Fronde municipale contre le projet Énergie Est

Le pipeline doit passer par la réserve naturelle des battures de Saint-Augustin-de-Desmaures, une zone abritant une biodiversité unique au monde.
Photo: FQPPN Le pipeline doit passer par la réserve naturelle des battures de Saint-Augustin-de-Desmaures, une zone abritant une biodiversité unique au monde.

La Ville de Mascouche vient d’adopter une résolution afin de signifier son opposition au passage du pipeline de TransCanada sur son territoire. Elle n’est d’ailleurs pas la seule. Selon une recension non exhaustive du Devoir, des municipalités régionales de comté (MRC) représentant au moins 75 municipalités rejettent le projet Énergie Est ou exigent une évaluation environnementale du Québec.

 

Le maire de Mascouche, Guillaume Tremblay, ne mâche pas ses mots quand vient le temps d’exprimer la position du conseil municipal de la Ville. « On ne veut pas de ce projet chez nous. C’est clair », lance-t-il en entrevue, au lendemain de l’adoption de la résolution d’opposition à Énergie Est.

 

Pour lui, plusieurs éléments militent en faveur d’un rejet pur et simple du pipeline que la pétrolière souhaite faire passer sur le territoire de la municipalité située au nord-est de Montréal. M. Tremblay se dit notamment inquiet pour la protection de puits artésiens de nombreux citoyens, mais aussi pour la protection de milieux naturels.

 

Qui plus est, souligne-t-il, les documents déposés à l’Office national de l’énergie indiquent qu’une station de pompage serait construite à Mascouche. Près de celle-ci, TransCanada ajouterait même un embranchement auquel serait raccordé un pipeline secondaire devant permettre de transporter du brut jusqu’à Montréal.

 

Surtout, le maire redoute les impacts d’un éventuel déversement qui surviendrait sur des terres agricoles. Or, ces dernières ne constituent pas moins de 75 % du territoire de Mascouche. « Le secteur est un moteur économique essentiel à Mascouche. On veut donc s’assurer de le protéger. » En revanche, affirme-t-il, « on ne voit pas quelles pourraient être les retombées économiques » liées au pipeline de TransCanada.

 

La Ville a certes eu des contacts avec l’entreprise albertaine, mais ceux-ci n’ont pas rassuré le maire. « La dernière fois qu’ils nous ont parlé, ils nous ont demandé de signer des ententes de confidentialité. Mais moi, je suis un élu, je ne commencerai pas à cacher de l’information. L’objectif, c’est d’être transparent dans ce dossier. » La Ville compte d’ailleurs demander à l’Office national de l’énergie le droit de participer aux audiences publiques sur le projet.

 

Une lettre comportant une série de questions a aussi été envoyée à TransCanada en décembre. La réponse est parvenue à Mascouche le lendemain de l’adoption de la résolution d’opposition au projet, soit mardi. « Les réponses ne répondent absolument pas aux interrogations légitimes de notre population », estime toutefois le maire Tremblay.

 

Vive opposition

 

Mascouche n’est pas seule à manifester des inquiétudes par rapport au projet de pipeline, qui fera passer chaque jour 1,1 million de barils de pétrole des sables bitumineux sur le territoire de dizaines de municipalités du Québec.

 

Plus tôt ce mois-ci, la MRC d’Autray, dans Lanaudière, a pris position « catégoriquement et énergiquement » contre le projet de transport de brut. La décision, qui concerne 15 municipalités, s’appuie sur les résultats de la première étude indépendante réalisée au Québec concernant les risques associés aux déversements. Selon cette étude, une fuite représentant moins de 1,5 % du pétrole transporté quotidiennement serait difficile à détecter. Or, ce taux équivaut à 2,5 millions de litres, ou 15 000 barils.

 

La MRC de L’Islet, située dans le Bas-Saint-Laurent, a elle aussi signifié son refus de voir le pipeline passer sur son territoire, comme le prévoit le tracé présenté par TransCanada dans les documents déposés à l’Office national de l’énergie.

 

Un total de sept autres municipalités ont formulé individuellement le même type de rejet définitif, dont Saint-Augustin-de-Desmaures. Or, ce secteur est particulièrement névralgique pour la réalisation d’Énergie Est. C’est en effet à cet endroit que le pipeline d’un mètre de diamètre doit traverser le fleuve Saint-Laurent. Le lieu de passage choisi se situe en plein coeur de la réserve naturelle des battures de Saint-Augustin-de-Desmaures, une zone abritant une biodiversité unique au monde et bénéficiant d’une protection reconnue par le gouvernement.

 

Les craintes concernant la protection de l’eau potable, des terres agricoles et de divers milieux naturels sont aussi au coeur des motifs invoqués par les trois MRC qui exigent la tenue d’une étude placée sous l’égide du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Les MRC D’Argenteuil, de Portneuf et de Kamouraska représentent un total de 45 municipalités dans trois régions du Québec.

 

Une dizaine d’autres municipalités se disent simplement inquiètes de la réalisation de ce projet de pipeline, le plus important en développement en Amérique du Nord. D’autres, qui ne sont pas touchées par le tracé désigné par TransCanada, ont manifesté leur appui aux municipalités qui s’opposent aux visées de la pétrolière.

 

Pour le moment, aucune évaluation environnementale n’a été annoncée par le gouvernement Couillard, même si celle-ci est promise depuis mai 2014. Selon les dernières informations disponibles, TransCanada n’aurait toujours pas déposé son « avis de projet » auprès de Québec. Cela a pour effet de bloquer tout le processus d’étude environnementale, à quelques mois seulement des audiences fédérales sur Énergie Est. Selon la pétrolière, le dernier mot dans ce dossier appartient à Ottawa.

