Un virage radical est inévitable

En guise de mesures concrètes, le rapport de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec suggère d’opérer un véritable changement de culture en matière de transport, responsable de 30 % de la consommation d’énergie.
Photo: Annik MH de Carufel - Archives Le Devoir En guise de mesures concrètes, le rapport de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec suggère d’opérer un véritable changement de culture en matière de transport, responsable de 30 % de la consommation d’énergie.

La Commission sur les enjeux énergétiques du Québec presse le gouvernement d’opérer un virage très ambitieux dans notre façon de consommer l’énergie, un changement qui passe par une réduction draconienne de notre dépendance aux énergies fossiles. Elle propose d’ailleurs une série de moyens qui, s’ils étaient appliqués, transformeraient radicalement le paysage énergétique québécois.

 

Le Devoir a obtenu copie du rapport final produit par la Commission mise sur pied par la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet. Ce document de 300 pages est le résultat de travaux lancés en juillet dernier. Il a été remis le mois dernier à la ministre. Il doit servir de base à l’élaboration de la future politique énergétique du Québec, projet phare du gouvernement Marois.

 

Changements climatiques

 

Le rapport, intitulé « Maîtriser notre avenir énergétique », souligne d’entrée de jeu que le Québec doit rapidement prendre au sérieux la réalité des changements climatiques. C’est d’ailleurs pour cela que le gouvernement Marois s’est donné comme objectif de réduire de 25 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport à 1990, et ce, d’ici 2020.

 

Or, soulignent les auteurs du document, nous sommes en voie de rater complètement cette cible. « En l’absence de nouveaux moyens draconiens pour réduire les émissions, même l’objectif légal [de -20 %] ne sera pas atteint. » La Commission estime qu’au mieux, il serait possible « d’espérer les diminuer de 15 % d’ici 2025 ».

 

Si le Québec souhaite opérer un véritable changement de cap, il doit impérativement s’attaquer aux GES du secteur de l’énergie, qui constituent les trois quarts des émissions du Québec. La Commission propose une réduction « de 75 % d’ici 2050 ». Elle avance le même objectif « ambitieux » en ce qui a trait à la consommation d’énergies fossiles. Le gouvernement doit aussi se donner un objectif intermédiaire de réduction de 20 % d’ici 2025.

 

Si elle fait état d’objectifs importants, la Commission sur les enjeux énergétiques rejette l’idée de lancer dès maintenant le Québec dans l’aventure de la Bourse du carbone. Elle redoute « des flux d’argent économiquement désavantageux pour le Québec » en raison du « coût très inégal des réductions additionnelles d’émissions en Californie et au Québec ». Elle recommande de « suspendre l’application » du programme « jusqu’à ce que d’autres signataires, en particulier l’Ontario, se joignent à l’initiative ». L’Ontario n’a toujours pas fait savoir de quelle façon il pourrait éventuellement y prendre part, ni n’a fixé le moindre échéancier en ce sens.

 

Cette Bourse du carbone — dans laquelle le Québec est partenaire de la Californie — constitue une mesure phare du gouvernement Marois. Ce dernier compte sur ce système pour atteindre près de la moitié des réductions d’émissions prévues.

 

Transformer le transport

 

En guise de mesures concrètes, le rapport suggère d’opérer un véritable changement de culture en matière de transport, responsable de 30 % de la consommation d’énergie. En fait, cette question devrait être « au coeur » de la prochaine politique énergétique. Les auteurs estiment que cette politique devrait prévoir « un objectif de réduction nette » du nombre de kilomètres parcourus par véhicule par personne. Il importe aussi de se doter d’un objectif « spécifique » de réduction de la consommation d’énergie fossile pour le transport des personnes. Et même si « la propagation du transport électrique sera très graduelle », il faut soutenir son développement.

 

La Commission se montre en outre très critique de notre gestion du transport routier de marchandises, qui a connu une hausse marquée de ses émissions depuis 20 ans. « Les camions sont devenus des entrepôts mobiles grâce au faible coût de transport rendu possible par l’État qui subventionne le réseau routier bien plus que le réseau ferroviaire ou fluvial. » Dans ce contexte, Québec devrait adopter des objectifs de réduction de la consommation d’énergie par ce secteur. Le recours accru au gaz naturel fait partie des options à privilégier.

