Embûches financières pour Mine Arnaud

Le projet Mine Arnaud est appuyé par une partie de la population de Sept-Îles.
Photo: Alexandre Shields Le projet Mine Arnaud est appuyé par une partie de la population de Sept-Îles.

Présenté comme un projet phare de la relance du Plan Nord libéral, Mine Arnaud se butte à de sérieuses embûches financières. Le Devoir a appris que le seul partenaire financier du gouvernement Couillard, Yara International, achètera au mieux la moitié de la production de la mine. Québec a pourtant toujours affirmé que la multinationale s’était engagée à acquérir la totalité de celle-ci. Pendant ce temps, l’État québécois cherche encore une entreprise pour exploiter la mine et participer au financement de celle-ci, une facture qui dépasse les 850 millions de dollars.

 

L’actionnaire majoritaire de Mine Arnaud, Investissement Québec, a confirmé au Devoir que l’entreprise norvégienne Yara International « prévoit d’acheter entre 40 % et 50 % de la production » de concentré d’apatite produit par ce qui serait la plus grosse mine à ciel ouvert en milieu habité dans la province.

 

« Il existe une entente qui régit nos relations actuelles avec Yara concernant le développement du projet, dont l’achat de la totalité de la production de Mine Arnaud », affirmait pourtant Investissement Québec en juin. « Nous avons une assurance que le minerai sera acheté par Yara », avait aussi précisé la société d’État en juillet, dans une réponse transmise par courriel au Devoir.

 

Au moment d’annoncer le feu vert à ce « bel exemple de projet » en mars dernier, le ministre responsable du Plan Nord, Pierre Arcand, avait également soutenu que la chose était acquise. Il faut dire que Yara, une entreprise reconnue coupable de corruption en 2009 en Libye, en Inde et en Russie, est le premier producteur mondial d’engrais (l’apatite est composée de phosphate).

 

Des tonnes d’apatite

 

Cette « entente » avec l’entreprise norvégienne ne tient visiblement plus. Or, cette imposante mine doit produire, pendant 31 ans, un maximum de 1,25 million de tonnes de concentré d’apatite chaque année. Cela signifie que le promoteur devra trouver un nouvel acheteur pour acquérir, au maximum, entre 625 000 et 750 000 tonnes chaque année. Est-ce qu’Investissement Québec a trouvé preneur ? « D’autres acheteurs ont manifesté de l’intérêt pour la partie restante de la production de la future mine. Nous ne pouvons pas donner plus de détails pour des raisons de confidentialité et de compétitivité », a indiqué la porte-parole, Chantal Corbeil.

 

Investissement Québec refuse en outre de dire à quel prix sera vendu le concentré extrait à Sept-Îles, jugeant que ces informations « sont confidentielles ». La Banque mondiale prévoit que les prix du phosphate continueront de reculer au cours des prochaines années. Selon un rapport publié en juillet, les prix, actuellement situés à 110 $ la tonne, devraient poursuivre leur recul, pour atteindre 90 $ la tonne en 2025. Or, selon Mine Arnaud, le seuil de rentabilité du projet se situerait à environ 120 $.

 

Quel partenaire ?

 

Au moment de lancer Mine Arnaud, le gouvernement Couillard avait aussi indiqué qu’il injecterait 120 millions de dollars de fonds publics dans le projet. Une tranche de 120 millions devait provenir de Yara. Québec cherche également un partenaire qui devrait exploiter la mine et s’engager à investir 160 millions. Un prêt contracté auprès d’institutions financières devrait permettre d’aller chercher 400 millions supplémentaires.

 

Puisque Yara souhaite acheter au mieux la moitié de la production, cela pourrait modifier ses engagements financiers dans le projet. Investissement Québec n’a cependant pas voulu donner de précisions à ce sujet. « Le niveau de participation est présentement en discussion puisque nous sommes à la recherche d’autres partenaires, a répondu Mme Corbeil. Donc, on ne peut pas confirmer le montant de chaque partenaire. »

 

Mine Arnaud est par ailleurs toujours à la recherche d’un partenaire privé qui exploiterait la mine et y investirait 160 millions. « Nous sommes toujours en discussion avec des partenaires potentiels pour l’exploitation de la mine », a précisé Investissement Québec, sept mois après l’annonce gouvernementale.

