L’intérêt public à huis clos

C’est le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, qui a mis sur pied ce Chantier sur l’acceptabilité sociale des projets miniers et énergétiques.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir C’est le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, qui a mis sur pied ce Chantier sur l’acceptabilité sociale des projets miniers et énergétiques.

Le gouvernement Couillard vient de lancer un Chantier sur l’acceptabilité sociale des projets miniers et énergétiques qui doit se décliner à l’échelle du Québec au cours des prochaines semaines. Mais même si les discussions portent sur des questions d’intérêt public âprement débattues, celles-ci se tiennent à « huis clos », a constaté Le Devoir.

 

C’est le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, qui a mis sur pied cette démarche. Celle-ci « a comme objectif de convenir d’une méthode pour se parler, pour se comprendre, pour désamorcer les différends et mettre en oeuvre des projets qui feront la fierté et la prospérité du Québec », précise le « document de réflexion » produit par le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN). Celui-ci s’intitule Favoriser l’acceptabilité sociale des projets de mise en valeur du territoire public ainsi que des ressources énergétiques et minérales.

 

Ce « chantier » inclut la tenue de « tables de discussion avec des citoyens ainsi qu’avec des organismes ». Ceux qui veulent y participer doivent cependant s’inscrire à l’avance. « Les places sont restreintes afin d’assurer une plus grande richesse dans les discussions », indique en outre le MERN sur le site consacré à la démarche. C’est le ministère qui sélectionne les « intervenants ». Il est aussi possible de transmettre un « mémoire ».

 

La première table de discussion avait lieu lundi à Montréal. D’autres doivent se tenir à Québec, Sept-Îles, Rouyn-Noranda et Matane au cours des prochaines semaines. Dans toutes ces régions, des projets d’exploitation de ressources naturelles en développement ou prévus soulèvent des controverses certaines. On peut évoquer l’exploitation pétrolière et gazière, les mines à ciel ouvert ou encore les projets de pipelines d’exportation.

 

Les échanges se déroulent sur « des questions ciblées » en lien avec quatre thèmes déterminés par le MERN : « le rôle des instances à l’échelle nationale, régionale et locale », « les approches participatives », « la prise en compte des répercussions sociales, environnementales et économiques des projets à l’échelle locale, régionale et nationale » et « les mécanismes de partage des bénéfices ».

 

Même si les questions abordées sont d’intérêt public, ces rencontres se déroulent toutes derrière des portes closes, y compris celles avec les citoyens. « Il a été convenu avec le consultant lors de l’élaboration du concept que les échanges auraient lieu à huis clos », a confirmé au Devoir l’attachée de presse de Pierre Arcand, Véronique Normandin. Du côté du MERN, on a aussi indiqué que « les rencontres du Chantier sur l’acceptabilité sociale ne sont pas publiques ».

 

L’« invitation aux médias » lancée par le ministre Arcand pour la rencontre tenue lundi à Montréal précisait que seule la « prise d’images » serait autorisée, et ce, avant le début de la rencontre. Le ministre responsable de l’Énergie et du Plan Nord y assistait.

 

Réagissant à la controverse ayant essaimé sur Twitter en fin de journée lundi, Mme Normandin a par ailleurs affirmé qu’une « consultation publique » aura lieu lorsque le gouvernement aura déposé un « projet d’orientations gouvernementales sur le sujet ».

 

Médias exclus

 

Comme l’a constaté Le Devoir, les journalistes n’ont pas non plus le droit d’assister à ces « tables de discussion » portant sur l’acceptabilité sociale de projets miniers et énergétiques. Ceux-ci sont pourtant couramment évoqués sur la place publique, notamment dans les médias. Lundi, des représentants du MERN ont d’abord dit qu’il était possible d’assister à la rencontre, qui se tenait dans une salle de réunion située dans un édifice du nord de Montréal. Mais une fois à l’intérieur, Le Devoir s’est rapidement fait expulser de la salle, sans plus de justification.

 

Il a seulement été possible d’obtenir la liste des 14 organismes présents à la rencontre. On y retrouve notamment SNC-Lavalin Environnement, le Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste au Québec, le Conseil patronal de l’environnement du Québec, la Fédération des chambres de commerce du Québec et le Centre québécois du droit de l’environnement.

 

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a dénoncé lundi cette exclusion des journalistes. « Comment le ministre peut-il, en même temps, faire valoir son souci de “transparence” et interdire aux journalistes de faire état des opinions qu’il sollicite auprès d’organismes, de citoyens et d’acteurs locaux ? », a réagi la Fédération.

 

La FPJQ « s’indigne de cette manoeuvre qui empêche la presse d’informer les citoyens. Il ne s’agit pas ici de consultations privées au bureau du ministre, mais de rencontres publiques, convoquées par un organisme public à l’intention du public et qui discute d’enjeux publics ».

 

Malgré l’accès refusé, Le Devoir a pu discuter avec des gens présents dans la salle de réunion où se tenait la rencontre organisée lundi. Une personne a indiqué que le ministre Arcand avait brièvement pris la parole avant de quitter la rencontre.

