Décision aberrante du ministre Heurtel, selon les écologistes

Le pipeline chargé de pétrole des sables bitumineux doit, en partant de la rive nord, traverser la réserve naturelle des Battures-de-Saint-Augustin-de-Desmaures.
Photo: Claude Samson Le pipeline chargé de pétrole des sables bitumineux doit, en partant de la rive nord, traverser la réserve naturelle des Battures-de-Saint-Augustin-de-Desmaures.

Les groupes environnementaux et citoyens jugent aberrante la décision du gouvernement Couillard d’autoriser TransCanada à mener des travaux en vue de la construction de son pipeline Énergie Est, et ce, avant même le début d’une évaluation environnementale du projet.

 

Le Devoir révélait mardi que le ministre de l’Environnement David Heurtel a autorisé TransCanada à réaliser des relevés sismiques en plein coeur du fleuve Saint-Laurent. La pétrolière a aussi obtenu le droit de mener des relevés à l’aide d’explosifs, et ce, dans un milieu humide situé à la limite d’une importante réserve naturelle dont la protection est pourtant reconnue par Québec.

 

« Le gouvernement doit faire preuve de plus de rigueur dans ce dossier. Après le fiasco de Cacouna, il est étonnant de voir Québec autoriser de nouveaux travaux dans le Saint-Laurent sans avoir réalisé d’évaluation environnementale du projet », souligne Karel Mayrand, de la Fondation David Suzuki.

 

Les groupes environnementaux rappellent aussi que TransCanada n’a pas déposé d’avis de projet en vue de la construction de plus de 700 kilomètres de pipeline au Québec. « Le gouvernement du Québec doit asseoir sa compétence environnementale et forcer TransCanada à participer à l’évaluation qui sera menée par le BAPE. Pourquoi Québec autorise–t-il au compte-gouttes des travaux à forts impacts, incluant l’usage d’explosifs dans des milieux humides, alors que la compagnie refuse de reconnaître ses compétences en matière d’évaluation environnementale », fait valoir Christian Simard, de Nature Québec.

 

Selon l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, le gouvernement du Québec devrait obliger l’entreprise à suivre le processus normal pour une étude environnementale d’un tel projet. « Québec doit affirmer clairement qu’il entend forcer TransCanada à déposer un avis de projet et à participer pleinement aux audiences du BAPE. Il ne peut se satisfaire de l’évaluation qui a cours au niveau fédéral qui limite la participation citoyenne et ne tient pas compte des émissions globales de GES, en amont et en aval liés au projet », insiste son porte-parole, Alain Brunel.

 

Quels impacts ?

 

La pétrolière albertaine a effectivement refusé de déposer au ministère de l’Environnement du Québec un avis pour son projet Énergie Est. En vertu de la procédure habituelle pour un tel projet industriel, la pétrolière aurait dû transmettre un avis au ministère de l’Environnement. Normalement, c’est seulement à partir de ce moment qu’une étude d’impact est exigée au promoteur.

 

Même si les demandes du gouvernement Couillard sont restées lettres mortes, le ministre David Heurtel a mandaté le BAPE en juin, donc sans avoir obtenu d’étude portant sur les impacts du projet. On ignore donc la nature des impacts de ce pipeline qui traversera 641 cours d’eau au Québec, mais aussi des municipalités et des zones agricoles.

 

Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques vient aussi d’émettre un « certificat d’autorisation » pour des relevés sismiques prévus directement dans le fleuve Saint-Laurent, en amont de Québec.

 

Ces « travaux préliminaires » à la construction d’Énergie Est seront menés entre Saint-Augustin-de-Desmaures, sur la rive nord, et Lévis, sur la rive sud. C’est à cet endroit que le tuyau doit traverser le fleuve, et ce, sur une distance de plus de 3,5 kilomètres. Une telle traversée, jugée « à haut risque » par une firme d’experts mandatée l’an dernier par TransCanada, n’a jamais été tentée.

 

Le pipeline chargé de pétrole des sables bitumineux doit, en partant de la rive nord, traverser la réserve naturelle des Battures-de-Saint-Augustin-de-Desmaures. Ces battures, qui comptent des marais et des herbiers bénéficiant d’une protection reconnue, s’étendent sur plusieurs kilomètres en bordure du fleuve, de Cap-Rouge à Neuville. On y retrouve une biodiversité particulièrement riche.

 

Le ministère de l’Environnement du Québec permet également à la pétrolière de mener des « relevés sismiques » directement dans le fleuve Saint-Laurent. Pour cela, la multinationale peut utiliser des « canons à air », soit la même technologie que celle employée à Cacouna l’an dernier.

 

Le gouvernement a par ailleurs autorisé l’été dernier des relevés sismiques dans la rivière Batiscan, mais aussi dans des milieux humides bordant la rivière.

14 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 3 novembre 2015 17 h 20

    Le mépris

    Que de mépris ressenti lorsque l'on se sent trompés et à répétition. Les décisions prises sont carrément à l'opposé des beaux discours à l'internationale. Décidément cette équipe a convenu de nous passer sur le corps s'il le faut, pour faire aboutir des projets à tout prix, et le prix c'est nous qui le payons. Aucune sensibilité sauf en parole, aucune empathie manifestée, aucune écoute ou si peu, vraiment s'ils exerçaient la médecine de cette façon...

    • Gilles Théberge - Abonné 3 novembre 2015 18 h 29

      Le mépris n'aura qu'un temp.... Hum hum je ne pense pas!

    • François Dugal - Inscrit 3 novembre 2015 19 h 55

      Mais la médecine est exercée de cette façon, monsieur Beauchamp.

  • Yves Corbeil - Inscrit 3 novembre 2015 18 h 21

    Est-ce un ministre de l'environnement

    Ou un poteau qui exécute les ordres du chef néo-capitaliste. On a plus de gouvernement dans cette province, on a seulement des hommes d'affaires. J'espère que tous les gens s'en souviendront en 2018.

  • André Tremblay - Abonné 3 novembre 2015 18 h 24

    Heurte doit démissionner....

    Ce ministre est un sous-tapis des pétrolières. Aucune des décisions qu'il a prises depuis qu'il est là n'a de sens. À commencer par Cacouna. Et le pire, c'est qu'il continue avec la bénédiction de Couillard. Il faudrait que ces gens se réveillent. Notre planète se meurt à cause du pétrole et ces sbires continuent à dire que ça créerait de l'emploi. Et si on pensait énergies nouvelles et renouvelables, la récupération, l'électrification des transports, etc... on créerait des milliers d'emplois et on laisserait aux générations futures une planète qui pourrait respirer...

    • Luc Falardeau - Abonné 4 novembre 2015 00 h 26

      Le problème principal serait-il le faible rôle du ministère de l'environnement au gouvernement plutôt que l'individu lui-même?

      Cela fait belle lurette que ce ministère chétif ne fait pas le poids face aux autres ministères dans les décisions gouvernementales.

      Ne pourrait-on pas créer une agence environnementale indépendante, relevant directement du pouvoir exécutif, comme aux États-Unis ?

  • Sylvain Rivest - Inscrit 3 novembre 2015 18 h 53

    Des ordures...

    Il faudrait utiliser la force pour empêcher ces cowboy du petrole de faire leur test.
    Et aller les mener à la frontière du Québec.

  • François Grenier - Abonné 3 novembre 2015 19 h 26

    Remaniement ministériel...

    ... en attendant les prochaines élections.

    Au fédéral, nous avons bouté dehors les conservateurs. Au Québec, le ménage reste à faire. Car les écuries d'Augias sont pleines...