Confusion à Québec

La confusion règne à Québec dans le dossier du pipeline Énergie Est. Alors que Philippe Couillard a dit mardi que la question des gaz à effet de serre serait finalement exclue de l’évaluation environnementale québécoise, son ministre de l’Environnement a continué mercredi de soutenir le contraire. Les groupes écologistes estiment d’ailleurs qu’il est impossible d’en faire fi, d’autant plus que le projet de TransCanada annulerait toutes les réductions prévues au Québec au cours des prochaines années.

 

Le Devoir a demandé mercredi au cabinet de David Heurtel s’il confirmait, comme l’a soutenu mardi le premier ministre, que l’évaluation des émissions de gaz à effet de serre (GES) du pétrole qui coulera dans le pipeline Énergie Est sera exclue des travaux du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

 

Son attachée de presse adjointe, Marie-Catherine Leduc, a répondu en se référant à la lettre envoyée par M. Heurtel à la direction de TransCanada le 18 novembre. Ce document énonce sept conditions devant guider la décision du gouvernement Couillard dans le dossier Énergie Est. « S’assujettir à une évaluation environnementale sur l’ensemble de la portion québécoise du projet, comprenant une évaluation des émissions de gaz à effet de serre », indique le ministre de l’Environnement en guise de deuxième condition.

 

Cette réponse fournie par le cabinet de David Heurtel contredit les propos tenus mardi par Philippe Couillard, à la suite de sa rencontre avec le premier ministre albertain Jim Prentice. Le chef libéral a alors dit qu’il excluait la question des émissions de GES provenant des sables bitumineux de l’évaluation que doit mener le BAPE. « Quel que soit l’avenir du projet de TransCanada, l’extraction aura lieu, a-t-il expliqué en point de presse. Donc, ça n’ajoute rien au débat de regarder cet aspect-là, qui est déjà bien connu et discuté nationalement et internationalement. » Une position qui a plu à M. Prentice.

 

En affirmant maintenant vouloir exclure cet « aspect » des travaux du BAPE à venir, M. Couillard a toutefois contredit la lettre envoyée par son ministre de l’Environnement à TransCanada deux semaines plus tôt. Il a aussi tourné le dos à une motion adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale au début du mois de novembre. Celle-ci stipulait notamment que le gouvernement du Québec devait inclure « la contribution globale du projet Énergie Est aux changements climatiques et aux émissions de gaz à effet de serre » dans le mandat confié au BAPE.

 

La présentation de cette motion faisait suite aux informations confirmant que l’Office national de l’énergie ne traitera aucunement des impacts de l’exploitation des sables bitumineux dans son évaluation du mégaprojet de TransCanada. Ce pipeline, l’équivalent des projets Northern Gateway et Keystone XL combinés, fera couler vers le Québec plus de 400 millions de barils de brut chaque année.

 

Question inévitable

 

Il est donc difficile pour le moment de savoir de quel côté penchera finalement le gouvernement Couillard. Mais selon Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki, le Québec ne pourra faire fi de l’épineuse question des GES.

 

Il a ainsi rappelé que la production pétrolière albertaine nécessaire pour alimenter le pipeline Énergie Est devrait générer pas moins de 32 millions de tonnes (Mt) de GES par année, soit l’équivalent des émissions annuelles de sept millions de véhicules.

 

Cette production de GES dépasse le total de toutes les industries du Québec, qui se chiffre à 25,3 Mt. Les émissions liées au projet de TransCanada sont aussi plus importantes que les émissions de toutes les automobiles, camions légers et camions lourds en circulation au Québec (27,4 Mt).

 

Qui plus est, « ce projet annule plus de deux fois les efforts de réduction prévus au Québec d’ici 2020 », a souligné M. Mayrand. Les émissions du Québec étaient en effet de 84,5 Mt en 1990. Elles doivent diminuer de 16,9 Mt pour atteindre 67,6 Mt en 2020.

 

C’est ce qui fait dire à Patrick Bonin, porte-parole de la campagne Climat de Greenpeace, que le gouvernement Couillard manque de cohérence dans son plan de lutte contre les changements climatiques. « Il y a peu de cohérence dans les propos du premier ministre. Ça ressemble à une influence directe de l’Alberta, qui met beaucoup de pression sur le gouvernement du Québec, avec la Saskatchewan. Ce n’est pas étonnant, dans la mesure où ils savent très bien que le projet ne passera pas si on tient compte des émissions de GES. »

 

Pétrole contre climat

 

Après Philippe Couillard mardi, la première ministre ontarienne, Kathleen Wynne, a elle aussi affirmé mercredi que sa province ne tiendra finalement pas compte de l’impact environnemental de l’exploitation, du raffinage et de la combustion du pétrole des sables bitumineux dans l’évaluation du projet Énergie Est. Elle a tenu ces propos après une rencontre avec le premier ministre albertain, Jim Prentice.

