Énergies fossiles: une facture de 60 milliards pour l’État

Même si aucun des trois partis fédéraux dans la course pour former le prochain gouvernement ne remet en question l’exploitation des énergies fossiles, il n’en demeure pas moins que notre dépendance nous coûte très cher. Selon une recension menée par le Fonds monétaire international, les subventions publiques canadiennes consacrées au pétrole, au gaz et au charbon devraient atteindre 60 milliards de dollars en 2015.

 

L’ampleur de ce chiffre a de quoi surprendre. Mais il faut savoir que le Fonds monétaire international (FMI) définit ces « subventions » en comparant essentiellement les prix payés par les consommateurs pour leur énergie et son coût « réel » pour l’ensemble de la société.

 

Ainsi, ce véritable coût comprend l’ensemble des charges, pour l’État, liées aux « dommages » causés par nos choix énergétiques. Ceux-ci comprennent, en tête de liste, les impacts des changements climatiques, que le FMI évalue à 22,2 milliards de dollars pour la seule année 2015. L’institution prend aussi en compte la facture imputable aux problèmes de congestion (19,3 milliards), à la pollution de l’air (7,8 milliards), mais aussi les impacts des accidents (2,6 milliards) et les dommages aux routes (1,1 milliard).

 

Au total, la facture pour l’année en cours devrait atteindre les 60 milliards de dollars. La plus grande part de celle-ci est attribuable à notre recours massif au pétrole, qui engloutit à lui seul l’équivalent de 39 milliards de dollars de fonds publics. Cela équivaut à une facture de 1090 $ par citoyen canadien. Le pétrole devance ainsi le gaz naturel, qui accapare 14 milliards de dollars, et le charbon, avec 6,3 milliards.

 

À la lumière des données du FMI, on constate aussi une croissance marquée des « subventions » canadiennes aux énergies fossiles. Ainsi, les données pour l’année 2013 font état d’une facture totale de près de 50 milliards de dollars. Tout comme pour 2015, les impacts de plus en plus concrets des bouleversements climatiques se trouvent en tête de liste, avec des coûts estimés à 18,6 milliards. Et ils sont toujours suivis, dans l’ordre, par la congestion, la pollution de l’air, les accidents et les dommages aux routes.

 

Le Canada n’est évidemment pas le seul à se retrouver à subventionner ainsi le controversé secteur des énergies fossiles. Dans un rapport publié en mai, le FMI avait évalué que les subventions publiques mondiales devraient dépasser les 5300 milliards de dollars en 2015. Cela équivaut à 10 millions de dollars par minute. Le charbon, le pire des combustibles fossiles en matière de problèmes de pollution de l’air et d’émissions responsables des bouleversements du climat, accapare plus de la moitié des 5300 milliards. Le pétrole le suit avec le tiers de l’enveloppe globale et le gaz remporte le reste.

 

Ce montant équivaut à 6,5 % du PIB mondial. Cela signifie que les sommes investies dépassent la part du PIB planétaire consacrée à la santé, qui doit atteindre les 6 % cette année.

 

Refaire les calculs

 

Les données portant spécifiquement sur le Canada, comprises dans cette évaluation, ont été publiées dans le courant de l’été, sans faire grand bruit. Ces chiffres ont pourtant de quoi faire réfléchir, selon Patrick Bonin, de Greenpeace. « Ce qu’il faut comprendre, à la lecture de cette recension du FMI, c’est que notre système économique et politique ne prend pas en compte les coûts réels des énergies fossiles au Canada. Il n’y a aucun débat sur le sujet à l’heure actuelle, alors qu’il s’agit d’une question à 60 milliards de dollars. Pourtant, c’est toute la société qui en paie ces coûts. »

 

M. Bonin rappelle d’ailleurs que le FMI évalue que la mise en place de moyens pour éliminer les subventions implicites aux énergies fossiles permettrait de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre de plus de 20 %, en plus de mener à une réduction des décès prématurés imputables à la pollution de l’air. Selon l’institution, la réallocation de ces sommes pourrait également permettre de réduire les taxes qui pèsent sur le travail et de doper des dépenses publiques, sources de croissance économique.

