Une hausse significative des émissions de GES

Le gouvernement canadien ne réglemente pas encore les émissions de gaz à effet de serre provenant de l’exploitation du pétrole albertain.
Photo: Mark Ralston Agence France-Presse Le gouvernement canadien ne réglemente pas encore les émissions de gaz à effet de serre provenant de l’exploitation du pétrole albertain.

L’Agence de protection de l’environnement des États-Unis est formelle : la construction de l’oléoduc Keystone XL entraînera une hausse significative des émissions de gaz à effet de serre, provoquée par le pétrole des sables bitumineux. Pour les groupes écologistes du Québec, il est donc impératif d’évaluer l’impact climatique du projet Énergie Est, ce que les gouvernements refusent de faire.

 

Dans une lettre envoyée au Département d’État américain et rendue publique mardi, l’Agence de protection de l’environnement (EPA) souligne que les émissions provenant de l’exploitation du pétrole des sables bitumineux sont « significativement plus élevées » que celles du pétrole traditionnel.

 

De son exploitation à sa combustion, le pétrole des sables bitumineux émet ainsi 17 % plus de gaz à effet de serre (GES). Keystone XL doit transporter chaque jour 830 000 barils. L’EPA estime donc que le pétrole nécessaire pour alimenter cet oléoduc générera un maximum de 27,4 millions de tonnes de GES de plus chaque année, comparativement à un même oléoduc qui transporterait du pétrole traditionnel. Ces émissions équivalent à l’ajout de 5,7 millions de véhicules sur les routes ou encore à la mise en service de huit centrales au charbon.

 

Cela signifie que le fait de favoriser l’exploitation des sables bitumineux en facilitant leur mise en marché entraînera une hausse « significative » des émissions de gaz à effet de serre produites par ce secteur. Et, pour le moment, le gouvernement canadien ne réglemente pas les émissions de GES provenant de l’exploitation du pétrole albertain, responsables de la hausse constante des émissions au pays.

 

Veto présidentiel

 

L’avis scientifique produit par l’EPA pourrait offrir un argument supplémentaire au président Barack Obama, qui a dit avoir l’intention de s’opposer au projet Keystone XL s’il aggrave la crise climatique. Les prochains jours devraient d’ailleurs être cruciaux pour le projet de TransCanada, puisque le Congrès, contrôlé par les républicains, doit adopter la semaine prochaine la loi autorisant le projet. Le président pourrait alors opposer son veto pour le bloquer.

 

Si Keystone XL se trouve bloqué, la pression pourrait être plus forte pour la réalisation du projet Énergie Est, lui aussi piloté par TransCanada. Les pétrolières qui exploitent le pétrole des sables bitumineux cherchent en effet des moyens de mettre en marché plus efficacement une production en pleine croissance.

 

Pour les écologistes, l’avis de l’EPA démontre toutefois qu’il est essentiel d’évaluer les émissions supplémentaires résultant du projet Énergie Est, qui doit transporter chaque jour 1,1 million de barils, soit 270 000 barils de plus que Keystone XL.

 

« L’oléoduc Keystone XL a clairement échoué le test climatique requis par le président Obama, soulignant ainsi la nécessité, pour le Canada et le Québec, d’évaluer l’impact climatique de l’oléoduc de sables bitumineux Énergie Est, a fait valoir Patrick Bonin, porte-parole de Greenpeace. Les premiers ministres doivent par ailleurs comprendre que tout retard dans la lutte contre les changements climatiques a un impact négatif sur l’économie et l’environnement. »

 

Ni Québec ni Ottawa n’ont l’intention d’aborder la question des émissions de GES liées au pétrole des sables bitumineux dans le cadre de l’étude du projet Énergie Est. Selon une évaluation de l’Institut Pembina, celui-ci entraînera des émissions annuelles de 32 millions de tonnes (Mt) d’équivalent CO2. Cette seule production de GES dépasse les émissions de toutes les automobiles, camions légers et camions lourds en circulation au Québec (27,4 Mt).

Oléoduc Énergie Est : les audiences publiques

L’Office national de l’énergie a mis en ligne mardi les détails concernant la participation aux audiences publiques à venir pour le projet d’oléoduc Énergie Est. Pour soumettre une demande de participation, une personne doit être « directement touchée ou posséder des renseignements pertinents ou une expertise appropriée ».

