Halte aux projets, dit un rapport

Depuis une décennie, la demande pour l’électricité québécoise a plafonné, voire baissé. Et elle se vend aujourd’hui beaucoup moins cher qu’il y a dix ans, souligne-t-on dans le rapport obtenu par <em>Le Devoir.</em>
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Depuis une décennie, la demande pour l’électricité québécoise a plafonné, voire baissé. Et elle se vend aujourd’hui beaucoup moins cher qu’il y a dix ans, souligne-t-on dans le rapport obtenu par Le Devoir.

Québec doit absolument revoir en profondeur la stratégie de développement d’Hydro-Québec et freiner les projets hydroélectriques, mais aussi l’éolien, qui font perdre des milliards de dollars à l’État. C’est ce que conclut le rapport produit par la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec à la demande du gouvernement, et dont Le Devoir a obtenu copie.

Les auteurs du document soulignent qu’Hydro-Québec doit absolument réviser ses façons de faire en tenant compte du nouveau contexte énergétique nord-américain. Depuis une décennie, la demande pour l’électricité québécoise a plafonné, voire baissé. Et elle se vend aujourd’hui beaucoup moins cher qu’il y a dix ans, notamment en raison de l’exploitation du gaz de schiste aux États-Unis.

Or, pendant ce temps, la société d’État a augmenté sa capacité de production, rappelle la Commission, de sorte que le Québec est pris avec d’importants surplus. Ceux-ci ne peuvent être écoulés que sur les marchés d’exportation, à perte. « Le coût de l’énergie provenant des nouveaux moyens de production mis en service à partir de 2008 varie entre 6 ¢/kWh et 12 ¢/kWh. Cette réalité se traduit par une subvention annuelle aux producteurs d’électricité qui atteindra 1,2 milliard de dollars en 2017, aux frais des consommateurs d’électricité et des contribuables. » Cette facture annuelle devrait même passer à 1,4 milliard en 2020, puis à 2 milliards en 2025.

« Dans ces circonstances, la stratégie axée sur la construction de nouveaux projets (ouvrages hydroélectriques ou éoliens, notamment) est ruineuse pour le Québec. Ce sont non seulement la politique énergétique, mais aussi certaines orientations de politique industrielle qui doivent être repensées », affirme le rapport Maîtriser notre avenir énergétique, produit à la demande de la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet. Ce document, qui n’a toujours pas été rendu public, doit servir de base à l’élaboration de la future politique énergétique du Québec, projet phare du gouvernement Marois.

 

Freiner la Romaine

Les auteurs doutent fortement de la pertinence de poursuivre les travaux sur le chantier du mégaprojet hydroélectrique de la rivière Romaine, un projet de plus de 6,5 milliards de dollars. Ils pressent Québec d’étudier « sans délai l’opportunité de suspendre les investissements dans le complexe de la Romaine-3 et de la Romaine-4 ».

Le même genre de remise en question devrait prévaloir pour les contrats d’approvisionnement en éolien, en cogénération et en petite hydraulique, pour les infrastructures qui ne sont pas encore construites. Selon la Commission, « il ne fait aucun doute que le gouvernement du Québec doit immédiatement cesser les nouveaux appels d’offres pour la production d’électricité et qu’il doit annuler les contrats en cours de renouvellement ou alors les renégocier ».

Cette recommandation va à l’encontre des intentions du gouvernement Marois, qui a annoncé l’an dernier qu’Hydro-Québec achètera davantage d’énergie éolienne dès 2017. Cette électricité coûtera trois fois plus cher que le prix qu’obtient la Société d’État en la vendant sur les marchés d’exportation.

Le rapport propose d’ailleurs de revoir les façons de faire chez Hydro-Québec, de sorte que tout nouvel approvisionnement soit contracté sur la base du prix moyen des exportations d’énergie en période hors pointe. Ce prix est systématiquement moins élevé que le coût de la production d’électricité avec les nouveaux projets. Cette recommandation vise directement le bloc d’énergie éolienne à venir, mais aussi le renouvellement de contrats avec des petites centrales.

Par ailleurs, la Commission invite le gouvernement à rouvrir les contrats d’approvisionnement en électricité des alumineries. Sans aller jusqu’à remettre en question le tarif préférentiel dont bénéficie cette industrie, les auteurs du rapport estiment tout de même que Québec doit négocier « des conditions d’approvisionnement qui tiennent compte des capacités d’Hydro-Québec, des finances publiques du Québec, des retombées économiques et du contexte énergétique mondial ».

On suggère aussi d’étudier la possibilité de relancer Hydro-Québec International, notamment pour exporter l’expertise québécoise en matière de transport d’énergie.

