Un projet jugé prometteur s’effondre

Les contribuables ont tout de même à leur charge tout près de 700 sites miniers abandonnés. 
Photo: Lawrence Côté-Collins Les contribuables ont tout de même à leur charge tout près de 700 sites miniers abandonnés. 

Malgré des dizaines de millions de dollars d’aide de l’État, la mine Québec Lithium vient de fermer prématurément ses portes. Une décision qui risque de laisser un autre site minier abandonné en héritage aux Québécois. Or, la restauration de celui-ci devrait coûter plusieurs millions de dollars, a appris Le Devoir.

Selon les informations confirmées mardi par le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN), Québec Lithium n’a pas versé un sou de la garantie financière fixée à 25,6 millions de dollars. Ce montant devait en théorie permettre de payer pour la restauration du site minier situé au nord de Val-d’Or, une fois l’exploitation terminée.

Le porte-parole du ministère a d’ailleurs précisé que la minière n’a pas respecté son obligation de verser une première tranche de 12,8 millions de sa garantie, même si le règlement sur la gestion des sites miniers l’obligeait à le faire avant le 23 septembre. « Aucune somme n’a été versée puisque l’entreprise n’a pas été en mesure d’honorer sa dette en raison d’une situation financière difficile », a indiqué le MERN.

L’avenir de ce site, exploité depuis la fin de 2012, s’annonce en fait plus incertain que jamais. L’entreprise de Vancouver RB Energy, propriétaire de Québec Lithium depuis janvier 2014, vient en effet de se placer sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers des entreprises. Il n’a pas été possible d’obtenir de précisions de l’entreprise mardi, malgré des appels et des courriels envoyés à la direction de celle-ci.

Si l’État québécois risque ainsi d’hériter d’un 700e site minier abandonné à restaurer aux frais des contribuables, le gouvernement pourrait également essuyer des pertes encore plus importantes.

Les libéraux de Jean Charest avaient accordé en 2012 une garantie de prêt de 60 millions de dollars pour le démarrage du projet Québec Lithium. Investissement Québec a confirmé ce montant mardi, en précisant que celui-ci avait été attribué à la suite d’un « décret » ministériel, donc un ordre provenant directement du Conseil des ministres. Et cela ne tient pas compte des différents crédits accordés par Québec pour financer l’exploration.

Ce n’est pas tout. En 2014, une autre aide « temporaire » de 5 millions de dollars a été accordée par Investissement Québec. La société d’État voulait ainsi venir en aide à Québec Lithium, qui éprouvait de sérieux problèmes de « liquidités ».

« Nous sommes un investisseur patient, donc nous allons leur laisser la chance de se restructurer et de voir comment ça va se passer par la suite », a expliqué la porte-parole d’Investissement Québec, Chantal Corbeil. « On suit le dossier de près. On connaît très bien leur situation financière », a-t-elle ajouté.

RB Energy avait toujours six lobbyistes inscrits au registre québécois mardi. Leur mandat, en lien avec le projet Québec Lithium, signale que l’entreprise « considère maintenant l’ajout d’usines additionnelles pour la production de lithium ». Les lobbyistes souhaitent donc « explorer la possibilité d’octroi d’une aide financière à être déterminée au soutien de possibles nouveaux investissements ». Il n’a pas été possible de savoir mardi si une aide supplémentaire a en effet été accordée par Québec.

Qui plus est, le site de Québec Lithium a connu deux incidents nécessitant l’intervention du ministère de l’Environnement, et ce, en à peine plus d’un an. Un premier déversement de 50 millions de litres provenant du parc à résidus miniers s’est produit en mars 2013, en raison de la rupture de la membrane censée empêcher les fuites. Un second déversement, celui-là de 500 000 litres, a eu lieu en juin dernier. Cette fois, une conduite transportant des résidus s’est brisée.

