Ruée vers les audiences de l’ONE

Les maires des municipalités, dont Sorel (notre photo), qui seront traversées par l’oléoduc jugent que les garanties de sécurité offertes par TransCanada sont insuffisantes.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les maires des municipalités, dont Sorel (notre photo), qui seront traversées par l’oléoduc jugent que les garanties de sécurité offertes par TransCanada sont insuffisantes.

Un nombre record de demandes de participation provenant du Québec ont été envoyées à l’Office national de l’énergie pour les audiences sur le pipeline de TransCanada. Municipalités, groupes et citoyens y dressent une très longue liste d’inquiétudes qui se déclinent tout au long des 720 kilomètres d’oléoduc à construire en sol québécois. Le projet Énergie Est suscite même des craintes chez Hydro-Québec.

 

Selon le document déposé par l’organisme d’État, le tracé prévu par TransCanada « a un impact important sur les installations actuelles et futures ». Le pipeline devrait en effet croiser plusieurs lignes de transport, ou encore « cohabiter » avec elles, ce qui lui imposera des contraintes. Hydro-Québec estime même que ce projet pourrait « limiter et affecter l’exploitabilité, la maintenance et la croissance de son réseau électrique ».

 

En plus des pannes de courant à redouter en cas de rupture, la Société d’État souligne que la présence de lignes à haute tension peut provoquer de la « corrosion » pour les pipelines, un problème déjà observé ailleurs. TransCanada dit toutefois prévoir des mécanismes pour éviter ce type de problème.

 

Le ministère des Transports, qui souhaite lui être entendu par l’Office national de l’énergie (ONE), appréhende pour sa part des problèmes pour le réseau routier québécois. Comme le pipeline croisera plusieurs routes et autoroutes, il entrevoit « un impact sur la fluidité de la circulation et la sécurité des usagers » lors de la phase de construction.

 

Le ministère fait également état de « contraintes importantes » pour l’entretien routier dans les secteurs touchés une fois qu’un 1,1 million de barils de pétrole couleront chaque jour dans ce tuyau. En phase d’exploitation, il sera d’ailleurs forcé de « partager les risques » avec TransCanada aux endroits où passera le pipeline.

 

Craintes municipales

 

Un nombre très important de municipalités et de regroupements de municipalités ont aussi formulé une demande à l’ONE. Il faut dire que le pipeline doit traverser le territoire de 69 municipalités au Québec, selon les données présentées par le gouvernement. Et aucune ne possède de formation ou d’équipements pour intervenir en cas d’incident lié à un pipeline.

 

L’Union des municipalités du Québec (UMQ) rappelle aussi que le tuyau de TransCanada franchira plusieurs cours d’eau. En fait, il n’en traversera pas moins de 641, dont 31 majeurs, notamment le fleuve Saint-Laurent. « Un déversement de pétrole brut dans l’une de ces rivières ou dans le fleuve pourrait avoir des conséquences désastreuses sur l’environnement et l’approvisionnement en eau potable des populations riveraines », insiste l’UMQ.

 

Cette préoccupation revient d’ailleurs dans nombre de demandes de participation formulées par les municipalités. La Ville de Montréal est « préoccupée par les techniques de franchissement des cours d’eau, notamment en ce qui concerne les prises d’eau potable qui pourraient être fermées en cas de déversement, privant ainsi une population de plus de 3 millions d’habitants d’eau potable ».

 

Dans le cas du territoire de la Communauté métropolitaine de Québec, le pipeline franchira 73 cours d’eau, dont certains servent de source d’eau à plus de 300 000 personnes. Un déversement « pourrait mettre en péril les sources d’approvisionnement », précise donc le regroupement. Lévis, par exemple, « est fortement préoccupée par la traversée de plusieurs rivières en amont de ses trois prises d’eau potable ».

 

Mêmes craintes pour l’eau du côté de Repentigny (85 000 personnes) et de Mascouche (43 000), mais aussi pour plusieurs municipalités régionales de comté (MRC). C’est le cas de celle de L’Assomption. Dans le document soumis à l’ONE, on rappelle que le pipeline traversera la rivière L’Assomption à une dizaine de kilomètres en amont d’une station d’alimentation en eau potable qui dessert 120 000 personnes. Qui plus est, le point de traversée a déjà été caractérisé comme étant à risque pour les glissements de terrain, et ce, dans une étude produite pour TransCanada et dévoilée par Le Devoir.

 

Milieux naturels menacés

 

Plusieurs municipalités insistent aussi sur les risques pour les milieux naturels, dont des zones boisées et des milieux humides. À la Communauté métropolitaine de Montréal, on précise notamment que le passage du pipeline « aura un impact indéniable » sur les objectifs de protection du territoire et de la biodiversité inscrits dans le Plan métropolitain d’aménagement et de développement.

 

À Sainte-Anne-des-Plaines, « le tracé actuellement proposé par le promoteur n’est en aucun cas acceptable pour notre environnement, notre économie et notre société ». Quant à Lanoraie, elle refuse le passage sur son territoire.

 

Pour la MRC d’Autray, située au nord-est de Montréal, les impacts rendent tout simplement le projet « inacceptable ». Elle fait valoir que le pipeline doit traverser des zones sensibles de son territoire, dont « 15,9 km en terres agricoles, 16 km en milieu humide et 12,4 km en milieu boisé ». Le tout dans une région dont l’économie « repose principalement sur l’agriculture, le tourisme et l’industrie agroalimentaire ». L’Union des producteurs agricoles souhaite d’ailleurs elle aussi mettre en lumière certaines appréhensions pour les terres agricoles qui seront affectées.

