Feu vert aux relevés sismiques dans le Saint-Laurent

Le pipeline chargé de pétrole des sables bitumineux doit traverser la réserve naturelle des Battures-de-Saint-Augustin-de-Desmaures.
Photo: Source FQPPN Le pipeline chargé de pétrole des sables bitumineux doit traverser la réserve naturelle des Battures-de-Saint-Augustin-de-Desmaures.

Le gouvernement Couillard vient d’autoriser TransCanada à réaliser des relevés sismiques en plein coeur du fleuve Saint-Laurent, a appris Le Devoir. La pétrolière a aussi obtenu le droit de mener des relevés à l’aide d’explosifs, et ce, dans une zone marécageuse située à la limite d’une importante réserve naturelle dont la protection est pourtant reconnue par Québec.

 

Avant même le début de l’évaluation environnementale du controversé projet de pipeline d’exportation, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques vient en effet d’émettre un « certificat d’autorisation » pour des travaux prévus directement dans le fleuve Saint-Laurent, en amont de Québec.

 

Ces « travaux préliminaires » à la construction d’Énergie Est seront menés entre Saint-Augustin-de-Desmaures, sur la rive nord, et Lévis, sur la rive sud. C’est à cet endroit que le tuyau doit traverser le fleuve, et ce, sur une distance de plus de 3,5 kilomètres. Une telle traversée, jugée « à haut risque » par une firme d’experts mandatée l’an dernier par TransCanada, n’a jamais été tentée.

 

Le pipeline chargé de pétrole des sables bitumineux doit, en partant de la rive nord, traverser la réserve naturelle des Battures-de-Saint-Augustin-de-Desmaures. Ces battures, qui comptent des marais et des herbiers bénéficiant d’une protection reconnue, s’étendent sur plusieurs kilomètres en bordure du fleuve, de Cap-Rouge à Neuville. On y retrouve une biodiversité particulièrement riche. Plus de 200 espèces d’oiseaux fréquentent le secteur, mais aussi des espèces de vertébrés et de plantes considérées comme « menacées » en vertu des lois provinciales et fédérales. Trois espèces de plantes sont endémiques, c’est-à-dire qu’on ne les retrouve nulle part ailleurs dans le monde.

 

Le gouvernement Couillard a approuvé la réalisation de relevés sismiques dans ce secteur. Selon les termes du certificat d’autorisation, TransCanada peut mener « les relevés sismiques dans le marécage riverain de la rive nord » à l’aide de « charges explosives ». La pétrolière pourra aussi débroussailler une bande de végétation de 375 mètres carrés pour réaliser ses travaux industriels.

 

L’entreprise albertaine doit toutefois respecter « une zone tampon » de 20 mètres entre les relevés sismiques et la réserve naturelle des Battures-de-Saint-Augustin-de-Desmaures. TransCanada doit également « éviter les perturbations anticipées sur les espèces floristiques d’intérêt pour la conservation » en mettant en place des « mesures d’atténuation ». Québec demande aussi que soient restaurées les « zones perturbées » après les travaux, et ce, pour leur rendre « leur état d’origine ».

 

Avant le 30 novembre

 

Le ministère de l’Environnement du Québec permet également à la pétrolière de mener des « relevés sismiques » directement dans le fleuve Saint-Laurent. Pour cela, la multinationale peut utiliser des « canons à air », soit la même technologie que celle employée à Cacouna l’an dernier.

 

TransCanada doit vérifier si les relevés entraînent des mortalités de poissons dans le secteur et avertir le ministère de la Faune si de telles mortalités sont constatées. L’entreprise doit aussi « aviser les responsables de l’usine de filtration de Québec (Sainte-Foy) au moins 48 heures avant le début des travaux ».

 

Il faut rappeler que plus tôt cette année, le gouvernement du Québec avait accordé des permis à TransCanada afin qu’elle mène elle-même des études fauniques en vue d’obtenir le feu vert pour la réalisation de ses propres travaux préliminaires. Un inventaire faunique a d’ailleurs été « effectué par TransCanada » dans le fleuve Saint-Laurent, dans le secteur de Saint-Augustin-de-Desmaures.

 

Le certificat d’autorisation émis le 23 octobre précise par ailleurs que les travaux doivent être menés à terme avant le 30 novembre 2015. Le porte-parole de TransCanada, Tim Duboyce, a toutefois précisé lundi que l’échéancier des travaux n’était pas encore défini. Il a souligné que la conclusion des travaux préliminaires dans le Saint-Laurent n’était pas nécessaire avant le dépôt du projet final. Celui-ci doit être déposé d’ici la fin de 2015. On devrait alors savoir si la pétrolière souhaite toujours construire un port pétrolier d’exportation au Québec.

