Il faudrait 83 ans pour tout restaurer

La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, avait annoncé l'an dernier que ce serait aux Québécois de payer la facture pour restaurer les sites miniers abandonnés.
Photo: Pedro Ruiz - Archives Le Devoir La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, avait annoncé l'an dernier que ce serait aux Québécois de payer la facture pour restaurer les sites miniers abandonnés.

Résultat de décennies de négligence environnementale, les sites miniers abandonnés continueront longtemps de faire partie du paysage québécois. Si Québec continue les travaux de restauration au rythme actuel, il ne faudra pas moins de 83 ans pour venir à bout de cet héritage toxique, pour un coût dépassant le milliard de dollars. Et la facture sera assumée uniquement par les contribuables.

 

Les informations obtenues par Le Devoir en vertu de la Loi d’accès à l’information précisent qu’au cours de la plus récente année financière, soit 2012-2013, Québec a injecté un peu plus de 15,6 millions de dollars dans le nettoyage et la décontamination des sites miniers laissés à la charge de l’État au fil des ans.

 

Depuis que le gouvernement a inscrit ces sites contaminés aux comptes publics, en 2007, 86,2 millions de dollars ont été dépensés, indiquent aussi les données transmises par le ministère des Finances et de l’Économie. Cela représente une moyenne annuelle de 14,3 millions de dollars. Un pic de plus de 17,4 millions de dollars a été atteint en 2007-2008, et un creux de huit millions a été atteint en 2010-2011.

 

En supposant que le gouvernement maintienne le rythme moyen actuel d’investissements, il faudra au moins 83 ans pour venir à bout des travaux. Lorsqu’ils étaient au pouvoir, les libéraux avaient répété à plusieurs reprises que le tout serait terminé en 2017, mais sans présenter de plan d’action.

 

1,2 milliard de dollars

 

Selon l’estimation de Québec, la facture totale pour la restauration des sites pourrait atteindre 1,2 milliard de dollars. Si le montant dépasse le milliard, c’est notamment parce que le gouvernement est forcé de s’occuper d’un total de 698 sites, selon la plus récente évaluation disponible. De ce nombre, on compte 198 sites d’exploitation, dont au moins une cinquantaine ont besoin de travaux de décontamination qualifiés de « majeurs » par Québec.

 

Des travaux de restauration ont d’ailleurs été entrepris en priorité sur ces sites problématiques. C’est le cas du site Manitou, le pire de la province entre les mains de l’État. Les 11 millions de tonnes de résidus miniers acides de cette ancienne mine de zinc et de cuivre se sont dispersés dans tout le secteur, situé au sud-est de Val-d’Or. Cela a eu « un impact majeur », selon Québec. Or, le dernier détenteur des droits miniers a déclaré faillite en 2003. Le gouvernement a donc élaboré un projet de restauration de 47 millions de dollars échelonné sur 12 ans. Il vise à restaurer le site Manitou en recouvrant ses résidus avec les résidus miniers de la mine Goldex, de l’entreprise Mines Agnico-Eagle.

 

Plusieurs autres sites sont situés en Abitibi-Témincamingue, une région où l’industrie minière est très présente depuis plusieurs décennies. Dans certains cas, des métaux lourds doivent être récupérés, notamment pour éviter davantage de « migration de la pollution ». Bien souvent, de l’équipement a été laissé à l’abandon, ou encore des camps miniers entiers.

 

L’État doit aussi décontaminer un total de 488 sites d’exploration minière. Seulement au Nunavik, on compte 275 de ces sites, dont 18 sites ont été classés « majeurs ». « Des travaux d’entretien et de suivi environnemental peuvent être nécessaires et sont effectués au besoin. Ces sites sont inspectés régulièrement », précise le ministère des Ressources naturelles.

 

Facture aux Québécois

 

La totalité de la facture des travaux de restauration sera assumée par les contribuables québécois. Sur ce point, le Parti libéral et le Parti québécois ont adopté, au final, la même façon de faire.

 

Les libéraux ont toujours refusé de mettre l’industrie minière à contribution pour tenter de réduire la facture devant être assumée par l’État. Lorsqu’elle était dans l’opposition, Martine Ouellet avait dénoncé cette position du gouvernement Charest. Elle avait alors évoqué l’idée de faire contribuer les entreprises minières actives au Québec, possiblement en leur imposant une taxe spéciale.