 

Outre ces éléments, plusieurs dizaines de personnes du Québec et d’autres provinces ont déposé une demande de participation en abordant de front la question des émissions de gaz à effet de serre liées au pétrole des sables bitumineux qui coulera dans le pipeline. Celles-ci devraient dépasser les 30 millions de tonnes par année, soit l’équivalent de sept millions de véhicules.

 

En théorie, l’ONE — qui a reçu 1801 demandes — ne devrait pas accepter les demandes de participation qui traitent directement des émissions de gaz à effet de serre ou des changements climatiques. Ces questions ne font pas partie du mandat de l’organisme fédéral qui doit décider d’autoriser ou non le plus important projet de pipeline en développement en Amérique du Nord.

11 commentaires
  • Louis Simard - Abonné 5 mars 2015 07 h 41

    participation conditionnelle...

    La participation publique dans le cas de l'ONE est conditionnelle. Il faut pouvoir se qualifier pour participer. Il faut démontrer que l'on est directement touché (motifs commercials, fonciers ou fonciers). " Pour participer, vous devez en faire la demande et convaincre l’Office que vous serez directement touchés par un projet proposé ou que vous possédez de l’information ou une expertise appropriée susceptible de l’aider à mieux comprendre le projet à l’étude" (ONE). Nous sommes loin d'une participation de type BAPE. L'accès à la participation est limité et le processus est quasi-judiciaire.

  • Etienne Toupin - Abonné 5 mars 2015 08 h 35

    Montréal ou Sorel ?

    Est-ce bien Montréal, ou plutôt Sorel qui est représenté sur la photo en première page du journal d'aujourd'hui ?

    • Luc Falardeau - Abonné 5 mars 2015 11 h 39

      Cette photo montre la rive sud du fleuve à en juger par la position et la forme du quai, l'écoulement se fait vers la gauche. Confirmé aussi avec Google Maps... La photo n'a pas été inversée... C'est bien Sorel-Tracy.

  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 5 mars 2015 08 h 41

    Pas dans ma cour?

    Pourquoi ne pas trouver alors un trajet moins genant?
    Pourquoi ne pas utiliser la vie maritime et creer un reseau maritime (a partir de Montreal) d'approvisionnement par petrolier naviguant sous pavillon Canadien? Il existe aujourd'hui des petroliers a double et meme a triple coques capables d'affronter des conditions de mer assez difficiles...

    • Luc Falardeau - Abonné 5 mars 2015 11 h 52

      A mon avis, les pétrolières ne veulent pas dévoiler leurs projets d'exportation de pétrole de l'ouest via le port de Montréal et le fleuve... afin qu'ils ne soient pas soumis à l'examen de l'ONÉ dans le cadre du projet Énergie-Est de TransCanada.

  • Gaston Bouchard - Abonné 5 mars 2015 09 h 12

    Et alors...

    Et alors,qu'est-ce qu'on attend pour mettre un terme à ce projet suicidaire?Comment peut-on rester insensible à une telle énumération de gens qui s'y oppose?Qu'attend-t-on pour prendre LA décision qui s'impose?
    Merci M.Shields pour votre article lucide et éclairant.Si le"gros bon sens" existe encore,il me semble qu'il n'est vraiment pas nécessaire d'entendre tous ces gens qui parlent d'une seule voix.NON à ce projet insensé...

  • Jean Santerre - Abonné 5 mars 2015 09 h 23

    Un pour tous et tous pour un

    C'est insensé pour tous sauf l'économie fossile et les oligopoles.
    L'heure n'est pas au réalisme, tout le monde convient que la combustion fossile nous étrangle et que l'on doit en sortir, non pas s'y enfoncer davantage.
    L'heure est au courage, au courage politique surtout qui semble faire défaut.
    On utilise déjà le pétrole pour satisfaire à nos besoins, nous n'avons aucun besoin d'ajouter des infrastructures pour augmenter l'offre.
    Et pendant que l'on voudrait augmenter ce qui nous tue, nos surplus d'électricité propre qui contribuerait grandement à réduire les effets nocifs de notre civilisation demeurent intouchés et inexploités.
    Le courage c'est de se tourner vers l'électrification des transports pour utiliser le meilleur de ce que l'on puisse produire et de cesser de développer ce qui nous appauvrit.

    • André Le Belge - Inscrit 5 mars 2015 12 h 21

      Nul gouvernement n'est intéressé à l'électrification des transports.
      Le pétrole. ça c'est "les vraies affaires"!

    • Luc Falardeau - Abonné 5 mars 2015 17 h 50

      @ALB. La situation a changé depuis que la Caisse de dépôt et placement du Québec et le gouvernement ont annoncé que la Caisse peut maintenant investir dans les infrastructures du Québec... comme elle le fait ailleurs dans le monde.

    • Pierre M de Ruelle - Inscrit 5 mars 2015 21 h 52

      Je ne pense pas que l'electricite comme carburant pour les voitures soit viable comme moyen de transport... l'autonomie est nulle...a moins de les transformer en trolley bus...
      Maintnant oui aux chemins de fer et au transport en commun electrifies... mais la c'est une autre histoire car les rails de train ne nous appartiennent pas!
      En attendant choisissons les voitures les plus economiques, et privilegions le co voiturage...