 

En plus des 854 millions d’investissements nécessaires pour la mine, il faudrait construire un quai où serait chargé le concentré pour être exporté. La société d’État dit examiner plusieurs scénarios à ce sujet, dont l’utilisation des anciennes installations de Cliffs. Impossible, pour le moment, de chiffrer les coûts.

 

Refus de Québec

 

Pendant que le promoteur se montre actif sur le front financier, le gouvernement du Québec continue de refuser d’aller rencontrer les citoyens de Sept-Îles pour répondre à leurs inquiétudes par rapport au projet.

 

Il faut dire que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) avait publié un rapport très sévère en février 2014. Le document relevait plusieurs lacunes touchant notamment les risques environnementaux et pour la santé publique, mais aussi la gestion des résidus miniers et même la viabilité économique du projet. Le rapport du BAPE constatait aussi « l’absence d’un consensus social et la polarisation de la population septilienne ».

 

Devant composer chaque jour avec cette réalité, le maire Réjean Porlier a envoyé une première demande de rencontre au ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC), David Heurtel, le 25 mars. Mais depuis, toutes les demandes sont restées lettre morte, a indiqué mercredi M. Porlier. « Il me semble qu’après un rapport du BAPE qui jugeait le projet inacceptable et après les négociations avec le promoteur, il serait tout à fait normal de venir expliquer la situation aux citoyens », a-t-il fait valoir.

 

Au cours de sa durée de vie, la mine d’apatite générera des centaines de millions de tonnes de résidus en raison de l’extraction du minerai d’une fosse qui atteindrait une longueur de 3700 mètres et une largeur de 800 mètres. Une butte-écran de plus de 40 mètres de hauteur serait aussi construite du côté sud de la fosse. Ce serait la plus grande mine à ciel ouvert à être exploitée en milieu habité au Québec.

Pour aller plus loin

Consulter la carte du site projeté (Source: Mine Arnaud)
11 commentaires
  • Daniel Lemieux - Abonné 8 octobre 2015 06 h 16

    Encore un mirage ...

    Cette obsession de la quête de l'eldorado vire au grotesque, sinon à l'imposture.

    Combien coûtent au Trésor public toutes ces démarches et ces recherches pour attirer des investisseurs qui font faux bond ? Et ces montages financiers toujours assortis de conditions qui lient l'État québécois ?

    Aux yeux du commun des mortels, tout porte à croire que l'exploitation rentable de ces ressources n'est qu'une fumisterie et qu'il manque de compétences chez nos parlementaires pour bien évaluer ces projets.

    Sans compter que présenter les choses comme « acquises » auprès des populations locales est carrément irresponsable.

    • Bernard Plante - Abonné 8 octobre 2015 08 h 42

      Effectivement, on croirait assister à une parodie de très mauvais goût.

      Alors qu'ils se prétendent bons gestionnaires, ils investissent dans une mine dont le prix du minerai est inférieur au point de rentabilité. N'importe quel investisseur se sauverait à la course... Et c'est bien ce qui semble se passer.

    • Louis Fallu - Abonné 8 octobre 2015 08 h 43

      Salomon n'aurait pas tranché autrement que vous. Merci.

  • François Dugal - Inscrit 8 octobre 2015 07 h 46

    L'héritage

    L'héritage du gouvernement Charest et du "Plan Nard" passe aux mains du gouvernement Couillard et du milieu des "vraies affaires". Bienvenue à la salutaire pollution tant physique que morale.
    Ce n'est pas grave, le Canadien a gagné hier soir.

  • André Tremblay - Abonné 8 octobre 2015 08 h 12

    Entêtement

    Mais pourquoi nos gouvernements dépensent-ils des millions dans des projets jugés non rentables dès le départ ?
    Ce plan nord ressemble de plus en plus à un pétard mouillé. Il y aurait tellement d'autres endroits où investir cet argent. Depenser de telles sommes est immoral, surtout en période d'austérité.
    Le même commentaire vaut pour le projet des petites éoliennes.Couillard et ses accolytes ressemblent de plus en plus à Harper et son dogmatisme.

