Shell autorisée à forer en eaux profondes

Le secteur convoité par Shell est fréquenté par des espèces en voie de disparition, dont la baleine noire.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le secteur convoité par Shell est fréquenté par des espèces en voie de disparition, dont la baleine noire.

Shell Canada est sur le point de mener des forages pétroliers en mer, au large de la Nouvelle-Écosse, dans un secteur caractérisé par une riche biodiversité et qui avait été ciblé par le gouvernement fédéral pour devenir une zone de protection marine. Et en cas de marée noire, la multinationale des énergies fossiles aura 13 jours pour stopper la fuite de pétrole, puisque les équipements nécessaires ne sont pas disponibles au Canada.

 

L’Office Canada-Nouvelle-Écosse a donné le feu vert à Shell mardi et tout indique que les forages sont sur le point de débuter dans le bassin de Shelburne, au sud de cette province des maritimes.

 

Les forages doivent être menés en eaux profondes, dans une zone où le potentiel pétrolier a été évalué par la Nouvelle-Écosse, qui a injecté plus de 15 millions de dollars de fonds publics afin de préciser les secteurs les plus propices à la découverte d’énergies fossiles. Selon une évaluation du potentiel, on retrouverait plus de huit milliards de barils de pétrole sous le fonds marin dans ce secteur.

 

Le potentiel est convoité non seulement par Shell, mais aussi par BP, la même entreprise qui a provoqué la catastrophe environnementale dans le golfe du Mexique, en 2010. Mais BP a annoncé un report de ses investissements en exploration, en raison de la faiblesse des marchés pour le pétrole.

 

Shell garde toutefois le cap et s’apprête à mener des forages en milieu marin en eaux canadiennes. Selon les termes du permis accordé à la pétrolière, celle-ci aurait 13 jours pour stopper une éventuelle fuite de pétrole provoquée par les forages. La raison ? L’équipement nécessaire pour endiguer la marée noire se trouve en Norvège. Shell souhaitait au départ obtenir un délai de 21 jours pour stopper une éventuelle fuite de pétrole.

Vie marine en danger

 

Chose certaine, un déversement pétrolier dans cette région pourrait avoir de sérieuses conséquences pour la vie marine. Le secteur se caractérise par sa riche biodiversité. Le gouvernement canadien prévoyait encore récemment établir une zone de protection marine un peu à l’est de la zone qui sera soumise à des activités d’exploration pétrolière.

 

Tout ce secteur, mais aussi sa périphérie, constitue un couloir de migration des poissons et des mammifères marins qui transitent par le golfe et l’estuaire du Saint-Laurent. On y retrouve des poissons-fourrage comme le hareng et le maquereau, mais aussi le thon rouge. Plusieurs espèces de cétacés fréquentent les eaux au sud de la Nouvelle-Écosse, dont le rorqual bleu, la baleine à bosse ou la baleine franche. Toutes ces espèces sont menacées de disparition, selon la législation canadienne. Ottawa a donc l’obligation légale de protéger l’habitat « sensible » de celles-ci.

 

Cette zone maritime est un habitat important pour de nombreuses autres espèces de poissons de fond, dont beaucoup font l’objet d’une pêche commerciale. La zone est également une aire d’alimentation estivale essentielle à la tortue luth, une espèce en voie de disparition. Plusieurs experts ont déjà émis des doutes quant à la capacité canadienne d’intervention en cas de marée noire.

 

Le gouvernement du Québec pourrait aussi ouvrir bientôt le golfe du Saint-Laurent aux forages pétroliers. Une évaluation environnementale stratégique toujours en cours doit déboucher sur la présentation d’une loi sur les hydrocarbures pour encadrer les projets d’exploitation de pétrole, y compris dans le golfe.

 

Une évaluation environnementale stratégique réalisée par Genivar à la demande du gouvernement libéral du Québec a déjà mis en lumière les importantes carences d’informations concernant le golfe, mais aussi l’industrie pétrolière en milieu marin. Celles-ci concernent les technologies d’exploration et d’exploitation, les composantes des milieux physique, biologique et humain, ainsi que les impacts des déversements.

10 commentaires
  • Sylvain Archambault - Abonné 21 octobre 2015 17 h 09

    Treize jours pour intervenir

    Ainsi, Shell aura treize jours pour intervenir si jamais un déversement se produisait. La raison: il faut faire venir les équipements de Norvège!

    Si le même type de norme était appliqué à un éventuel forage à Old Harry, au coeur du golfe du Saint-Laurent, la nappe de pétrole aurait eu amplement le temps d'atteindre les côtes de Terre-Neuve, du cap Breton et des Îles de la Madeleine avant le colmatage de la fuite. C'est ce que montrent les simulations de déversement effectuées par les océanographes de l'ISMER (UQAR). Pas très rassurant !!!

    • Bernard Plante - Abonné 22 octobre 2015 13 h 19

      On nous présente toujours les faits comme si rien ne pouvait être fait. Qu'est-ce qui empêche Shell d'amener les équipements sur le site au cas où quelque chose tournerait mal? Certainement pas un manque de liquidités...

      On dirait que le principe de précaution et les actions préventives n'existent pas dans cette industrie.

  • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 21 octobre 2015 17 h 24

    Qu'est-ce qu'on mange pour souper?

    S'il y avait un déversement, au lieu de manger du poisson, on mangera des beurrée de beurre de pétrole.

  • Denis Paquette - Abonné 22 octobre 2015 03 h 11

    La cupidité, quelle tare pire que bien d'autres déficiences

    A l'époque on disait que l'alcool pouvait rendre les humains semblable aux bêtes peut etre devrions nous dire également que le petrole peut rendre les humains semblable aux betes, enfin que dire a une bete pour qu'elle comprenne si ce n'est quelle est une bete et encore

  • Yves Côté - Abonné 22 octobre 2015 03 h 12

    Superman Trudeau ?

    Que va donc faire Superman Trudeau maintenant qu'il est Prime Minister ?
    En avant la musique...

    • Daniel Bérubé - Abonné 22 octobre 2015 12 h 41

      Laissons lui le temps de le devenir... "Prime minister", all right ?

      Les décisions et autorisations donné par Harper ne s'effacent pas du jour au lendemain, et...il faut avant tout qu'il soit assermanté avant de pouvoir faire quoi que ce soit...

      Comme ont dit des fois: "Laissons la chance au coureur". Remarquez bien que je n'ai pas voté pour lui, mais je préfère quand même de beaucoup le voir là que de voir "Art-peur" réélu !

  • Robert Aird - Abonné 22 octobre 2015 07 h 59

    Toute une excuse!

    « Et en cas de marée noire, la multinationale des énergies fossiles aura 13 jours pour stopper la fuite de pétrole, puisque les équipements nécessaires ne sont pas disponibles au Canada. » Eil, toute une excuse! Genre « J’ai pas ramassé la marde de mon chien sur le trottoir parce que j’avais pas de sac. » Vraiment, le lobby pétrolier me fait penser à un homme qui bat sa femme et jure qui ne recommence plus.