Des écoles inquiètes de l’arrivée du pétrole dans leur quartier

Le pipeline d’Enbridge, construit en 1975, traverse en effet des zones résidentielles densément peuplées de l’est de Laval. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le pipeline d’Enbridge, construit en 1975, traverse en effet des zones résidentielles densément peuplées de l’est de Laval. 

Avec l’inversion prochaine de l’oléoduc 9B d’Enbridge, 300 000 barils de pétrole brut passeront chaque jour près de trois écoles primaires de la Commission scolaire de Laval, ce qui inquiète vivement la haute direction. Des lettres envoyées tant à l’Office national de l’énergie qu’à Enbridge pour demander des garanties de sécurité sont pourtant à ce jour restées sans réponse.

 

Dans la lettre envoyée au début de février, et dont Le Devoir a obtenu copie, la Commission scolaire de Laval (CSDL) tient d’entrée de jeu à « manifester son inquiétude ». « Considérant les risques associés au transport de pétrole, nous avons de sérieuses craintes pour la sécurité de nos élèves et de notre personnel », y insiste sa présidente, Louise Lortie.

 

Le pipeline d’Enbridge, construit en 1975, traverse en effet des zones résidentielles densément peuplées de l’est de Laval. Chemin faisant, il passe à environ un kilomètre de l’école primaire Hébert, et à moins de 500 mètres des écoles Fleur-Soleil et L’Escale. Un total de 1450 élèves fréquentent ces écoles.

 

Une situation qui soulève des craintes bien réelles pour Mme Lortie, qui rappelle que la canalisation est « vieillissante ». « Il y en a eu des déversements, il y en a eu des problématiques, souligne-t-elle au Devoir. Ça ne veut pas dire que ça se produira dans ce cas-ci, mais il faut s’assurer que l’Office national de l’énergie a cela en main. Qu’est-ce qui nous assure que nos élèves sont en sécurité ? Qu’est-ce que l’Office national de l’énergie propose [comme mesures de sécurité] ? »

 

Dans la lettre envoyée à Enbridge et à l’organisme fédéral chargé de réglementer les projets de pipelines, elle demande donc des « renseignements additionnels » sur le projet d’inversion de l’oléoduc 9B. La CSDL veut aussi « connaître les procédures qui assureront la sécurité de nos élèves et de notre personnel en cas de bris de canalisation ou de déversement ». Enfin, la commission scolaire exige des garanties quant à la sécurité du milieu, une fois l’inversion réalisée, d’ici le mois de juin.

 

Aucune réponse

 

Vendredi, la CSDL n’avait toutefois pas reçu de réponse de l’Office national de l’énergie ou d’Enbridge au sujet de la lettre. Celle-ci a aussi été envoyée en copie conforme au ministre de l’Éducation Yves Bolduc,ainsi qu’à la ministre Francine Charbonneau, responsable de la région de Laval. Ni l’un ni l’autre n’ont répondu. Même silence du côté des députés provinciaux et fédéraux de Laval, qui ont également reçu la lettre de la commission scolaire.

 

Louise Lortie promet d’ailleurs de relancer les intervenants interpellés si elle n’obtient pas de réponse. « On souhaite avoir des réponses avant la réalisation de l’inversion de la canalisation », souligne-t-elle. La présidente estime néanmoins que, peu importe la réponse, « une inquiétude va tout de même demeurer ».

 

Laval n’est pas la seule municipalité où le pipeline transportera du pétrole de schiste et des sables bitumineux en zone scolaire. À Terrebonne, l’oléoduc passe à une cinquantaine de mètres du terrain de l’école primaire Bernard-Corbin (675 élèves). Le porte-parole de la commissions scolaire des Affluents, Éric Ladouceur, mentionne toutefois que la présence du pipeline et le projet d’inversion n’ont fait l’objet d’aucune discussion.

 

Le pipeline vieux de 40 ans passe aussi tout près de deux parcs où sont installés des terrains de soccer. Dans ce quartier, le tuyau enfoui à quelques pieds sous terre traverse directement les terrains de dizaines de résidences, entre le cabanon et la piscine hors terre. Seules des affiches indiquent sa présence. Elles portent le logo d’Enbridge, avec en dessous cet avertissement : « Attention, oléoduc sous haute pression ».

 

Toujours à Terrebonne, l’oléoduc d’Enbridge longe le boulevard de la Pinière, au sud de l’autoroute 640. Et il passe directement dans la cour du centre de la petite enfance Gamin Gamine. Il traverse une partie du stationnement de l’établissement, à moins de 15 mètres de la porte d’entrée. Mais il n’a pas été possible d’obtenir de commentaires de la direction vendredi. Celle-ci n’a pas rappelé Le Devoir.

 

Un peu à l’ouest du CPE, toujours sur le boulevard de la Pinière, l’oléoduc passe dans la cour du centre d’amusement L’Astuce. Cette entreprise propose notamment des forfaits pour des fêtes d’enfants ou de groupes scolaires.

 

Sécurité prioritaire

 

Du côté d’Enbridge, on assure que « la sécurité des personnes et de l’environnement est la priorité numéro un ». Selon ce qu’a répondu son porte-parole Éric Prud’Homme, « Enbridge partage la même préoccupation pour la santé des étudiants que la Commission scolaire de Laval, sa présidente et les parents des étudiants. Une réponse formelle et distincte de celle-ci sera fournie à madame Lortie sous peu ». M. Prud’Homme a aussi fait valoir que l’entreprise « investit massivement » pour assurer la sécurité de ses réseaux de transport et de distribution.

 

Du côté de la Communauté métropolitaine de Montréal, on estime néanmoins qu’il reste des questions sans réponses, à quelques mois de l’inversion du flux dans le pipeline 9B.

 

Selon ce que précise son porte-parole, François Desrochers, les réponses fournies par Enbridge sont « incomplètes » en ce qui a trait au franchissement des cours d’eau de l’oléoduc — qui traverse entre autres la rivière des Mille-Îles, la rivière des Prairies et celle des Outaouais — ainsi qu’aux plans de mesure d’urgence.

 
Consulter la carte du tracé du pipeline 9B