 

Une fois que le tracé définitif du pipeline Énergie Est sera connu, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement du Québec (BAPE) mènera une enquête et une audience publique sur la portion québécoise du projet. Le BAPE devra toutefois mener ses travaux sans avoir obtenu d’étude d’impact portant sur le plus important projet de pipeline en développement en Amérique du Nord.

 

En effet, TransCanada a toujours refusé de transmettre un « avis de projet » au gouvernement du Québec. En vertu de la procédure habituelle pour un tel projet industriel, la pétrolière aurait dû transmettre un avis au ministère de l’Environnement. Normalement, c’est seulement à partir de ce moment qu’une étude d’impact est exigée au promoteur. Le ministre David Heurtel a néanmoins mandaté le BAPE en juin, mais sans avoir obtenu d’étude portant sur les impacts du projet. On ignore donc la nature des impacts de ce pipeline qui traversera 641 cours d’eau au Québec, mais aussi des municipalités et des zones agricoles.

 

Soirées de TransCanada

 

Après avoir refusé de participer aux audiences de la Communauté métropolitaine de Montréal sur le projet Énergie Est, TransCanada entend mener ses propres « soirées » d’information au cours des prochaines semaines, a constaté Le Devoir.

 

Un total de huit « soirées de type portes ouvertes » sont prévues d’ici le 16 décembre afin de « discuter » avec les experts de la pétrolière des questions de « sécurité » du projet. Selon M. Duboyce, ces événements doivent permettre de répondre aux questions du public.

 

La première rencontre organisée par la pétrolière avait lieu lundi soir à Saint-Honoré-de-Témiscouata, dans le Bas-Saint-Laurent. D’autres soirées sont prévues, notamment à Saint-Augustin-de-Desmaures, à Trois-Rivières, à Lévis, à Mirabel, à Rigaud et à Terrebonne.

 

Avec le transport de plus de 1,1 million de barils par jour dès 2020, Énergie Est fera du Québec un élément clé dans l’exportation du pétrole albertain. Plus du tiers de la production des sables bitumineux passera en sol québécois d’ici cinq ans. TransCanada a un total de 28 lobbyistes inscrits au registre québécois.  

26 commentaires
  • Jean-Marc Simard - Abonné 3 novembre 2015 03 h 37

    Feu vert à une catastrophe annoncée...

    Ils l'ont dans leur tête de co.... Ils la veulent, ils vont l'avoir...Comment avoir autant d'intelligence, être reconnu comme un génie, et ne pas savoir se servir autant de sa tête...Je parle de Philippe Couillard, évidemment...Ce pipeline annonce une catastrophe qu'une simple intelligence ordinaire comme la mienne peut entrevoir...Comment Couillard ne peut la voir ? Cela me dépasse...C'est simple, le réseau hydrographique du Québec est trop complexe pour permettre de passer un tel pipeline en toute sécurité...Je le vois...Comment eux ne le voient-ils pas ? Sont-ils achetés par les pétrolières pour fermer les yeux et débloqués des autorisations qui n'ont pas lieu d'être ? À quoi sert d'aider l'industrie pétrolière à écouler un produit enclavé, si cette aide risque, par un seul déversement, à détruire un système écologique très fragile, et les autres industries qui en sont dépendantes, les pêches, le tourisme et le transport maritime, et surtout la vie que cet écosystème protège ? À quoi cela sert ? Le gouvernement Couillard vient d'accorder un permis qui ouvre les portes à une catastrophe écologique inévitable...Ils courent après, ils vont l'avoir...

    • Yves Corbeil - Inscrit 3 novembre 2015 09 h 13

      Plus de 90% de la population vit en bordure du fleuve, le Québec a été batit près de ce cours d'eau. Rien, absolument rien ne justifie ce risque pour de l'ARGENT, de l'argent pour ces riches qui se cri... du monde encore et toujours.

    • Sylvain Rivest - Inscrit 3 novembre 2015 10 h 11

      Couillard s'en fout tout simplement. Probablement, que celui-ci et sa famille iront vivre ailleurs lorsque le pétrole coulera dans notre fleuve. Ce couillard est le même qui s'était ouvert la porte des cliniques privées pour ensuite partir sa propre clinique avec son collaborateur Porter.

      Son retour au gouvernement n'a pour bus que d'ouvrir des portes.
      Et nous la fermer sur le nez.

      Débarrassons-nous de cette homme et de ses acolytes.

      Dehors couillard!