L’organisme fédéral est aussi très clair : « Au cours de cette audience, l’Office n’étudiera pas les questions liées aux activités en amont, notamment l’exploitation des sables bitumineux ou l’utilisation en aval du pétrole transporté grâce au projet ». La « liste des questions » qui seront abordées débute par celle-ci : « La nécessité du projet ». Les gens ont jusqu’au 3 mars pour soumettre une demande de participation.
9 commentaires
  • Nicole Moreau - Inscrite 4 février 2015 09 h 32

    on peut logiquement présumer que ce sera la même chose pour Énergie Est

    c'est sans doute pour cette raison que le Canada ne veut pas que cette dimension soit incluse dans le processus d'évaluation environnementale.

    ce qu'on ne comprend pas, c'est pourquoi le Québec accepterait-il ça sans dire un mot? rappelons tous les risques pour la santé, l'accès à l'eau, la qualité des sols d'un tel projet dont plusieurs études évoquent déjà des risques majeurs dans la réalisation et le fonctionnement

    • Sylvain Auclair - Abonné 4 février 2015 10 h 06

      C'est l'essence du fédéralisme, madame. Les provinces n'ont rien à dire quand il s'agit d'installations interprovinciales.

    • Nicole Moreau - Inscrite 4 février 2015 15 h 16

      le Québec aurait au moins pu essayer, mais non, on accepte sans dire un mot des décisions tout à fait inopportunes pour la population qui est représentée

    • Nicole Moreau - Inscrite 4 février 2015 15 h 18

      le gouvernement du Québec aurait pu au moins essayer, mais le PLQ n'a même pas dit un mot pour faire infléchir Ottawa, comme si tout ce qui vient d'Ottawa était inconstestable

  • Gilles Gagné - Abonné 4 février 2015 09 h 37

    Révoltant, décourageant

    D'un côté un président qui se fait offrir un rapport qui lui donnera raison de bloquer ce projet et de l'autre un congrès favorable à cette m... Mais ici dans ce pays où le néolibéralisme fait aussi foi, il ne se trouve pas un pm pour s'y opposer sauf en C.-B.

    Il ne nous reste que la rue mais y serons-nous? Notre démocratie est-elle en train de perdre la parole?

    Vivement la rue tandis qu'il nous reste encore ce droit d'expression!

    • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 4 février 2015 16 h 09

      Notons que c'est de surcroit un gouvernement Libéral qui s'y est opposé en C.-B. .

  • Christian Fleitz - Inscrit 4 février 2015 09 h 59

    Et la démocratie dans tout ça ?

    CQFD... À qui le crime profite-t'il ? La gouvernance implique une vision à long terme et utile pour toute la communauté, la politique politicienne ne se contente que de navigations à vue entre démagogie et protections des intérêts de quelques uns, les ''petits copains'' bien sur, sur fond d'idéolgie le plus souvent....

  • Gilbert Talbot - Abonné 4 février 2015 10 h 37

    Comment se masquer les yeux!

    On le savait, mais le gouvernement Harper lui ne veut pas officiellement le savoir. Et pour ça il ne permet pas de faire au Canada l'étude que l'EPA étatsunienne vient de produire. C'est refuser de voir l'évidence. Et comment voulez-vous vendre ce pétrole aux pays qui eux se fient sur ce genre d'étude pour décider quel sorte de pétrole ils vont acheter ?

  • Patrice Blais - Inscrit 5 février 2015 01 h 30

    Ges d'accord, mais...

    Qui a remarqué qu'on ne parle plus que de ges pour dénoncer l'exploitation des hydrocarbures, théorie qui de plus ne fait pas du tout consensus. Qu'est-il advenu de la pollution atmosphérique, de la contamination de l'air que nous respirons?
    Le dogme du réchauffement climatique domine nettement quand vient le temps de critiquer cette énergie sale, toxique et polluante, tandis que l'augmentation des maladies pulmonaires ou des taux de cancer me semble tout aussi préoccupant, sinon plus.
    C'est tout de même incroyable que l'humain que nous sommes, qui priorise, dans un large ensemble, son unique prospérité, au détriment de l'environnement, tout à coup, parce que semble t-il cela le menace directement, se préoccupe moins de sa santé que de celle de ''la planète''.
    Ce qui est fâcheux c'est qu'on ne semble pas capable de remettre en question notre mode de vie, alors que l'industrie assoie sa domination à n'importe quel prix, peu importe la catastrophe qui nous pend au nez. Et qu'est-ce qu'on se fait vendre de plus en plus c'est dernière années? Des vus très gourmand... Bravo!
    Et il ne faut pas oublier aussi qu'on se bat contre les sables bitumineux pour la contamination massive de l'environnement dont les cours d'eau en Alberta, et toute l'énergie et les ressources incroyables qu'il en coûte de les extraire, et les risques encourues avec son transport, pour un pétrole sulfureux, qui doit être traité d'avantage car dilué chimiquement pour qu'il soit transportable dans leurs vieux oléoducs pourrit traversant champs, villes et cours d’eau, et pour finir avec ses résidus de pep coke à gérer.
    Alors l’augmentation des ges ne me semble que détourner l’attention de problèmes pires encore. Enfin, s’ils traitent ça en partie à Montréal moi j'en veux pas, et je demeure à Pointe-aux-tremble... Parlons des vrais affaires!!!