Comme le révélait samedi Le Devoir, la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec presse le gouvernement d’opérer un virage très ambitieux dans notre façon de consommer l’énergie, un changement qui passe par une réduction draconienne de notre dépendance aux énergies fossiles. Elle propose d’ailleurs une série de moyens qui, s’ils étaient appliqués, transformeraient radicalement le paysage énergétique québécois. Ces projets ambitieux seraient coordonnés par une nouvelle société d’État, la Société pour la maîtrise de l’énergie du Québec

95 commentaires
  • jacques gelineau - Abonné 24 février 2014 06 h 04

    la fondation rivière vous avait averti

    En 2008 nous avions répété sur plusieurs tribunes que cela allait nous couter cher de poursuivre dans cette avenue du développement sans marcher et pourtant. Les politiciens ont applelés ça du développement économique, nous voilà maintenant au constat.................

    • Marc Bergeron - Inscrit 25 février 2014 15 h 00

      Par contre cette même fondation favorise une énerie extrêmement sale la biomasse et même le chauffage au bois. Le pire fléau de la planète pour la santé. Augmentation du smog qui pourtant nous sommes les champions du Canada en la matière par cette pollution néfaste pour nous tous. On a besoin d'un regroupement de scientifiques pour évaluer et non des fondations aux dogmes rigide. On a copier sur la France qui maintenant commence à interdire l'énergie du bois auquel il faisait la promotion. La foresterie choyez par bien des écolos qui refusent de voir et de considérer le volet santé qui ne correspond pas au dogme. Protéger la planète si on tue tout le monde par étouffement dans la boucane...? J'ai pas entendu la Fondation décrier les feux de forêt négligés l'an dernier qui a tuer un nombre impressionnant d'animaux et de flore bien audelà qu'une centrale électrique.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 26 février 2014 12 h 04

      La biomasse n'est pas nécessairement sale, M. Bergeron. Tous les pays qui effectuent un virage vers les énergies vertes incluent la biomasse comme une partie (souvent très minoritaire par rapport aux autres sources) de l'approvisionnement énergétique. C'est le cas en Suède et en Allemagne, deux pays où la conscience écologique est extrêmement poussée. Un appareil à combustion de biomasse efficace ne contribue pas au smog, effectuant une combustion complète.

      D'autre part, la biomasse est surtout envisagée en zone rurale, où le bois est déjà souvent utilisé comme source de chauffage dans des appareils beaucoup moins efficaces.

    • Marc Bergeron - Inscrit 26 février 2014 16 h 50

      Jean-Christophe Leblond voir Greene Peace sur le sujet. Quoi que je savais avant, mais peut-être vous allez les croire plus que moi. Pire que les 150 ans de pétrole. Cessons de copier les autres comme la France qui fut populaire et encourageait le chauffage au bois, plus de transport en commun et le diesel et voilà qu'il recule. On va interdire les feux dans l'îles de Paris,( bien entendu on va proposer des poêles plus vert comme si cela existait les gens sont bernés.) Une des première cause du smog avec leur fameux diesel.

  • Denise Lauzon - Inscrite 24 février 2014 06 h 18

    Le Gouvernement doit rapidement expliquer sa position

    Ça fait déjà un bon bout de temps que l'on nous dit qu'Hydro-Québec produit trop d'énergie et que cette surproduction a pour conséquence d'endetter davantage le Québec.

    Est-ce le prix à payer pour garder les travailleurs à l'ouvrage?

    Il faut que le Gouvernement actuel par la voix de la Première Ministre ou d'un(e) Ministre responsable se prononce le plus rapidement possible sur ce sujet. Les Québécois(es) ont droit de savoir de quoi il en retourne.

    • Jacques Moreau - Inscrit 24 février 2014 12 h 01

      Les surplus de capacité d'Hydro-Québec, je le vois comme une réserve, connue et disponible, et, tout compte fait, pas tellement onéreux, si on les compare au Stade Olympique de Montréal. Il pourrait être plus difficile d'inonder certain territoire plus tard. De plus j'ai plus confiance en l'énegie hydro-électrique que les "moulins à vents"; pensés par nos "biens-pensants" de l'écologie, en particulier. Les éoliennes me rappelle les centrales nucléaires que M. Parizeau utilisait pour contrer les barrages de la Baie James.

    • Louise Lefebvre - Inscrite 24 février 2014 13 h 00

      En effet une commission d'enquête sur l'énergie est essentielle pour connaître la face caché des décisions des libéraux...sûrement aussi catastrophique que la commission Charbonneau.