 

L’an dernier, la ministre des Ressources naturelles a toutefois admis que ce sont les Québécois qui paieront toute la facture. Selon Mme Ouellet, les entreprises contribuent déjà aux finances de l’État québécois par l’entremise des redevances qu’elles versent. « On a décidé de mettre une redevance, a expliqué Mme Ouellet. La redevance revient à l’État. Ensuite, comment utilise-t-on cette redevance ? La redevance peut aller dans les coffres de l’État, dans le fonds des générations ou dans le fonds consolidé. Après ça, c’est l’État qui finance les différentes activités qu’il doit financer. »

 

On ne sait pas quelle part des redevances minières sera redirigée pour nettoyer les dégâts environnementaux de l’industrie. Depuis qu’il a pris le pouvoir, le gouvernement Marois n’a pas présenté de plan précis concernant la restauration des sites à sa charge, malgré les intentions annoncées. Toutefois, dans le dernier budget provincial, le gouvernement a indiqué qu’il consacrerait dès cette année, et pour les années à venir, un total de 23 millions de dollars à la « gestion de l’activité minière » et du « patrimoine minier ». Si ce rythme d’injection de fonds publics se concrétisait, il faudrait 52 ans pour achever les travaux sur tout le territoire.

 

En théorie, le Québec ne devrait plus se retrouver aux prises avec des sites miniers abandonnés dans le futur. Selon les règles fixées par le gouvernement Marois, une garantie financière couvrant 100 % des coûts est désormais exigée pour la restauration des sites d’exploitation et son versement doit être fait dans les deux ans suivant l’approbation du plan de restauration.

 

Pour régler le cas des sites orphelins qui sont à la charge de Québec, la Coalition Québec meilleure mine a déjà proposé l’adoption d’une redevance spéciale d’environ 1 % pour financer un fonds de restauration des sites miniers abandonnés au Québec.

42 commentaires
  • Pierre Valois - Abonné 11 mars 2014 01 h 21

    La perversité d'un raisonnement

    Par quelle sorte de raisonnement pervers tous les gouvernements ont-ils pu croire défendable la position des minières de ne pas être responsables de leurs activités?

    Devrais-je raisonner de même manière, en me permettant tout et n'importe quoi sous le prétexte que je paie mes impôts et mes taxes.

    Vraiment, il n'y a qu'au Québec qu'un braconnier paie plus cher pour avoir tué un orignal en temps prohibé par rapport à ce que déboursent les minières pour leur inconduite la plus ignoble qui soit en matière de protection de l'environnement.

  • Mario Leroux - Inscrit 11 mars 2014 03 h 02

    Restauration

    Pas de panique pour la restauration de la majorité des sites miniers abandonnés puisque leurs présences se situent en zone éloignée de toute habitation au Nord du 50 ième parallèle.Qu°on priorise la restauration des sites situés près de villes comme Val d°Or,Malartic et Rouyn-Noranda.Le titre de cet article est alarmiste inutilement.Finalement,où est le Ministre de l°Environnement dans ce dossier?

    • Raymond Chalifoux - Abonné 11 mars 2014 06 h 41

      Si cet article a quoi que ce soit d'alarmiste, alors vous êtes dans le déni pathologique!

    • Pierre-Antoine Ferron - Inscrit 11 mars 2014 06 h 44

      Vous avez adressé le problème de facon logique....comment osez-vous? Lol.

      Merci.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 11 mars 2014 07 h 57

      Le ministre de l'environnement est occupé à développer son partenariat avec les entreprises pétrolières: « Je ne suis pas là pour dénoncer, condamner ou reprocher. Je suis là pour être un partenaire de prévisibilité pour les entreprises.» - Y. F. Blanchet

      http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-s

      M. Leroux, c'est vrai qu'ils sont moins nombreux et généralement traités comme des humains de seconde zone, mais il y a des autochtones au nord du 50e parallèle.

    • Serge Grenier - Inscrit 11 mars 2014 09 h 24

      Monsieur Leroux, vous dites : «en zone éloignée de toute habitation».

      Justement, l'environnement de ces régions éloignées n'avait rien demandé à personne et n'avait fait de mal à personne. C'est nous qui sommes allés le perturber, c'est à nous de le réparer.

    • Mario Leroux - Inscrit 11 mars 2014 09 h 32

      J°ai personnellement participé à la restauration d°un site minier abandonné près de la mine Raglan qui exploite du nickel.C°est le politique qui nous a amené là.....il n°y avait aucune urgence et ça a coûté plus de 300000$ aux citoyens.Ce site était situé au 61ième parallèle et aucun humain y vit.Calculez-moi la densité de population au nord du 50ième parallèle et vous M.Chalifoux,vous pourriez demeurer poli.