 

Et si certains remettent en question les investissements dans les transports en commun, le document produit à la demande de Québec est formel : « L’investissement massif dans les infrastructures de transport collectif des personnes pour le rendre attractif et fiable est aussi créateur d’emplois que la construction d’autoroutes, ce qui entraînerait un bénéfice social plus grand. »

 

Il faudrait aussi revoir en profondeur le développement du territoire, un aspect qui a toujours été négligé par les précédentes stratégies énergétiques. Les auteurs du rapport jugent nécessaire d’introduire la notion de « densification » dans la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme. Cela devrait signifier de restreindre l’étalement urbain galopant, ainsi que la construction de nouvelles routes et autoroutes.

 

Moins d’énergies fossiles

 

À l’instar de certains groupes environnementaux, les auteurs du rapport sont par ailleurs d’avis que le Québec peut viser « l’élimination complète » du mazout utilisé pour le chauffage en se tournant vers la biomasse forestière. Une telle initiative nécessiterait des investissements annuels d’un milliard de dollars. Des mesures sont aussi à envisager sérieusement pour faire en sorte d’accroître l’efficacité énergétique des bâtiments.

 

S’il préconise une réduction marquée de notre consommation d’énergie, le document ne tourne pas le dos aux projets de pipelines ni à l’exploitation pétrolière au Québec. On y plaide même pour la création d’une société d’État qui serait chargée de participer au développement. Mais tout en se ralliant à l’idée de mener des travaux d’exploration sur Anticosti, on souligne qu’« il ne semble pas opportun de commencer dès à présent l’exploitation à grande échelle ».

 

On prend aussi acte de la controverse suscitée par les énergies fossiles. « L’acceptabilité sociale n’est définitivement pas au rendez-vous pour ce qui est de l’exploitation des hydrocarbures fossiles, et aucune décision en ce sens ne peut d’ailleurs être prise en l’absence d’information solide sur l’importance des ressources exploitables et sur les impacts environnementaux. »

 

Afin de coordonner l’ensemble des efforts colossaux suggérés dans le rapport, on propose la création d’une société d’État, la Société pour la maîtrise de l’énergie du Québec, qui coordonnerait l’action du gouvernement. Celle-ci devrait bénéficier d’un financement annuel de plus de 600 millions de dollars. On estime aussi nécessaire de créer un « comité ministériel pour la maîtrise de l’énergie » présidé par la ministre des Ressources naturelles.

 

« Bien sûr, insistent les auteurs, les perspectives économiques découlant de cette orientation qui transforme les priorités affecteraient de nombreux acteurs économiques au Québec, en avantageant certains et en désavantageant d’autres. »

  • LAURENT PRADIES - Inscrit 22 février 2014 03 h 58

    Pour cela...

    Pour cela, il nous faudrait des politiques modernes et non noyés dans les mentalités des années 1960, il faudrait des individus altruites et non empêtrés dans leur cynisme et leur SUV ....mon SUV, ma vie ....
    bon courage

    • Danielle Caron - Inscrite 22 février 2014 09 h 18

      On ne saurait mieux dire.

    • Nicole Bernier - Inscrite 22 février 2014 11 h 10

      Vite que nos plus brillants gestionnaires et scientifiques se mettent à la tâche pour actualiser cette nouvelle direction...

      Je suis d'accord avec vous M. Pradièes
      Si le gouvernement Marois avait plutôt financé ce genre de projet au lieu d'investir dans une cimenterie qui va créer du chômage dans d'autres cimenteries du Québec et au lieu d'investir avec des compagnies privées pour trouver du pétrole sur Anticosti (deux annonces qui ont été faites juste après qu'ils aient reçu ce rapport), on aurait pu croire que ce gouvernement faisait face au présent en pensant à notre avenir, mais là, que peut-on conclure?

    • Serge Clement - Inscrit 23 février 2014 10 h 45

      Et moi aussi j'abonde dans le sens de M. Pradièes.
      Et pourquoi Mme Bernier, pensez-vous que Mme Marois et son Gvnt sont allés dans le sens qu'on sait maintenant, si ce n'est pour répondre aux différents besoin de la population, comme le disait M. Pradièes, "mon SUV, ma vie". Nos politiciens vont au rythme que la population peut supporter, accepter et apprécier. Des politiques révolutionnaires, malgré tout leur potentiel développemental et futuriste, ne peuvent actuellement être mises en place car nous ne sommes pas prêts, structurellement et pire, mentalement. Imaginez-vous un gvnt bien intentionné mettre en place des politiques socio-économiques égaliltaires, équitables, écologiques, etc, comme on les voudrait quoi! Ce gouvernement vivrait 4 ans d'enfer, jusqu'aux prochaines élections où ils seront lamentablement défaits par une population aigrie!
      Au-delà du courage politique, il faut également le momentum! Et avant de vilipander le gvnt Marois, souvenons-du des années d'obscurantisme de Charest.