Pour aller plus loin

Consulter les deux documents déposés à l'ONE par TransCanada et présentant le tracé précis du pipeline Énergie Est au Québec:

Premier document (PDF)

Deuxième document (PDF)
9 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 26 février 2015 02 h 59

    Merci à tous les TransCanadiens du monde !

    Je tiens ce matin à remercier très sincèrement tous les financiers et toutes les coporations qui n'ont pas encore compris que l'argent ni ne se mange, pas plus qu'il ne donne à respirer, boire et manger aux humains. En un mot comme en cent : merci à tous les transCanadiens du monde !
    Grâce à l'intensité de leur délire d'accroissement illimité de profits et surtout, par la force de leur haine de la démocratie, ils sont à réussir ce que des années d'efforts infructueux de plusieurs d'entre nous ont jusque-là échoué à faire.
    Soit, de réveiller comme il faut les Québécois et cela, sans partisanerie aucune de leur part.
    Ce matin, l'air me semble d'ailleurs déjà un peu plus léger...
    Signé : un béluga parmi d'autres.

  • Daniel Bérubé - Abonné 26 février 2015 04 h 21

    Tout un défi a relever...

    Depuis que le Canada est devenu Kanada, et qu'il s'est vu refuser le passage par la C.B. et les USA, le Québec (pour ne pas dire Kébec...) reste le seul lieu de passage important pour l'exportation, et particulièrement vers l'Europe, qui voit le risque de se faire couper son pétrole et son gaz venant des pétrolières plus au nord: (Poutine peut devenir exigeant considérant sa situation économique et le coût du pétrole, et la position de l'Europe face à l'Ukraine, ce qui explique le changement d'attitude de la France face au pétrole sale. Et je crois qu'il ne faut pas trop compter sur Couillard pour défendre en ce sens les villes et villages de son peuple, de même que notre environnement avec vision à long terme. L'individualisme et la société de consommation ne sont pas les outils idéal pour travailler en ce sens. Reste a souhaiter un éveil du peuple en ce sens...

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 26 février 2015 08 h 47

      M. Bérubé, tout comme vous je ne vois pas Couillard protéger les Québécois et/ou le territoire du Québec. Je ne sais pas qui sont à l'arrière scène de ce premier ministre à la langue fourchue, comme disaient autrefois les amérindiens, mais faudrait peut-être faire comprendre nos doléances à tout ce bon peuple qui a réélu ces néo-libéraux, avant que le projet de loi c-51 soit adopté par les "valeurs conservatrices" d'Ottawa et que nous passions tous pour des terroristes au mouvement anti-pétrole et pro-environnementalistes.
      Nous savons ce qui s'en vient, l'argent du pétrole sale dans les poches des néo-libéraux (ou financiers) et les taxes des citoyens pour nettoyer le territoire sali par les fuites de pétrole.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 26 février 2015 06 h 28

    Maires

    75 maires qui font le travail d'un seul. Il est grand temps que notre gouvernement «provincial» donne le pouvoir aux villes dont il ne se sert pas. Les maires défendent leur population contre le fédéral avec ses lois insuffisantes sur le transport ferroviaire, contre l'intégrisme et maintenant contre un monstre pétrolifère qui veut passer sur leur territoire.

    Quelle sera la prochaine menace que nos élus «provinciaux» passeront au suivant ? On a intérêt à voter pour des maires qui se tiennent debout, car au «provincial»… (comment le dire poliment ?)... Ça tergiverse; ça longe les murs de corridors comme des accusés se rendant à la cours.

    Vous ne les trouvez pas légèrement moins arrogants nos chers élus «provinciaux» dernièrement ? Les loups hurleurs se sont tue et se promènent la queue entre les jambes, trouvez pas ? Et leur chef de meute réfléchi à vitesse grand V afin de trouver des phrases qui ne veulent rien dire afin d’éviter de répondre de ses choix et de ses gestes.

    Comme dans le film : Vous serez jugé, vous serez soupesé et vous serez déclaré inadéquat.

    PL

  • Roxane Bertrand - Abonnée 26 février 2015 08 h 18

    Legislation et fiscalité

    Advenant un déversement, les québécois seront pénalisés doublement. La détérioration de l'environnement s'accompagnera de coûts supplémentaires car la responsabilité financière des compagnies sera insuffisante. La gestion des événements de Lac Megantic par MMA illustre bien le comportement d'un corporation.

    Considérant leur irresponsabilité morale, les municipalités devraient toutes taxés les compagnies effectuant des activités à risques (ex: 2 ou 10% des coûts totaux de restauration potentielle par an) et exiger la détention d'une assurance responsabilité pour la valeur réelle des coûts de nettoyage ainsi que du dédommagement des séquelles.

    Ainsi, une compagnie pourrait évaluer le trajet le moins coûteux, qui serait celui avec le moins de risque. Après tout, le problème avec ce genre de projet est peut-être la communication, ces gens ne considèrent que les coûts et les profits.

    De plus, le Québec à le droit de recevoir une compensation financière pour ces risques.

  • Hélène Paulette - Abonnée 26 février 2015 09 h 21

    Ça va être difficile...

    Avec le veto d'Obama, la pression va augmenter. Raison de plus pour se tenir debout!

    • Yves Côté - Abonné 26 février 2015 16 h 39

      Madame Paulette, je suis heureux de voir que vous êtes de celles et ceux qui n'ont pas peur de la difficulté.
      Oui, debout tous !