 

Spécialiste des négociations climatiques internationales, Hugo Séguin a toutefois souligné qu’il serait pertinent de se questionner sur les impacts de l’extraction de tout ce pétrole. « Il faut se demander si nous pouvons augmenter l’exploitation pétrolière tout en luttant contre les changements climatiques, a-t-il expliqué mercredi, depuis Lima, où se tient la conférence de l’ONU sur le climat. En fait, on ne peut pas faire les deux. Ça ne fonctionne tout simplement pas avec les modèles climatiques. Une partie du pétrole des sables bitumineux devrait rester sous terre. »

 

Selon l’Agence internationale de l’énergie, il faudrait laisser sous terre pas moins des deux tiers des ressources énergétiques fossiles connues pour tenter de limiter la hausse des températures à 2 °C.

 

Mais ce scénario ne fait pas partie des plans de l’industrie pétrolière implantée dans l’Ouest canadien. En fait, les émissions de GES du Canada doivent continuer de croître au cours des prochaines années, en raison de l’augmentation continue de la production de pétrole des sables bitumineux.

44 commentaires
  • Djosef Bouteu - Inscrit 4 décembre 2014 02 h 42

    C'est pourtant simple.

    Depuis le début de cette saga le comportement du chef du PLQ est très facile à comprendre :

    Pour Couillard, chaque critère de respect de l'environnement -et ils sont nombreux- qui pourrait amener à admettre l'évidence, soit que les sables bitumineux constituent une catastrophe environnementale, doit bien évidemment être exclu du mandat du BAPE.

    L'absence totale de colonne vertébrale de ce gouvernement néo-libéral est consternante.

    L'exemple le plus embarrassant pour le Québec entier étant l'émission, par le ministère de l'environnement svp, d'un permis à Trans Canada en totale contravention avec les lois de protection de l'environnement. C'est un tribunal qui a dû condamner le gouvernement à faire respecter ses propres lois.

    En pleine pouponnière d'une espèce dont la survie est déjà gravement menacée par la pollution chimique et sonore.

    Mais le pétrole le plus sale du monde doit passer sur le Québec. Ce sont les nationalistes canadiens qui le veulent.

    • Steve Timmins - Inscrit 4 décembre 2014 17 h 37

      Exiger l’inclusion des GES des sables bitumineux dans l’évaluation d’Énergie Est

      La transition vers les énergies renouvelables passe par l’action citoyenne à grande échelle.

      Les citoyens peuvent communiquer avec le bureau du premier ministre du Québec, Philippe Couillard, ainsi que le bureau de la première ministre de l’Ontario Kathleen Wynne dans le cadre d’une campagne mené par le site 350.org à http://act.350.org/call/eeflipflop/?action_id=7786

      Le but est de leur implorer d’assumer leur responsabilités en assurant que tous les gaz à effet de serre produits par l’extraction du pétrole des sables bitumineux seront inclus dans leurs évaluations et décisions respectives concernant le mégaprojet Énergie East.

      Les numéros de téléphone sont disponibles sur la page web précitée.

  • Diane Boissinot - Abonnée 4 décembre 2014 03 h 45

    Le port de Cacouna (accessoire dans le projet de TransCanada) avec sa menace sur la survie des bélugas était-il une diversion bien orchestrée pour nous faire oublier le pipeline (essentiel à ce projet, lui) qui longe le Saint-Laurent et le traverse ainsi qu'il traverse tous ses affluents dans la partie la plus populeuse de sa vallée?

    • Olvier Légaré - Abonné 4 décembre 2014 11 h 22

      Peut-être, mais j'en doute, je ne pense pas qu'ils auraient mis autant d'efforts sur cet emplacement juste pour faire diversion. À mon avis, ils ont simplement démontré de l'incompétence, du dénis et de la décadence. Pour ces raisons je pense pas que ca faisait parti de leur plan, tou comme ce n'était pas prévu qu'il y a une fuite de leur document stratégique. Transcanada, jongle, ils vont nécessairment essayer ailleur, mais ils ont par accident allumé la lumière rouge, ils ont perdu de la crédibilité dans l'opinion publique, a lieu d'en gagner. Bonne chance, on s'en va dans un débat, climat contre pétrole, ce qui n'est pas à leur avantage!

  • Yves Côté - Abonné 4 décembre 2014 04 h 35

    Possible déni de démocratie...

