Québec laisse le fédéral évaluer le projet

Encore à la mi-juillet, le ministre David Heurtel promettait la tenue d’un BAPE pour le projet Beauport 2020.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Encore à la mi-juillet, le ministre David Heurtel promettait la tenue d’un BAPE pour le projet Beauport 2020.

Au terme de mois de tergiversations politiques, l’Agence canadienne d’évaluation environnementale vient de lancer une étude du projet d’agrandissement du port de Québec, après avoir finalement été mandatée par Ottawa. Mais même si le gouvernement Couillard a maintes fois promis de mandater le BAPE dans ce dossier, cette option est désormais écartée.


Selon ce que précise l’Agence sur son site Web, les citoyens peuvent « présenter des commentaires » concernant « les lignes directrices proposées pour la préparation de l’étude d’impact environnemental » du projet Beauport 2020. Les personnes intéressées ont moins d’un mois pour le faire, puisque la date butoir est fixée au 9 septembre. Il s’agit de la première étape du processus d’examen.


L’implication de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACEE) constitue un revirement par rapport à ce qui était prévu au départ. En fait, avant que le projet Beauport 2020 ne soulève une certaine controverse, au printemps dernier, l’Agence canadienne d’évaluation environnementale avait fait valoir que celui-ci n’était « pas assujetti » à une étude de sa part. L’administration portuaire de Québec, promoteur du projet, prévoyait alors de mener sa propre évaluation.


Le projet présenté sur le site Web du Port jusqu’en avril dernier n’en était pas moins majeur. On prévoyait alors des investissements de 500 millions de dollars d’ici 2020. Cette somme devait permettre notamment d’allonger les quais du secteur de Beauport de 610 mètres.


Le port prévoyait aussi de construire un duc-d’Albe « voué au vrac liquide ». Cette structure permet de charger des navires sans avoir à recourir à un quai. Elle peut, par exemple, être reliée à la terre ferme par un oléoduc sous-marin. « Avantage hautement stratégique, le duc-d’Albe offrira une solution compétitive pour le Port de Québec afin de devenir un point de sortie pour les exportations de produits pétroliers canadiens », insistait alors l’administration dans la brève présentation du projet. Le pétrole aurait pu être acheminé par train jusqu’au port, en traversant au passage des quartiers résidentiels.


Les producteurs de pétrole de l’ouest du pays recherchent plus que jamais des moyens d’exporter une production en pleine croissance, en raison de l’exploitation des sables bitumineux. L’option de Beauport aurait d’ailleurs pu s’avérer intéressante, dans la mesure où son secteur portuaire est le dernier en eau profonde avant les Grands Lacs.


Exit le BAPE


Au moment où la controverse prenait de l’ampleur en raison de ce volet, la présentation du projet a toutefois été modifiée sur le site du Port de Québec. Dans un premier temps, à la fin du mois d’avril, il a été précisé que la construction du duc-d’Albe serait réservée à une « deuxième phase ».


La présentation de Beauport 2020, désormais disponible sur le Web, ne fait plus mention de ce volet. Une vidéo de promotion, mise en ligne le 1er juin, évoque simplement le transbordement de « vrac liquide », mais sans plus de précision. La porte-parole du port, Marie-Andrée Blanchet, a d’ailleurs indiqué mardi que la demande pour la construction d’un duc-d’Albe n’a pas été « déposée ». Le projet ne portera donc que sur l’« agrandissement » des quais. Cet aspect nécessite des investissements d’environ 190 millions de dollars.


Reste que le ministre de l’Environnement, David Heurtel, a promis dès le mois de mai de mandater le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) pour qu’il évalue le projet d’agrandissement du port le plus important depuis la construction des infrastructures du secteur de Beauport. Le Parti québécois était lui aussi favorable à une telle étude.


L’Administration portuaire de Québec a toutefois refusé dès le départ d’être soumise à une évaluation du BAPE, se disant uniquement assujettie à la législation fédérale. « Ce n’est pas le Port de Québec qui va décider quelle loi s’y applique », avait alors répliqué M. Heurtel. « Notre position a toujours été la même : les lois du Québec en matière environnementale s’appliquent au projet d’agrandissement [du Port de Québec]. »


Encore à la mi-juillet, le ministre Heurtel promettait la tenue d’un BAPE pour le projet Beauport 2020. Cette promesse, défendue pendant deux mois par le gouvernement Couillard, a finalement été écartée par la voie d’un communiqué publié le 31 juillet et passé pratiquement inaperçu.