Lithium prometteur

Le projet Québec Lithium avait pourtant été présenté, par ses promoteurs, comme un élément très prometteur pour le développement minier de la province. Au moment de lancer la production de lithium, au début de 2013, le propriétaire de l’époque, l’ontarienne Canada Lithium, croyait en effet pouvoir en faire une mine de classe mondiale. Avec, à la clé, des millions de dollars de redevances pour le Trésor public.

L’objectif était alors de produire chaque année plus de 20 000 tonnes de carbonate de lithium, soit 12 % de la production mondiale. Avec des réserves prouvées et probables de 17 millions de tonnes, l’exploitation devait permettre d’extraire une valeur brute de plus de 2 milliards de dollars sur une période de 15 ans.

Reste maintenant à voir si RB Energy parviendra à relancer son projet ou si un acheteur sera intéressé. Après tout, le marché pour le lithium est en pleine croissance, en raison de la multiplication des téléphones cellulaires, des ordinateurs portables et des véhicules hybrides.

En théorie, le gouvernement du Québec ne devait par ailleurs plus se retrouver pris avec des sites miniers laissés à l’abandon. Une garantie financière couvrant 100 % des coûts de restauration — exception faite des fosses à ciel ouvert — est exigée pour la restauration des sites miniers.

Les contribuables ont tout de même à leur charge tout près de 700 sites miniers abandonnés. La facture totale pour restaurer l’ensemble de ceux-ci est évaluée à 1,2 milliard de dollars. C’est l’équivalent de 10 ans de redevances minières, en se basant sur les prévisions pour cette année. Mais le gouvernement n’a jamais présenté de plan permettant de déterminer quand sera complété le nettoyage de cet héritage toxique.

45 commentaires
  • Djosef Bouteu - Inscrit 22 octobre 2014 00 h 20

    Plan Mort

    Des milliards de dollars en subventions et en congés de redevances aux minières accordés par le PLQ pour son spectacle politique hautement déficitaire du plan nord.

    Et ça va continuer avec Couillard, qui a déjà siégé sur le CA d'une compagnie minière. En effet, c'est en 2009 que Philippe Couillard est nommé au CA de la société minière Canadian Royalties. Il y a siégé avec nul autre qu'Arthur Porter. En fait il a travaillé avec M. Porter pendant des années jusque dans les services de renseignements canadiens, d'où il fut «remercié» pour ses relations étroites avec l'Arabie Saoudite.

    Qui se ressemble s'assemble.

  • simon villeneuve - Inscrit 22 octobre 2014 01 h 14

    De grace, j'espere la majorite des quebecois n'est pas surprise !

    Et ca promet pour la suite sur le plan nord ...

    • Murray Henley - Inscrit 22 octobre 2014 17 h 40

      Le rêve vert de Jean Charest tourne au cauchemar

      À l'époque de l'annonce de cet investissement du Gouvernement dans Québec Lithium, on nous a présenté le projet comme un élément de la filière de la voiture électrique.

      L'électrification des transports fait partie de la stratégie du gouvernement du Québec pôur "lutter" contre les changements climatiques.

      Il est paradoxal de réaliser que le flop de ce projet minier a d'importants impacts négatifs sur l'environnement.

  • André Leblanc - Inscrit 22 octobre 2014 04 h 29

    Le lithium est toujours la

    La demande est de plus en plus forte. Une nouvelle technologie permet la charge de batteries LI-ION a 70% de capacité en 2 minutes. Pour 20 000 cycles.
    La dépense pour la restauration des sites abandonnées est a peu pres la meme que pour les eoliennes mais me semble plus utile.

    • Pierre Langlois - Abonné 22 octobre 2014 11 h 29

      Les sites d'éolienne seront restaurés au frais des propriétaires (compagnies privées)...Donc on a une assurance car elles ont un contrat d'achat par Hydro-Québec...

      Là on a une faillite sans que n'ait été versée le montant du Fonds dédié à la restauration des sites...Et on a une valse de propriétaires...

  • Francois Cossette - Inscrit 22 octobre 2014 06 h 46

    Pas vraiment une surprise !!!!

    Voila ce que nous réserve le fameux plan nord de charest et du plq.