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 4 novembre 2015 07 h 35

      Le gouvernement n'a délivré aucun « permis » à part l'autorisation de conduire des études privées. Les résultats pourront sans doute servir le cas échéant à TransCanada dans ses représentations auprès des gouvernements. Il serait abusif de prétendre qu'Ottawa ou Québec admettraient qu'elles feront autorité du seul fait qu'elles aient été autorisées.

      Dans la mesure où elles sont encadrées, je ne vois pas très bien pourquoi on devrait les interdire, même au nom de l'acceptabilité du projet, qu'elles n'auront pas le pouvoir de décider à la place des gouvernements, quels qu'en soient les résultats.

  • Raymond Chalifoux - Abonné 3 novembre 2015 07 h 00

    C'est à se demander si...

    Suite au scandale des commandites, sans ménagement, à grands coups de Gomery, les Canadiens ont chassé du pouvoir les Libéraux et les y ont gardé à l’écart par une bonne distance et pendant une décennie.

    Et il leur a fallu une autre énormité, (comme aux USA une paire de mandats Bush-Cheney pour en venir à élire un Obama) une énormité politique du type Stephen Harper, soit une tentative orchestrée de réalignement (de destruction) total des Institutions de leur pays, pour qu’ils se résignent à redonner une chance à ce parti politique qui même s’il avait fait quasiment à lui seul l’histoire moderne du pays, n’en était pas moins descendu au premier sous-sol, soit au statut de deuxième opposition derrière le « NDP »...

    Au Québec, les « French Pea Soup », les « Vous êtes pas écœurés de vous faire tuer bande de caves », non seulement ont-ils reporté au pouvoir la même gang de Libéraux, celle de Jean Charest, avant même que soit terminé l’énumération des cochonneries reliées au scandale des enveloppes brunes, qu’ils ont à la stupéfaction et à la consternation des spectateurs Canadiens, élus aussi, quelques mois plus tard, PLUS de Conservateurs « harperiens » qu’à l’élection de 2011!

    Et leur version locale dudit Harper, leur Monsieur Déficit Zéro à eux tout seul, leur Philippe Couillard, s’apprête à brader pour des prunes la totalité des précautions environnementales élémentaires auxquelles toute la planète – sauf l’Alberta – tiendrait mordicus comme dans « over my dead body », pour les aises de circulation de la pire sorte d’énergie fossile que l’on puisse imaginer, le pétrole de sables bitumineux.

    À le voir aller, le Québec, c’est à se demander si le seul peuple d’expression française d’Amérique ne serait pas, finalement, aux prises avec une crise aigüe de psychose collective, et en train de s’automutiler à mort…

    C’est à n’y rien comprendre. Rien. Réveillez-moi, quêqu’un, sortez-moi de ce cauchemar…

  • Nicole Delisle - Abonné 3 novembre 2015 07 h 19

    Aucune crédibilité gouvernementale!

    M.Couillard qui s'alarmait il y a quelques jours en vue du Sommet de Paris sur le climat, agit de façon complètement contradictoire et devient le vassal des pétrolières.
    Les lobbyistes pour le passage du pétrole vendent si bien leur salade que notre
    premier ministre si malléable et sans grande envergure se laisse convaincre facilement par des êtres inconscients de l'urgence d'agir. Quant à M. Heurtel, il a prouvé son incompétence comme ministre depuis qu'il est en poste. Leur crédibilité concernant l'environnement en prend pour son rhume. Mais qu'ira faire M. Couillard
    au Sommet de Paris? Ses mensonges n'en seront que plus visibles. Il ne sera là que
    pour démontrer qu'il n'est qu'une émule de M. Harper dans le fond. Il ne représentera
    aucunement la pensée des Québécois sur ce sujet. Bref, il ne se présentera que comme un imposteur!

    • Jean Santerre - Abonné 5 novembre 2015 06 h 39

      Les lobbyistes ne vendent rien, mais ils achètent beaucoup$$$.

  • Dominique Roy - Abonnée 3 novembre 2015 07 h 30

    Pas question

    Je ne peux pas croire que Québec va laisser ''énergie est'' traverser le fleuve avec son h... de pipeline. La moutarde me monte au nez. Après l'austérité, voilà que Couillard pousse la provocation d'un cran. C'est non. Je refuse... L.B.

    • Louise Gagnon - Inscrite 3 novembre 2015 09 h 55

      D'accord avec vous Dominique
      M. Couillard, je refuse, si vous agissez ainsi, ce sera un viol.

  • Yves Corbeil - Inscrit 3 novembre 2015 07 h 41

    Pourquoi

    On doit être vraiment pauvre entre les deux oreilles pour se laisser contrôler comme ça par un gouvernement de riche, un gouvernement aux services d'une seule classe de gens.