Participation « étroite »


Le ministre de l’Environnement y précise que « le gouvernement fera valoir les préoccupations du Québec en participant étroitement au processus d’évaluation environnementale », prévu par le gouvernement fédéral sous l’égide de l’ACEE. Le gouvernement promet de s’assurer que « les préoccupations du Québec au sujet du projet, notamment concernant la qualité de l’air, les écosystèmes marins et le traitement des matières dangereuses, sont prises en compte ».


« Rappelons que notre priorité est de veiller à la sécurité des citoyens et à la protection de l’environnement, tout en assurant la réalisation de projets porteurs pour le Québec », conclut le ministre Heurtel dans le même communiqué.

  • Louise Gagnon - Inscrite 12 août 2015 00 h 47

    Les personnes qui on pris ces décisions sont redevables à la population.

    De telles décisions, si elles s'avèrent désastreuses pour l'envionnement, doivent avoir des conséquences d'une grande sévérité en cas de désastres écologiques, car ce sont les citoyens, hommes, femmes et enfants qui en subiront les horreurs.
    Ils devront donc être jugés et condamnés à de lourdes peines, selon l'ampleur du mal qu'ils auront créé et volontairement provoqué, ayant été avertis par la population qu'ils se livraient à un jeu extrêmement dangeureux et essentiellement basé sur des objectifs financiers.
    Ils auront bafoué les droits humains les plus élémentaires des citoyens qu'ils avaient la responsabilité de protéger. Ils ne peuvent donc pas se considérés comme étant non imputables de leurs décisions et de leurs actes.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 12 août 2015 10 h 45

      et sont pascibles de destitution...car on en a déjà remerciées pour incompétences ...pourquoi pas pour non assistance à la nation
      québécoise.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 12 août 2015 20 h 27

      passibles...

  • Gilles Théberge - Abonné 12 août 2015 07 h 54

    Il reste combien de temps?

    oui combien de temps avant que l'on puisse bouter hors du pouvoir, ce gouvernement inique et incompétent, Heurtel en est l'exemple idoine.

    Ce gouvernement dit du Québec qui est en fait une succursale du fédéral dans notre chambre de vie!

    Ça commence à faire beaucoup de dommage...

  • Bernard Plante - Abonné 12 août 2015 08 h 25

    Les éternels soumis

    Encore une démonstration de l'absence de pouvoir du Québec face au Canada. On fait les projets ici sans même nous consulter. Nous subirons les désagréments et paierons pour les éventuels pots cassés mais n'avons pas notre mot à dire.

    Mais heureusement, nous avons David Heurtel pour nous émettre des communiqués alambiqués et insignifiants disant le contraire de ce qu'il fait, de la pure propagande pour enfants.

    N'en a-t-on pas assez de regarder les autres décider à notre place sans rien faire? Allons-nous rester les bras croisés encore longtemps?

    • André Tremblay - Abonné 12 août 2015 08 h 30

      Vous m'enlevez mon commentaire... Je suis à 110% d'accord avec vous !

  • Claude Gélinas - Abonné 12 août 2015 10 h 20

    Prendre ses affaires en mains !

    Tout le contraire de ce que fait le gouvernement du Québec avec à la direction de l'Environnement l'ineffable ministre Hertel qui en plus de ne pas être à sa place démontre une incompétence qui frise l'ignorance. Pendant ce temps Ottawa décidera à la place du Québec, un Gouvernement du Québec trop heureux de laisser à d'autres les décisions délicates.

  • Simon Pelchat - Abonné 12 août 2015 13 h 14

    Une évaluation à deux

    Pourquoi le gouvernement du Québec n'exige-t-il pas de coupler le BAPE à l'ACEE dans l'évaluation environnementale du projet. Ainsi, bien qu'ayant peu confiance dans la volonté du gouvernement Couillard à promouvoir les intérêts et la fierté identitaire des Québécois, l'attitude de soumission à l'impérialiste gouvernement fédéral aurait été moins visible tout en nous épargnant une autre humiliation. Défendre notre territoire, c'est rien de moins que de se respecter avant de pouvoir se faire respecter.

    • Luc Falardeau - Abonné 12 août 2015 23 h 43

      J'allais proposer la même chose... Une évaluation à deux, comme cela s'est déjà fait dans le passé.

      Le but étant de s'assurer qu'il n'y aura aucun points laissés-pour-compte par les 2 autorités dans la 1ère phase du projet (les quais) ET dans la 2e phase qui suivra (le duc d'Albe)...