    Dans la campagne électorale de Monsieur Couillard, nulle trace d'engagements clairs sur le projet de port pétrolier à Cacouna, ni d'oléoduc arrivant d'Alberta.
    Le gouvernement actuel n'a donc pas été élu pour prendre des décisions formelles à ce sujet au nom du peuple québécois.
    Par conséquent, aucune réalisation de ce genre ne peut légitimement être faite sans un aval explicite et direct des Québécois.
    Ce qui veut dire, à mon sens, qu'avant tout geste concret d'installation de telles structures, vue l'importance des dégats possible sur toute la population du Québec et l'irréversibilité naturelle de plusieurs d'entre eux sur la faune marine, l'intoxication des sols et la dégradation de la qualité de l'eau, pour mettre en place les installations opérantes en question, l'actuel gouvernement doit obtenir l'accord de la population québécois à majorité simple, par référendum.
    Faire autrement inscrirait délibéremment l'action de celui-ci dans un processus illégitime. Lui-même déni de démocratie si évident, qu'il justifierait son illégalité indiscutable et l'exigence manifestée par les Québécois d'une obligée démission du gouvernement en question.
    Toute nouvelle implantation pétrolière d'importance sur le territoire du Québec exige, selon moi, une consultation référendaire obligatoire des Québécois. En commençant au sujet des espaces aquatiques et littoraux du fleuve, cela incluant aussi tout forage d'expoitation sur notre territoire national.
    Aucun gouvernement ne peut légitimement aller à l'inverse de la volonté manifeste du peuple, seul légitimement souverain de son territoire.
    Merci de m'avoir lu.

    • Louise Gagnon - Inscrite 4 décembre 2014 11 h 47

      C'est ce que M. Couillard doit comprendre de toute urgence.

      Qu'il y aura des conséquences judiciaires. La protection de sa propre personne étant la seule chose capable de le raisonner.

      Car la protection des habitants du Québec, hommes, femmes, jeunes et enfants, d'aujourd'hui et de demain, lui est absolument indifférente.
      Que les signes de piasse des plus munis sont importants pour ce messieur.

      Quoi qu'il en pense, le Québec sera vert et prospère, car les temps changent et nous sommes tournés vers les promesses d'un avenir meilleur.

  • kevin coutts - Inscrit 4 décembre 2014 04 h 39

    LE PÈTROLE C'EST TERMINÉ

    L'HYDROGÈNE est arrivé! Pendant qu'on se préoccupe du problème, on passe à côté de la solution! Réveillons nous et informons nous sur le sujet de l'HYDROGÈNE pour mieux comprendre les vrais enjeux. Le pètrole c'est Terminé et le pipeline aussi!

    • Sylvain Auclair - Abonné 4 décembre 2014 12 h 40

      L'hydrogène est prometteur, mais comporte de nombreux inconvénients.

    • André Bastien - Abonné 4 décembre 2014 18 h 24

      L'hydrogène n'a rien de merveilleux: on produit 95% de l'hydrogène à partir du gaz naturel (CH4) qu'on chauffe à haute température avec de la vapeur d'eau (H2O) ce qui donne de l'hydrogène (H2) et ... du CO2!!!

      Surprise donc: la production de l'hydrogène produit du gaz carbonique, du gaz à effet de serre, et exige de l'énergie qui se perd en chaleur.

      Ensuite, on doit comprimer l'hydrogène, le tranporter en camion ce qui exige encore de l'énergie qui se génère encore des GES et des pertes en chaleur. Au bout de la ligne, l'hydrogène est équivalent au pétrole sur le plan environnemental mais coûte plus cher.

      Alors l'hydrogène n'est PAS "Zéro émission": aucun intérêt, ni énergétique, ni économique, ni environnemental.

    • André Bastien - Abonné 4 décembre 2014 23 h 45

      Conclusion: oui "LE PÉTROLE, C'EST TERMINÉ". D'accord! :-)

      Passons donc à l'électrique.

  • Richard Bérubé - Inscrit 4 décembre 2014 06 h 31

    Tout et chacun (des politiciens) est négociable...

    Effectivement dans le contexte actuel, cet or noir devrait rester enfouis dans les profondeurs des sables de l'Alberta....je ne connais rien aux changements climatiques, mais une augmentation de 2 degrés causera surement des désastres sur la terre. On parle ici de la survie de la planète et de ses habitants et les compagnies pétrolières elles continuent à compter l'argent... À 8 milliards d'habitants peut-être est-il temps de flexer des muscles avec ces bâtardes de compagnies, et de décider nous-mêmes de l'avenir de la terre. Mais encore une fois il appert que les dirigeants politiques furent assujettis à des négociations secrètes concernant ce pipeline maudit....il existe dans chaque comté de la province un bureau du député....lui envoyer des cartes de Noel ou de Pâques lui indiquant notre refus d'accepter le passage de ce tuyau sur notre territoire serait peut-être une bonne façcon de combattre les intentions de Trans-Canada. Si la Colombie-Britanique l'a refusé on peut nous aussi le faire, on est pas plus fou qu'elle. Le port semble relayé aux oubliettes, alors allons-y maintenant avec le pipeline. Il faut se réveiller demain il sera probablement trop tard.

    • Suzanne LaBrie - Inscrit 4 décembre 2014 11 h 34

      Bonne idée Richard Bérubé.
      Et pour vous aider, voici le lien où vous trouverez les coordonnées de tous les députés qui siègent à l'Assemblée Nationale.

    • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 5 décembre 2014 08 h 45

      Souveraineté environnementale du Québec - Le Parti Québécois dépose un projet de loi affirmant la primauté de la compétence environnementale du Québec


      http://pq.org/nouvelle/souverainete-environnementa