    • Daniel Bérubé - Abonné 8 octobre 2015 11 h 48

      Je ne vois ce que les éoliennes viennent faire là dedans...

      Il nous faut peut-être reconnaître une chose: les éoliennes dans l'est du Québec furent mise en place avec ententes vs MRC et municipalités. Dans la Mitis, le parc éoliens rapporte plus que prévu aux municipalités de la MRC, et à St-Donat de Rimouski, village de 900 habitants, ce projet contribuera pour les deux prochaines années à payer 100,000.00$ sur la construction d'un pavillon des loisirs, car une partie des profis RESTENT dans la région plutôt que, comme pour les mines, les profits partent pour l'étranger. De plus, les énergies étant appelés à s'accroître (vs automobile électrique et autres), ce sont des énergies propres (sans CO2) que nous nous préparons a fabriquer, ce qui a permis de mettre fin au nucléaire et au gaz. Mais... que voulez-vous, c'est avoir une vision à long terme, et je sais que plusieurs aiment mieux penser à court terme, comme Harper...

      Mais dites-vous qu'il y aura d'autres humains après vous, et soyez heureux que vos parents n'aient pas eu la même façon de voir l'avenir... et de tout organiser pour eux seulement, en se disant que les jeunes de l'avenir n'auront qu'à se débrouiller tout seul, comme vous l'avez fait: vous avez eu la débrouillardise de changer votre voiture quand elle était usée, ils n'auront qu'à changer de planète quand celle-ci sera "usée"...

  • Patrick Daganaud - Abonné 8 octobre 2015 08 h 17

    Mot d'ordre de Couillard : « Faustère! »

    Plan Couillard de développement économique :


    1-Construire ses châteaux en Espagne avec l'argent des contribuables : l'argent de la santé, l'argent de l'éducation.

    2-Prendre ses désirs pour la réalité.

    3-Vendre à vil prix les entrailles de la Province.

    4-Négliger l'industrie de transformation.

    5-Polluer irrémédiablement l'environnement.

    6-Laisser en héritage des sites contaminés dont on demandera à la population de payer la facture.

    7-Ne pas dire vrai sur la provenance des investissements.

    8-Ne pas dire vrai sur l'absence des investisseurs privés.

    9-Ne pas dire vrai sur l'absence de bénéfices.

    10-Ne pas dire vrai sur le fait que les seuls à s'enrichir sont les embryons de compagnie qui siphonnent les subventions publiques sans rien produire en retour que des promesses de déserts futurs.

    11-Additionner ses erreurs chirurgicales dans le traitement d'une économie rendue malade par l'application acharnée de recettes dénoncées par le FMI.

    12-Confondre les pancartes « Go Mine Arnaud , des emplois pour les jeunes en région » avec un plan d'investissement en développement durable.

    13-Nous ruiner, corps et âmes.

    • Diane Leclerc - Abonnée 8 octobre 2015 09 h 10

      Excellente synthèse, Monsieur.

    • Yves Corbeil - Inscrit 8 octobre 2015 11 h 30

      On pourrait ajouté

      14- Avoir trouver le moyen de faire de l'argent avec la mauvaise planification de la démographie sur le système de santé et le désinvestissement planifier sur la crainte de la classe moyenne de souffrir ou crever sur une liste d'attente pour promouvoir les cliniques privés qui serviront aux compagnies d'assurances, aux corporatifs enfin le 1% qui s'enrichis toujours un peu plus sur le dos du petit peuple.

  • Benoit Thibault - Abonné 8 octobre 2015 10 h 12

    Imputabilité

    Ce qui est aussi frappant dans tout cela c'est l'absence d'imputabilité. Quel est la conséquence pour le gouvernement? Avec de telle idéologie à quand la possibillité que des citoyens puissent poursuivre un parti politique (et non le gouvernement) au pouvoir pour de telles erreur de décision ?

    • Daniel Bérubé - Abonné 8 octobre 2015 11 h 52

      Je pense bien que ce n'est malheureusement que des partis politiques qui peuvent mettre ce pouvoir en place... et pour eux, ce serait comme fournir l'arme au voleur que de donner ce pouvoir au peuple...