    • Vincent Duhamel - Inscrit 23 février 2014 11 h 42

      Quelque chose manque dans ce rapport. Ils auraient pu mentionner le rôle de l'élevage dans la production de GES. À l'échelle mondiale, l'élevage est responsable de 18% des émission de GES. C'est plus que tous les transports combinés (voitures + avions + bateaux = 16%).
      Ref.http://bit.ly/1gCIHQE

      Une étude récente a démontré qu'une Grande-Bretagne qui s'alimenterait exclusivement de végétaux réduirait instantanément son emprunte carbone de 26%.
      Ref. http://bit.ly/1ftDvMj

    • Michel Richard - Inscrit 24 février 2014 16 h 00

      Ils auraient dû aussi mentionner le rôle de la respiration humaine, probablement un peu plus de 2 millions de tonnes par année, 6% ou 7% des émissions totales.
      Une Grande-Bretagne complètement dépeuplée réduirait substantiellement ses émissions.
      Mais voyez vous, on a le droit de vivre, et de s'amuser un peu.

    • Jérémie Poupart Montpetit - Abonné 24 février 2014 18 h 18

      @ Mr. Duhamel,
      faites attention avec cette étude (The relative greenhouse gas impacts of realistic dietary choices), les conclusions sont tout de même très nuancées et vous les interprétés de manière erronée.

      Cette étude comporte de nombreuses estimations qui peuvent être biaisées (les auteurs le reconnaissent en conclusion). De plus, les diètes évaluées sont non seulement "vegan", mais surtout constituées de produits locaux. (i.e: si la GB se met au Veganisme, ils devront augmenter leur importation, ce qui change la donne côté GES/diète).

      Finalement, ce "26%" tombe à plat lorsqu'on considère qu'il s'Agit d'une proportion ajustée du montant total des émissions de la GB. En effet, on parle ici de 26%... de 19% des émissions de la GB attribués à la chaîne alimentaire -> oui, il y a réduction, mais pour une diète drastiquement vegan chez tous les citoyens, on parle plutôt de -4% de GES pour la GB (et encore une fois, sans inclure les importations).

      Autrement dit, la conclusion se tient uniquement si on considère que les diètes Végé/Vegan proposées ne forcent pas la production supplémentaires de ressources sur le territoire et ont la même empreinte écologique que la production locale actuelle... ce qui tient de moins en moins dans le contexte d'une agriculture délocalisée résultant de la mondialisation.

      Bref, certes il y aurait probablement des avantages d'un point de vue écologique, mais la diète Vegan n'est pas aussi miraculeuse que ce que vous semblez interpréter.

  • Albert Labranche - Inscrit 22 février 2014 04 h 18

    L'école et l'eau

    Quand l'école etait au coin de la rue, pas d'autobus.
    Ceux qui vendent de l'eau en bouteille disent ''Ce n'est pas l'eau que vous payez, c'est le transport'' Alors..........facile
    Et si nous mangions en saison!!!!

    • Jean Richard - Abonné 22 février 2014 16 h 17

      Et on nous serine qu'au Québec, nous sommes dangereusement en retard sur le ROC parce que nous n'achetons pas tout en ligne. Et bienvenue aux innombrables camions de livraison qui font du porte-à-porte pour livrer des colis pas plus gros qu'une boîte de chaussures de bébé, et qui contiennent quelque chose qu'on peut probablement trouver à dix minutes de marche de chez soi. Ces achats en ligne ont multiplié le nombre de camions qui encombrent les rues.

  • François Ricard - Inscrit 22 février 2014 05 h 57

    Les camions

    Quelqu'un a-t-il déjà compté le nombre de camions qui font la navette entre les provinces maritimes et l'Ontario ?
    La seule véritable richesse qu'ils nous laissent est ce qui sort de chaque pot d'échappement de ces camions: des GES.

    • Lise Bélanger - Abonnée 22 février 2014 09 h 20

      Remarque pertinente!

      Que croyez-vous qu'il arrivera de ce transport lorsque le Québec sera un état autonone?

    • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 22 février 2014 09 h 38

      Vous oubliez l'usure des routes et les nids de poules.

    • Patrick Lépine - Inscrit 22 février 2014 11 h 05

      Et le ralentissement de nos propres transports sur les heures de pointes...

      Mais je dois admettre que c'est commode de pouvoir livrer de porte à porte de n'importe quel entrepôt à n'importe quel autre contrairement aux trains.

      L'étalement urbain est responsable de l'adoption de ce moyen de transport, mais l'inflation et la hausse de taxes et de valeur foncière est responsable à son tour de ce dernier. Il faudrait peut-être analyser et voir le rôle des villes dans le monde, à quoi ça sert de s'empiler ainsi?

    • Jean Richard - Abonné 22 février 2014 16 h 34

      @M. Lépine

      S'empiler ainsi ? On n'a jamais eu autant d'espace par individu qu'aujourd'hui. Et ça peut causer problème.

      La population de l'Île de Montréal a-t-elle progressé au cours du dernier demi-siècle ? Non, même si le nombre de logements a augmenté.

      1950, dans un quelconque village rural du Québec : dans chaque maison, il y avait 6, 8, 10 enfants, sinon davantage. Est-ce que chaque enfant avait sa propre chambre à coucher ? Non ! Les maisons n'étaient souvent pas plus grandes que bien des condos urbains d'aujourd'hui. Est-ce que le père et la mère avaient également chacun leur chambre à coucher ? Non ! Surtout que sous le plancher, c'était la cave, pas un sous-sol aménagé avec chambres et salle de séjour pour compléter le salon.

      Et quand le père sortait la bagnole pour aller faire un « tour de machine » ou visiter la grand-mère, l'espace vital de chacun, même si ces voitures-paquebots étaient grandes, se comparait à celui du métro en fin de soirée. On n'a jamais vu de voitures avec 12 ceintures de sécurité... Et aussi longtemps que la tête du gamin ne touchait pas le plafond, il voyageait souvent debout.

      À l'église, à la messe du dimanche, quand la famille n'avait qu'un banc, on était loin du confort des fauteuils de certaines salles de cinéma. Elle était longue la messe quand on était coïncé l'un contre l'autre.

      Alors, où est l'empilement ? On nous sort souvent ce mot comme si nous étions victimes de la promiscuité qu'il implique et qu'il justifiait la croissance sans fin de l'étalement urbain.

    • Serge Clement - Inscrit 23 février 2014 10 h 52

      J'ai déjà commandé et reçu 2 clés USB par camion (le camion vert/brun de je ne sais plus quelle compagnie.
      Je n'ai pas compris comment ça pouvait se faire, ça démontre le commentaire de M. Pradièes: Quand mon SUV et ma vie sont satisfaits, je mets mes oeillères et je continue par en avant (il semble qu'on puisse régresser en allant par en avant?)?

    • Michel Richard - Inscrit 24 février 2014 16 h 11

      M Richard,
      C'était quoi l'espérance de vie, en 1950 ? c'était quoi le taux de mortalité infantile ?
      Faut pas se souvenir seulement des choses qui aident notre argument. On est mieux qu'on était, aucun doute là dessus. Et c'est pas vrai que le retour en arrière est la seule solution aux problèmes que nous avons.

  • jeanguy rioux - Inscrit 22 février 2014 06 h 04

    energie

    je demande a la commission si le gouvernement offrirais aux personnes a leur pension un auto electrique moitie prix dans tout la province moi le premier je l'utiliserais moins de co2 disons 65 ans .....on espere

  • André Leclerc - Inscrit 22 février 2014 07 h 02

    Société pour la maîtrise de l'énergie?

    La commission, dans son rapport, explique-t'elle la valeur ajoutée d'une nouvelle société pour la maîtrise de l'énergie qui financée à coup de 600 millions viendra s'ajouter à toutes ces structures qui sont censées bien gérer nos ressources naturelles? N'est-ce pas le rôle du ministère justement de maîtriser la gestion de ces ressources, l'énergie comprise?

    • Nicole Bernier - Inscrite 22 février 2014 11 h 15

      Peut-être qu'il faut rapetisser le Ministère qui n'a pas vraiment su innover? Mais c'est vrai qu'il est possible de mettre sur pied une nouvelle structure qui ne saura pas innover, si c'est le cas, surtout quand on embauche des tricheurs et des petits amis, il est préférable de ne pas dépenser du tout...