kilomètres. « Énergie Est demeure un projet pertinent, voire nécessaire, afin de livrer le pétrole dont nous avons besoin au Québec et au Nouveau-Brunswick en réduisant, ou même en éliminant notre dépendance du pétrole importé », a fait valoir Tim Duboyce.

 

La pétrolière se dit même d’accord avec les annonces faites dimanche par le gouvernement albertain. « Grâce à un portefeuille énergétique diversifié, TransCanada s’engage continuellement à faire partie de la solution en matière de changements climatiques », a d’ailleurs insisté son porte-parole. « Des politiques fortes et réalistes qui tracent clairement la voie vers des énergies propres peuvent également aider l’Alberta et le Canada à accéder à de nouveaux marchés pour le transport sécuritaire du pétrole et du gaz naturel, qui seront toujours nécessaires pour des décennies à venir », a-t-il ajouté.

 

Du côté de Greenpeace, on estime toutefois que le pas « historique » de l’Alberta envoie « un message » aux autres provinces. « Le gouvernement Couillard a maintenant le devoir de rejeter le projet Énergie Est de TransCanada qui apparaît comme totalement incompatible avec les objectifs climatiques qui seront débattus lors de la COP 21 à Paris », a fait valoir lundi le groupe environnemental.

 

BAPE sur Énergie Est

 

Le gouvernement du Québec a mandaté le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement pour qu’il étudie le projet de TransCanada. Son mandat ne comprend toutefois pas l’évaluation des émissions de GES résultant de la production du pétrole qui coulera dans le tuyau, à raison de 401 millions de barils par année. Le gouvernement n’a pas non plus exigé d’étude d’impact sur le projet, une étape habituellement incontournable dans le processus d’évaluation du Québec.

 

En sol québécois, le pipeline Énergie Est franchira 641 cours d’eau, dont le fleuve, de nombreux secteurs agricoles et le territoire de plusieurs dizaines de municipalités des deux rives du Saint-Laurent. Avec le transport de plus d’un million de barils par jour dès 2020, Énergie Est fera du territoire du Québec un élément clé dans l’exportation du pétrole albertain.

 

Le Canada détient les troisièmes réserves mondiales de pétrole, essentiellement dans les sables bitumineux. Plusieurs scientifiques estiment toutefois qu’il faudrait laisser la très vaste majorité de ce pétrole sous terre s’il veut aider l’humanité à éviter la catastrophe climatique qui s’annonce. La croissance de la production de la filière fossile albertaine est responsable de 73 % de la hausse des émissions canadiennes de gaz à effet de serre depuis 1990.

8 commentaires
  • Marc Leclair - Inscrit 23 novembre 2015 18 h 01

    Faites le mal, mais faites le bien!

    "Elle souligne du même souffle qu’elle s’engage à « faire partie de la solution » en matière de lutte contre les changements climatiques."...

    Un peu comme les compagnies de tabac finalement; en inscrivant sur les barils, "Le danger croît avec l'usage" ou encore "Le Pétrole peux tuer", avec des photos de survivants de catastrophe et de cours d'eau pollués.

  • Pierre Fortin - Abonné 23 novembre 2015 19 h 11

    Présenter les choses comme un arracheur de dents

    « Énergie Est demeure un projet pertinent, voire nécessaire, afin de livrer le pétrole dont nous avons besoin au Québec et au Nouveau-Brunswick en réduisant, ou même en éliminant notre dépendance du pétrole importé » — Tim Duboyce.

    C'est un peu fort de café que TransCanada se mette à défendre notre bilan environnemental. Certes notre pétrole importé coûte cher mais il est moins sale que le sien et, si nous voulons vraiment sortir du pétrole, ce n'est pas en adoptant un plan de pipeline qui nous enferme dans sa logique mercantile bitumineuse pour les 50 prochaines années qui nous fera avancer vers la sortie.

    Si notre « dépendance du pétrole importé » nous coûte cher, alors que ce soit une motivation pour nous sortir de là. Et le plus tôt sera le mieux.

    • Raymond Lutz - Inscrit 24 novembre 2015 12 h 24

      "en éliminant notre dépendance du pétrole importé"? c'est probablement un mensonge. La capacité de raffinage du Québec est limitée (usines vétustes). Je crois même (au journal de vérifier) que nous sommes incapables de raffiner l'immonde produit de l'Alberta (dilbit). ll ne ferait que passer a travers le Québec et nous devrons toujours importer les 300 000 barils que nous brûlons par jour.

  • Jacques Boucher - Abonné 23 novembre 2015 23 h 35

    Pétrole importé?

    Un peu lasse de lire toujours et encore cet argument qu'Énergie Est servirait à approvisionner nos raffineries avec du pétrole canadien. Regardez les rapports trimestriels de Suncor et de Valéro. Vous verrez que leurs raffineries du Québec 1) ne font pas la différence entre le pétrole du Canada et celui des États-Unis (du pétrole américain est-il meilleur pour la balance commerciale du Canada que du pétrole de la mer du Nord?)l 2) s'approvisionnaient à près de 80 % en pétrole nord-américain à l'automne 2014, et ont recommencé à s'approvisionner un peu plus outre-mer quand les prix ont baissé (qui nous dit qu'Énergie Est ou non, elles utiliseraient du pétrole de l'Ouest nord-américain?). Regardez les chiffres, vous verrez qu'à elle seule, la canalisation 9b d'Enbridge comblerait 75 % (300 000 barils/jour) des besoins des raffineries du Québec (402 000) (Et il faudrait ajouter 1,1 million de barils dans Énergie Est pour sécuriser notre approvisionnement?). Regardez la documentation de TransCanada. Vous verrez que leur projet de branchement Upland ferait venir 300 000 barils/jour du Dakota du Nord via Énergie Est. Regardez les chiffres du gouvernement fédéral, vous verrez que les pétrolières qui fourniraient le reste du pétrole via Énergie Est (800 000 barils/jour) sont détenues de 40 à 50 % par des intérêts étrangers (ce qui correspond à des volumes de 320 000 à 400 000 barils/jour). Et si jamais nos raffineries utilisaient Énergie Est, même pour combler 100 % de leurs besoins (402 000)on aurait tout de même 700 000 barils/jour qui continueraient hors du Québec. Sans compter ce qu'ils continueraient à envoyer aux ports de mer du Nouveau-Brunswick via les trains et les navires.

    • Raymond Lutz - Inscrit 24 novembre 2015 12 h 47

      oui, il faudrait forcer (???) les journalistes a enquêter la-dessus... En particulier j'ai lu dans The Tyee (BC) que le Canada (encore moins le Québec!) n'a pas la capacité de raffiner le dilbit produit dans les quantités requises. Donc que cet argument de diminuer nos importations québécoise est de la foutaise.

  • Gilles Teasdale - Abonné 24 novembre 2015 12 h 30

    Prix du pétrole

    Le prix du pétrole de l'ouest est de nos jours environs de 27.00+- .Cela n'empêche pas le fait que nous payons 40.00+- soit le prix de New York autrement dit on se fait avoir comme des lapins par des vendeurs d'aspirateurs.
    Gilles Teaasdale

  • Benoit Thibault - Abonné 24 novembre 2015 12 h 57

    Quel argument grossier!

    TransCanada nous prend pour des valises.
    Les raffineries du Québec ne sont pas outillées pour traiter le pétrole lours provenant des sables bitumineux. Rappelons nous que la Chine fait partie des gros invetisseurs dans les sables bitumineux. Ce n'est vraiment pas pour notre autonomie!

    Non à Énergie Est