    • Christian Fleitz - Inscrit 11 mars 2014 10 h 21

      À l'évidence, vous êtes compulsivement un partisan du ''les profits au privé, les coûts au public'', vous avez bien compris la logique néolibérale que vous défendez. À trop faire l'autruche et ne pas voir la réalité des responsabilités environnementales, vous acceptez la transformation du Québec en vaste poubelle, avec le développement des zones potentiellement dangereuses pour la vie, qu'elle soit humaine, animale ou végétale.
      Les compagnies doivent être astreintes aux remises en état de l'environnement après leur exploitation des sites, même si cela réduit les dividendes de leurs actionnaires. De même, si elles prétendent que les ressources primaires reçoivent une demande moindre actuellement pour accroitre leurs avantages, ce n'est que du chantage : le capital que constitue le secteur primaire n'est pas à brader. Une conjoncture défavorable n'est pas éternelle, il suffit d'attendre la reprise de la demande. Les coûts d'exploitation doivent prendre en compte la restitution d'un environnement restauré et si la fuite après exploitation est malheureusement monnaie courante, c'est à la gouvernance d'organiser la répression de telles pratiques... ''Des exempts, des procureurs,...'' pourquoi pas des cellules, puisque les gibets ne sont plus dans l'air du temps.

    • Mario Gauthier - Inscrit 11 mars 2014 11 h 14

      "Aucun humain y vit..."

      C'est un critère objectif et valable pour polluer tout ce qui se trouve sur les sites sans y regarder de trop près, ça?

      Et, bien sûr, c'est "le politique" qui a dû mener la situation que vous décrivez. Parce qu'il n'y a sûrement eu aucun lobbying de la part des minières pour exploiter ce site, ni de traffic d'influence, ni quoique ce soit du même acabit?

      "Il n'y avait aucune urgence"...écrivez-vous aussi.

      Est-ce à dire que tout territoire exploitable, s'il est loin de tout, est potentiellement une vaste poubelle que l'on gère uniquement en situation de crise ou d'urgence?

      Il me semble que des arguments de cette nature sont irrecevables.

      Mais il est vrai que le néo-libéralisme mène le monde. À sa perte, vraisemblablement, mais allègrement.

  • Guy Vanier - Inscrit 11 mars 2014 04 h 26

    Transparence!

    Mauvaises nouvelles, mais au moins nous savons ou nous allons.....Gros merci à Mme Ouellet. Ça nous permettra d'éviter d'en remette sur le tas.

    <Lorsqu’ils étaient au pouvoir, les libéraux avaient répété à plusieurs reprises que le tout serait terminé en 2017, mais sans présenter de plan d’action.>

    Avec couillard sera encore plus rapide...... 2013/2014??
    Votons PQ pour une majorité confortable.

    • Pascal Normandin - Inscrit 11 mars 2014 09 h 27

      Bonjour monsieur Vanier

      Je vous appuie dans votre requête de transparence. Comme contribuables, nous pourrions exiger de la première ministre que le PQ renonce à la motion extraordinaire qu'il avait déposée à l'Assemblée nationale qui annulait les dispositions de la Loi sur l'accès à l'information, pour qu'on puisse rendre publique l'entente avec Quebecor relativement à l'amphithéâtre de Québec.

    • Danielle Caron - Inscrite 11 mars 2014 09 h 47

      Et oui, et dans la foulée de cette même constatation de Mme Ouellet, le PQ en remet avec l'exploitation pétrolière sur l'île d'Anticosti.

      Je suis désolée, mais il y a franchement matière à s'interroger sur l'absence de suite dans les idées de ce gouvernement.

    • Richard Lépine - Abonné 11 mars 2014 13 h 16

      C'est pas le PQ qui veut mettre ses grosses bottes de pétrolier? Ouellet, Blanchet et l'autre qu'on commence déjà à oublier tellement il est devenu un écologiste d'arrière ban fantômatique, sans oublier Mc Kay, que font-ils réellement à part être permissifs et avaler toutes les couleuvres que leur parti leur dit d'avaler concernant l'environnement?

  • LAURENT PRADIES - Inscrit 11 mars 2014 05 h 23

    cohérent !