 

La professeure Catherine Potvin, de l’Université McGill, souligne pour sa part que la question de ces « subventions » se posera de plus en plus au cours des prochaines années. Elle cite en exemple la hausse des coûts des changements climatiques pour le système de santé. Un rapport produit plus tôt cette année pour le gouvernement du Québec par le consortium Ouranos conclut d’ailleurs que la facture pourrait dépasser les 30 milliards de dollars pour la période 2015-2065. Cela signifie une moyenne de 660 millions par année.

12 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 14 octobre 2015 02 h 44

    Tous des couillards

    Ca démontre la couillardise de ces gens et on va voter pour eux, ils nous prennent vraiment pour des imbéciles, quand allons-nous renvoyer tous ces gens, mon opinion est faite, le seul politicien capable de dire la vérité est Gilles Ducepte, je lui souhaite la balance du pouvoir

    • Raymond Labelle - Abonné 14 octobre 2015 20 h 15

      Malheureusement, la véritable position du Bloc sur le pipeline Énergie Est est que c'est le gouvernement du Québec qui doit décider. Or le gouvernement du Québec actuel, c'est le gouvernement Couillard.

      Le Bloc peut feindre d'être contre Énergie Est en soi et par lui-même car le gouvernement du Québec n'a pas encore pris officiellement position.

      Pour une position certaine à ce sujet, il ne reste que le parti vert, qui s'est déjà prononcé contre le pipeline - sans passer par une étude dont on ne connaît pas d'avance (ou dont on connaît d'avance?) la conclusion.

    • Raymond Labelle - Abonné 14 octobre 2015 20 h 17

      Pour une position certaine, il y a aussi le parti conservateur, si on est pour...

  • Jean Richard - Abonné 14 octobre 2015 09 h 10

    Québec fait aussi fausse route

    « les impacts de plus en plus concrets des bouleversements climatiques se trouvent en tête de liste, avec des coûts estimés à 18,6 milliards. Et ils sont toujours suivis, dans l’ordre, par la congestion, la pollution de l’air, les accidents et les dommages aux routes. »

    Avec son contesté plan d'électrification des véhicules individuels au détriment des transports collectifs, le Québec fait aussi fausse route. Le plan du Québec, c'est d'AJOUTER 100 000 voitures (à batteries) sur le routes du Québec, ce qui contribuera à augmenter la facture liée à la congestion, aux accidents, aux dommages aux routes et à la pollution de l'air.

    Cette dépendance à la voiture individuelle que Québec veut augmenter, elle comporte aussi des frais énormes en matière de santé, en plus de ceux énumérés ci-dessus. Alors, ce ne sont pas les Québécois qui en tireront profit, mais une poignée d'industriels, pas nécessairement québécois.

    Il serait peut-être temps de cesser de parler d'énergie fossile et de parler d'énergie tout court. Nous en arriverions plus rapidement au cœur du problème : une voracité en énergie, toutes formes confondues, qui ne sert qu'à doper une économie capitaliste qui carbure à la surproduction et à la surconsommation. Le recours toujours plus grand à des sources d'énergie transformable sert d'abord et avant tout à augmenter la production. Et chaque fois qu'on améliore l'efficience d'un système, le gain obtenu ne sert pas à améliorer le bien-être de la collectivité, mais à augmenter la production dont les profits se retrouvent dans les mains d'une infime minorité qui détient un énorme pouvoir.

    • Raymond Labelle - Abonné 14 octobre 2015 20 h 24

      Ce point de vue n'est pas assez représenté M. Richard, y compris dans les rapports journalistiques de cette initiative. Merci!