  • Pierre Couture - Inscrit 22 octobre 2014 06 h 51

    Et que dire des éoliennes?

    Que pensez-vous que les compagnies éoliennes seront tentées de faire lorsque les 20 ans de subventions garanties approcheront de leur échéance?

    Croyez-vous qu'elles vont se dire avec une belle unanimité : "nous ne pouvons laisser derrière nous les affreux dégâts et les montagnes d'acier et de béton qui nous ont rapporté tant de milliards. Vite dépensons les dizaines de millions qu'il faut pour tout remettre en état. Ce serait dommage de laisser aux pauvres contribuables qui nous ont tant aidés ces charges supplémentaires."

    Croyez-vous vraiment que c'est ce qui se passera?

    • Jean Richard - Abonné 22 octobre 2014 11 h 31

      Les éoliennes n'ont probablement rien à voir là-dedans...

      On doit pourtant se poser des questions. Qu'y a-t-il derrière les étranges politiques d'électrification des transports du gouvernement du Québec, en particulier celle mise en place par le précédent gouvernement ?

      On mise au moyen de très généreuses subventions à favoriser la voiture individuelle électrique, voiture rechargeable à forte consommation de batteries au lithium. Comprenons qu'on vendra beaucoup plus de lithium pour emmagasiner l'électricité dans 50 voitures individuelles que dans un seul autobus (et infiniment plus s'il s'agit d'un trolleybus).

      Et même dans le transport collectif, pour lesquelles les ressources allouées ne suffiront même pas à maintenir leur part modale au cours des années à venir, pourquoi a-t-on écarté des solutions éprouvées à alimentation directe pour s'orienter vers les solutions rechargeables ? Pourquoi a-t-on écarté le trolleybus au profit d'autobus rechargeables dont la technologie reste à mettre au point, et sachant que de tels autobus (les rechargeables) auront un impact négatif sur le service (il faudra prévoir un temps d'arrêt plus long en bout de ligne pour recharger les batteries, ce qui veut dire des chauffeurs payés plus longtemps pour attendre). Les trolleybus sont moins énergivores que les autobus rechargeables et la technologie est éprouvée, en même temps que relativement peu coûteuse.

      Pourquoi a-t-on mis au rancart tout projet de tramway (à alimentation directe), sachant que de tous les modes de transport urbain, c'est probablement le moins énergivore et que sa technologie est très bien rodée ?

      Cette politique douteuse d'électrification est-elle manigancée par les exploitants d'éoliennes ou par les minières du lithium et l'industrie des batteries ? Il faudrait éviter de dresser les éoliennes en épouvantail, des fois que ça cacherait les véritables vampires.

    • Pierre Langlois - Abonné 22 octobre 2014 11 h 36

      C'est Hydro-Québec le client exclusif des parcs éoliens. Donc nous avons une certaine emprise sur ces compagnies.

      Complètement différent du contexte d'exploitation minière. Le débat ne me semble pas se situer à ce niveau. Nous avons un gouvernement qui donne des subventions, appuie concrètement la minière en difficulté et ne reçoit pas les fonds dédiés au rétablissement du site...qui sera sans doute assumé par nous bons contribuables...

    • Diane Veilleux - Inscrite 22 octobre 2014 13 h 11

      La différence fondamentale entre les éoliennes et les minières est que de tout temps, les minières nous ont systématiquement légué leurs cochonneries après nous avoir syphonné sans que ça nous rapporte vraiment quelque chose sans compter que nous innocents de gouvernements nous refile la facture des subventions versées. 700 sites à décontaminer ça ne vous suffit pas.

    • André Leblanc - Inscrit 22 octobre 2014 14 h 41

      M. Langlois dans les deux cas les payeurs restent les memes.
      En plus pour certains des investissement perdus.
      Je ne me plain pas c'est les risques, J'aime mieux prendre des risques que de critiquer ce qui n'amene rien de positif.

      Tant qu'a depenser des sommes de proportions bibliques dans les eoliennes, pourquoi ne pas les investirs a retabblir ces sites.

      Plus productif, surement trop simple.