    Que je sache les compagnies ont agi sous couvert de gouvernements librement élus par des citoyens informés en situation de démocratie; de fait la situation actuelle a été voulue et approuvée par les citoyens québécois, il est donc normal qu'ils assument les conséquences des choix qu'ils ont faits ... qu'ils paient donc pour leurs actes !http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-s

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 11 mars 2014 07 h 59

      vous dites: «librement élus par des citoyens informés en situation de démocratie»

      Le système est construit pour s'assurer que 1. Le citoyen moyen ne soit PAS bien informé et 2. pour se dire que le gouvernement sait ce qu'il fait et que les écolos sont des extrémistes idéologiques que personne ne devrait écouter.

      Merci Québecor (et Gesca).

    • Jean-Marc Simard - Abonné 11 mars 2014 09 h 21

      Ce n'est pas grave, c'est le Gouvernement qui paie... Et la dette du Québec continue à s'alourdir...Et l'éventuelle faillite du Québec, qui va la payer ? Le voisin canadien ? Le voisin américain ? NON, le Gouvernement devra aller puiser dans les coffres de tous les profiteurs, de tous les milliardaires qui se sont enrichis à notre insue, quitte à les poursuivre aux quatre coins de la terre...Ils ne pourront pas se cacher bien loin, la terre est ronde...À moins qu'ils aillent se cacher dans l'espace, et là, je leur soufhaite bonne chance... Ce laisser-faire libéral achève...Une coalition de pays s'organisent pour interdire dorénavant les paradis fiscaux et récupérer les avoirs des profiteurs...Un Gouvernement ne peut pas faire faillite...Avant il passera les lois nécessaires pour responsabiliser toutes les compagnies fautives...Attention fraudeurs et exploiteurs de tout acabit, la révolution planétaire s'en vient...S'il faut guerroyer, nous le ferons...

    • Christian Fleitz - Inscrit 11 mars 2014 11 h 07

      ‘’ des citoyens informés en situation de démocratie‘’ ….
      Dans une Province dans laquelle les statistiques constatent que 55% de la population se situe sous le seuil de litterralité fonctionnelle et dont 5% des électeurs considèrent actuellement que la formation et l’éducation sont une priorité – cf. dernier sondages organisés à l’occasion des élections -, pensez-vous réellement que les électeurs sont assurément bien informés ? Capables de s'informetr utilement ? Il est clair qu’une action de fond est à entreprendre pour une conscientisation du ‘’votant’’ québécois, je ne dis pas ‘’citoyen’’ ce qualificatif impliquant une conscience républicaine incompatible avec l’actuel système politique.
      ‘’ N'imaginez pas que les lois les mieux combinées puissent faire un ignorant l'égal de l'homme habile, et rendre libre celui qui est esclave des préjugés’’- Marquis de Condorcet, dans ‘’rapport à la Convention Nationale sur l’éducation’’

  • LAURENT PRADIES - Inscrit 11 mars 2014 05 h 27

    je suis responsable

    je vote PLQ = les minières minent, s'en mettent plein les poches en détruisant tout = je paie par mes impôts pour la réparation des dégâts = je suis donc responsable et ravi de l'être .....
    je vote PQ ....même chose....

    • Raymond Chalifoux - Abonné 11 mars 2014 06 h 44

      Et il mène où, au juste, votre propos? Il vous reste 2000 caractères pour être un peu plus clair...

    • Jocelyne Bédard - Inscrite 11 mars 2014 08 h 09

      Au moins, le gouvernement Marois a réglé le problème pour l'avenir et ce, malgré l'obstruction du PLQ.

    • Danielle Caron - Inscrite 11 mars 2014 09 h 57

      @ Jocelyne Bédard

      "Le gouvernement Marois a réglé le problème pour l'avenir".

      Je m'excuse, mais à quel niveau ce gouvernement a-t-il réglé le problème? On parle ici d'un problème minier que l'on mettra 83 ans à régler.
      Dans le même souffle, ce gouvernement dit oui aux pipelines, oui à l'exploitation pétrolière sur l'île d'Anticosti qui implique la destruction d'un environnement qui devrait être protégé, etc. etc. etc.

      Cet article vise avant tout à jeter de la poudre aux yeux. Un sujet "bon coup" qu'on avait gardé pour diffusion en période d'élection. Et oui, il semblerait que ça fonctionne et que ça fasse oublier les "mauvais coups" qu'on s'apprête à faire de retour au pouvoir.