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 24 février 2014 06 h 47

    Le bilan de la stratégie ... Charest

    Ce rapport porte sur la réorientation de la stratégie énergétique. Et démontre que la stratégie des libéraux fut un désastre. Il faudrait un autre rapport pour documenter précisément qui a fait quoi dans ce désastre. Notamment sur la privatisation à la pièce de l'Hydro Québec (cental au gaz de Bécancours, Éolienne, petits barrages). Sans oublier la sur taxe de la collusion sur les grands travaux.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 24 février 2014 08 h 57

      Alors pourquoi le gouvernement Marois ne montre-t'il aucune intention de faire les choses différemment?

    • Michel Deshaies - Inscrit 24 février 2014 10 h 11

      @M.Leblond: peut-être parce qu'ils viennent juste de recevoir le rapport et qu'ils sont à élaborer la politique finale!! Ou parce que le rapport ne leur fait pas plaisir et qu'ils sont à élaboré leur façon de contourner le rapport sans se faire démolir.


      À vous de choisir, selon votre degré de cynisme envers la classe politique

    • Guy Desjardins - Inscrit 24 février 2014 11 h 39

      M. Michel Deshaies. Le Ministre des finances le dit lui-même qu'il c'est trompé dans ses calculs. Peut être que pour les chiffres il est meilleur pour leur faire dire n'importe quoi. Afin de redorer son blason. Pensez pas? C'est à suivre!

    • Serge Lemay - Inscrit 24 février 2014 13 h 13

      À M. Leblond, vous n'êtes pas sans savoir que déjà le gouvernement Marois a stopper la remise en état de Gentilly 2, c'est un premier geste qui a distingué la politique du PQ de celle de Charest.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 25 février 2014 04 h 54

      Promouvoir et réaliser de gros projets de construction est un bon moyen non pas d'abord pour créer des emplois, mais surtout pour faire, en favorisant la corruption et de la collusion, de gros sous...En ce qui concerne la Romaine, Charest a passé à la caisse et a encaissé...Quant à l'État il décaisse...

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 26 février 2014 12 h 05

      M. Deshaies,

      Ils ont attendu un mois avant de publier le rapport, et bon nombre de ses conclusions étaient déjà connues.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 26 février 2014 12 h 06

      M. Lemay, c'est plutôt le parti libéral qui a essayé de faire de la petite politique à la veille des élections pour gagner des votes autour de Gentilly, en supposant qu'ils ne l'auraient pas fermée. La fermeture de Gentilly était prévue de toute façon.

  • Albert Labranche - Inscrit 24 février 2014 06 h 57

    Un véritable succes

    Des séances publiques de consultations ont été menées dans tout le Québec pour aller à la rencontre des citoyens et des entreprises. Le calendrier initial, qui comptait 34 séances, a même été modifié afin de permettre au plus grand nombre possible de se faire entendre. Des séances aux Îles-de-la-Madeleine, à Québec, à Montréal, à Saguenay, à Shawinigan et à Sherbrooke ont été ajoutées puisque le nombre d’inscriptions y était particulièrement élevé.

    Au terme de ces six semaines de consultations :
    •47 séances publiques de consultations ont été menées;
    •15 régions administratives ont été visitées;
    •près de 300 intervenants ont été entendus pour présenter leur mémoire (58 citoyens, 65 entreprises, 31 institutions et 145 groupes);
    •environ 160 mémoires supplémentaires ont été transmis à la Commission;
    •plus de 460 mémoires ont été publiés sur le site Internet;
    •plus de 240 commentaires ont été compilés sur le forum en ligne;
    •14 guides de réflexion ont été remplis.

    Sur la base des commentaires recueillis, le gouvernement compte déposer en 2014 une nouvelle politique énergétique pour le Québec.

    Voir site pour la composirion
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  • Serge Grenier - Inscrit 24 février 2014 06 h 59

    L'heure des règlements de comptes approche

    Toutes les personnes qui nous ont délibérément plongé dans cette folle aventure de la croissance débridée au détriment de l'environnement et de la cohésion sociale auront bientôt à répondre de leurs actes.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 24 février 2014 09 h 00

      Selon moi, c'est bien clair ; le PLQ de JJ Charest de 2003 à 2012 , sans VISION d'AVENIR à long terme, juste pour faire illusion de prospérité et de faible chômage a décidé des faire des projets non requis et trop coûteux avec des ajouts allant à 30 % de surcouts !
      Si la division production d'Hydro avait eu à valider ses orientations et projets devant la Régie de l'Énergie tel que prévu à la loi originale plusieurs projets seraient restés dans les tiroirs.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 26 février 2014 12 h 08

      M. Thivierge, dans ce cas, exigeons du nouveau gouvernement qu'il mette fin à ces projets, qui saccagent à tout jamais le paysage du territoire que nous habitons, tout en brûlant des milliards de fonds publics.