 

Cette personne, qui a demandé l’anonymat, s’est dite surprise du ton des discussions, soulignant que celles-ci visent essentiellement à trouver des façons de permettre le développement des projets. L’idée de dire « non » à certains projets serait pour ainsi dire « évacuée » des discussions, selon cet intervenant.

38 commentaires
  • Guy Chicoine - Abonné 12 mai 2015 04 h 10

    Notre BON gouvernement

    Le bien commun discuté en privé ⁉️ Ce gouvernement veut "notre bien" et il s'en accapare !

    Au Québec.- Au sujet de la réforme des programmes de Couillard, une question ❗️
    «il y a une différence essentielle entre les progressistes et les conservateurs. Les premiers combattent les inégalités quand les seconds en théorisent la nécessité». La réforme qu'il promeut est-elle selon vous conservatrice ou progressiste?

    • Sylvain Mélançon - Inscrit 12 mai 2015 05 h 20

      "Théoriser la nécessité des inégalités"; je retiens l'expression. Merci.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 12 mai 2015 04 h 54

    Public

    C'est très compliqué de discuter de choses publiques en public, y a toujours trop de monde.

    Le gouvernement Couillard pourra répéter la phrase consacrée du gouvernement Harper : «Nous avons consulté des centaines de (insérez ici canadien ou québécois)» pour nous faire avaler ce qu'«eux» ont décidé en conciliabule derrière des portes closes. La méthode conservatrice fédérale a infiltré complètement les libéraux «provinciaux».

    PL

  • Sylvain Mélançon - Inscrit 12 mai 2015 05 h 26

    Développement durable et participation citoyenne

    Il me semble qu'on parle ici du respect de l'environnement, ou de la planète, et de démocratie, ou participation cioyenne.

    Le développement durable ne se fait pas derrière des portes closes. Ce serait un oxymoron.Le développement durable doit être à la fois économiquement efficace, socialement équitable et écologiquement tolérable. Le social doit être un objectif, l’économie un moyen et l’environnement une condition.

    Ce gouvernement devrait sérieusement s'asseoir avec des gens de l'Institut du nouveau monde pour se faire expliquer ce qu'est la participation citoyenne à un projet de société. Nous sommes très chanceux d'avoir un tel institut au Québec.

    • Louise Melançon - Abonnée 12 mai 2015 10 h 34

      Bravo! Voilà ce qu'il faut dire et redire!

    • Yves Corbeil - Inscrit 12 mai 2015 10 h 57

      Ça dit tout, maintenant nous savons tous ce qui va se passé derrière ces portes closes.

      Vite le pays!

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 12 mai 2015 06 h 19

    De la collusion pour le OUI !

    Il n'est possible pour les médias que d'obtenir la liste des organismes présents et sur laquelle on retrouve SNC-Lavalin.

    La seule personne qui a démontré de la transparence a dû demander l'anonymat.
    Ce que l'on apprend est que l'idée de dire "non" est évacuée et que les projets miniers, gaziers et pétroliers doivent, quelles que soient les conséquences pour l'environnement et la population, se réaliser. C'est de la collusion pour le "Oui" à tous ces projets sans de protections pour l'environnement et de redevances pour les Québécois.

    La collusion entre les libéraux et tiers partis c'est connu et ça se répète. L'on y retracera la corruption à la réalisation de ces projets et peut-être une commission d'enquête publique sur le développement économique du Québec, un jour.

    Les périodes de grandes noirceurs et d'austérités se vivent au Québec avec les libéraux. Depuis les libéraux de Taschereau et maintenant avec les libéraux du premier Couillard inc. le Québec les vit continuellement.

    Trois hourras pour la transparence

    • Bernard Plante - Abonné 12 mai 2015 09 h 33

      L'objectif des rencontres est clair. Il est mentionné que l'opération vise à «désamorcer les différends et mettre en oeuvre des projets», ce qui peut de traduire par "éliminer l'opposition aux projets pour pouvoir les mettre en oeuvre".

      Nous sommes gouvernés par des charlatans au service du 1%. La question est de savoir, à quand le réveil du 99%?

      Parce qu'à moins que je me trompe, si 99% de la population décide qu'elle en a assez, ce n'est certainement pas le 1% qui pourra l'arrêter. Avons-nous suivi les mêmes cours de mathématiques?

  • Robert Bernier - Abonné 12 mai 2015 07 h 09

    Les journalistes nécessaires

    Y aurait-il eu une commission Charbonneau sans l'excellent travail des journalistes au Québec?

    Que nous prépare-t-on dans le secteur des grands projets si on commence par évacuer les journalistes?

    Robert Bernier
    Mirabel

    • Gilbert Turp - Abonné 12 mai 2015 08 h 52

      J'ajouterais juste un gros gros MERCI au Devoir, qui se surpasse dans le nécessaire et le fondamental ces temps-ci.