TransCanada organise des «soirées portes ouvertes» sur Énergie Est

Une étude indépendante a déjà conclu qu'une fuite du pipeline Énergie Est pourrait contaminer des prises d'eau potable dans la région de Montréal.<br />
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une étude indépendante a déjà conclu qu'une fuite du pipeline Énergie Est pourrait contaminer des prises d'eau potable dans la région de Montréal.

Après avoir refusé de participer aux audiences de la Communauté métropolitaine de Montréal sur le projet Énergie Est, TransCanada entend mener ses propres « soirées » d’information au cours des prochaines semaines dans différentes régions du Québec, a constaté Le Devoir. La première a d’ailleurs lieu ce lundi.

 

Selon une lettre d’invitation rédigée par la pétrolière albertaine, un total de huit « soirées de type portes ouvertes » sont prévues d’ici le 16 décembre afin de permettre aux citoyens de « discuter » avec les experts de la pétrolière des questions de « sécurité » liées au projet de pipeline Énergie Est.

 

Des experts et des représentants de l’entreprise « seront sur place pour partager de l’information avec vous, répondre à vos questions et prendre en note vos commentaires », précise la lettre. « N’hésitez pas à inviter toute personne pouvant être intéressée à participer à ces rencontres ouvertes au public », conclut en outre le document.

 

Selon ce qu’a précisé lundi le porte-parole de TransCanada, Tim Duboyce, ces événements doivent permettre de répondre aux questions du public. Il sera surtout question des différents aspects liés aux pipelines, comme la construction, le design et l’exploitation de ces infrastructures de transport de pétrole.

 

Huit soirées

 

La première rencontre organisée par la pétrolière a lieu lundi soir à St-Honoré-de-Témiscouata, dans le Bas — Saint-Laurent. Une autre soirée est prévue à Saint-Augustin-de-Desmaures dans une semaine. C’est à partir de cette municipalité que le pipeline Énergie Est doit normalement traverser le fleuve Saint-Laurent de la rive nord à la rive sud.

 

D’autres événements organisés par TransCanada auront lieu à Trois-Rivières, à Lévis, à Mirabel, à Rigaud et à Terrebonne. Ces trois dernières municipalités font partie de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), qui a tenu récemment les premières audiences publiques au Québec sur le controversé projet de pipeline.

 

Fait à noter, la municipalité de Terrebonne a clairement signifié son opposition au pipeline de TransCanada dans le cadre de ces audiences. « Dans sa forme actuelle, Énergie Est est un projet incompatible avec le développement de Terrebonne, a alors fait valoir le maire de la municipalité, Jean-Marc Robitaille. D’une part, TransCanada n’a pas fait la démonstration des retombées économiques pour notre ville. Ensuite, le tracé proposé traverse des écosystèmes prioritaires et des terres agricoles et se retrouve à proximité de plusieurs sources d’eau. »

 

La MRC de Vaudreuil-Soulanges, dont fait partie Rigaud, a elle aussi manifesté son opposition au projet présenté par la pétrolière. Dans son mémoire, elle se dit « préoccupée par le manque de transparence et de collaboration de la part de TransCanada ». « Après quatre rencontres et de multiples correspondances entre la MRC de Vaudreuil-Soulanges et les représentants de TransCanada Pipelines Limited, la MRC n’avait toujours pas reçu de documents techniques écrits, et ce, deux ans suivant le début des discussions », précise-t-on dans le document déposé à la CMM.

 

BAPE à venir

 

Alors que TransCanada entame une nouvelle série de soirées d’information, on ne sait toujours pas quand doit débuter l’évaluation du projet Énergie Est par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement du Québec (BAPE). TransCanada doit normalement présenter un tracé définitif pour son pipeline d’exportation d’ici la fin de 2015.

 

Une fois que le tracé définitif du pipeline Énergie Est sera connu, le BAPE mènera une enquête et une audience publique sur la portion québécoise du projet. Le BAPE devra toutefois mener ses travaux sans avoir obtenu d’étude d’impact portant sur le plus important projet de pipeline en développement en Amérique du Nord.

 

En effet, TransCanada n’a jamais transmis d’avis de projet au gouvernement du Québec. En théorie, la pétrolière aurait dû transmettre un tel avis au ministère de l’Environnement du Québec. Normalement, c’est seulement à partir de ce moment qu’une étude d’impact est exigée au promoteur. Le ministre David Heurtel a néanmoins mandaté le BAPE en juin, mais sans avoir obtenu d’étude portant sur les impacts d’Énergie Est.

 

Avec le transport de plus d’un million de barils par jour dès 2020, Énergie Est fera du territoire du Québec un élément clé dans l’exportation du pétrole albertain. Avec ce projet, plus du tiers de la production des sables bitumineux passera en sol québécois d’ici cinq ans.