Le fédéral devrait inclure les changements climatiques dans l’étude du pipeline

Le projet de pipeline traversera non seulement de très nombreux secteurs agricoles, mais aussi le territoire de plusieurs dizaines de municipalités des deux rives du Saint-Laurent.
Photo: Eric Hylden Associated Press Le projet de pipeline traversera non seulement de très nombreux secteurs agricoles, mais aussi le territoire de plusieurs dizaines de municipalités des deux rives du Saint-Laurent.

Des groupes citoyens ont déposé lundi une pétition de 100 000 noms à l’Office national de l’énergie dans le but de convaincre l’organisme d’inclure la question des changements climatiques dans l’étude du pipeline Énergie Est. Mais Ottawa et Québec n’entendent pas tenir compte des impacts de l’exploitation du pétrole albertain dans l’évaluation du projet de TransCanada.

 

« Toute évaluation du projet Énergie Est qui ignore les changements climatiques et les voix du peuple est incomplète et illégitime », font valoir les signataires de la pétition.

 

Dans le cadre du processus d’évaluation fédéral du projet Énergie Est, l’Office national de l’énergie (ONÉ) exclu toute prise en compte des impacts climatiques de l’exploitation du pétrole des sables bitumineux. Ainsi, les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à cette industrie, pourtant responsables de l’augmentation constante des émissions canadiennes, ne seront pas évaluées.

 

Pour les groupes à l’origine de la pétition, cette situation est inacceptable. « Si l’ONÉ tient compte des incidences économiques en amont lorsqu’il évalue « l’intérêt national » d’un oléoduc, il doit aussi prendre en considération qu’Énergie Est aura la même incidence climatique que sept millions de voitures », a fait valoir Aleah Loney, porte-parole du Conseil de Canadiens. Il ne fait aucun doute que freiner les changements climatiques est dans l’intérêt national du Canada. »

 

Selon une évaluation réalisée par l’institut Pembina, la production nécessaire pour alimenter le pipeline Énergie Est devrait générer pas moins de 32 millions de tonnes (Mt) de GES par année. Cette production de GES dépasse le total de toutes les industries du Québec, qui se chiffre à 25,3 Mt. Les émissions liées au projet de TransCanada sont aussi plus importantes que les émissions de toutes les automobiles, camions légers et camions lourds en circulation au Québec (27,4 Mt).

 

Le gouvernement Couillard n’entend pas non plus tenir compte des impacts de l’exploitation pétrolière dans son évaluation du projet, qui n’a toujours pas débuté. Avec le projet de TransCanada, le Québec deviendra un point névralgique dans l’exportation de la production albertaine, qui doit connaître une croissance soutenue au cours des prochaines années. Quelque 400 millions de barils de brut passeront chaque année sur le territoire québécois.

 

Processus restreint

 

Selon les signataires de la pétition, l’ONÉ restreint par ailleurs la participation citoyenne dans le processus d’évaluation des projets de pipeline. « Les changements apportés au processus d’évaluation des projets d’énergie ont presque entièrement éliminé la possibilité pour la population de communiquer ses inquiétudes face à des projets », peut-on lire dans le message envoyé à l’ONÉ.

 

Les gens qui souhaitent déposer une demande de participation aux consultations que tiendra l’ONÉ pourront le faire du 3 février au 3 mars 2015. Il ne sera toutefois pas possible pour les participants d’aborder les impacts environnementaux de l’exploitation pétrolière qui alimentera ce pipeline.

 

Celui-ci transportera 1,1 million de barils par jour. L’imposant tuyau qui devra être construit au Québec aura une longueur de plus de 700 kilomètres, soit près de la moitié de toute la longueur du pipeline à bâtir pour réaliser le projet. Fait à noter, les documents décrivant le projet déposés par TransCanada à l’ONÉ ne sont pas disponibles en français.

 

Ce pipeline traversera non seulement de très nombreux secteurs agricoles, mais aussi le territoire de plusieurs dizaines de municipalités des deux rives du Saint-Laurent. Tout au long de son tracé, le pipeline doit aussi traverser de nombreuses rivières majeures du sud du Québec, dont plusieurs sont utilisées comme source d’eau potable par les municipalités. Il doit entrer en fonction vers 2019.