      Tant qu'à parler d'élecrification des transports, pourquoi pas le moteur-roue, une belle technologie québécoise? Pour le Québec, ça va, puisque notre électricité n'est pas produite par le nucléaire ou le charbon. Pour les curieux, un reportage à Découvertes sur le moteur-roue: https://www.youtube.com/watch?v=rhqs91DIp1A

  • Jean-François Trottier - Abonné 14 octobre 2015 10 h 19

    50 milliards de p'tis cons, et moi, et moi, et moi...

    Alors que se trament ces sombres projets au coeur de la nuit, un brillant Philippe des Bois aidé du frère Daoust, de Petit Leitao et leur joyeuse bande de dans-la-loi prépare l'acceptation d'un tuyau de pétrole vers l'est qui n'enrichira personne ici mais permettra à l'industrie de continuer à distribuer avec générosité son bon pétrole au mondentier. Le mondentier, c'est tous les pôvres de la terre qui veulent avoir du pétrole pour des bonnes oeuvres, bien sûr.

    Tendant ce pemps, les bons riches donnent généreusement à la petite caisse de réélection pour aider les zélus à continuer leur oeuvre grandiose: rester au pouvoir.

    Maintenant que l'empire-Canada (historiquement premier paradis fiscal au monde et centre du réseau idoine installé par les banques anglaises il y a déjà longtemps) montre son vrai visage très peu humain malgré le maquillage de P.E. Trudeau et sa clique, faut pas flancher! Restons solidaires dans la plus crasse mauvaise foi! Alleluia, tiens.

    Chacun de ces dollars est un pour ainsi dire à l'image d'un p'tit con et, je dois l'avouer, j'en suis. Pas par volonté, devrais-je m'en vanter, mais par manque de volonté.

    Et nous, Québécois, peuple de métis et de consensus, restons dans le rang. ioupi.

    Bon, tout cela n'a pas grand sens sauf celui de la dérision. Je délire un peu. Mais voilà, reste-t-il autre chose que la dérision devant ces chiffres que nous supputions sans savoir absolument ?

  • Harvey Mead - Abonné 14 octobre 2015 11 h 07

    Ces coûts des externalités si peu souvent reconnus

    J'ai calculé pour le Québec l'ensemble des coûts des externalités - que l'on doit soustraire du PIB pour avoir un début d'idée de la véritable contribution de l'activité économique à notre bien-être - dans mon livre sur l'Indice de progrès véritable, publié en 2011. Les coûts des changements climatiques associés à nos propres émissions de GES étaient environ 0 en 1975, mais étaient rendus à $42 G en 2008, et continuent à monter en flèche. Le FMI a commencé à reconnaître les coûts des externalités dans des rapports publiés pendant l'été 2014, et que j'ai commenté sur mon blogue (harveymead.org, où vous tapez FMI pour les articles). C'est une initiative intéressante, mais le FMI sous-estime l'importance des engagements politiques nécessaires pour en tenir compte, comme nous verrons à Paris en décembre...

  • Marc G. Tremblay - Inscrit 14 octobre 2015 11 h 40

    Triste bilan médical

    Les chiffres du FMI indiquent, de façon éloquente, que la planète terre est très malade et qu'il n'existe aucun toubib, généraliste ou directeur de conscience pour éviter cet empoisonnement mondial aux hydrocarbures. Le véritable constat, dit en d'autres mots, c'est que la majorité de la population mondiale, qui est accro à cette drogue pour voyager (avion, bateau ou automobile à essence), ne peut plus collectivement changer sa façon de faire. L'hécatombe planétaire pour les humains est inévitable, mais la terre continuera de tourner.

    Le seul espoir pour l'humanité, c'est que le petit pourcentage de survivants, parmi les générations qui vont nous suivrent, ne fera pas la même erreur de se croire être "l'animal suppérieur" qui peut polluer sans conséquence au milieu de l'équilibre naturel terrestre.