À toutes les latitudes, chercher à s’adapter

Au Nunavut, le gel arrive quatre semaines plus tard qu’avant, ce qui rend, par exemple, la pêche sur glace moins sécuritaire. Chez les peuples autochtones, le manque de nourriture de sources traditionnelles entraîne la dépendance aux aliments industriels, ce qui crée des problèmes de santé tels que le diabète.
Photo: Agence France-Presse (photo) Geoff Robins Au Nunavut, le gel arrive quatre semaines plus tard qu’avant, ce qui rend, par exemple, la pêche sur glace moins sécuritaire. Chez les peuples autochtones, le manque de nourriture de sources traditionnelles entraîne la dépendance aux aliments industriels, ce qui crée des problèmes de santé tels que le diabète.

Qu’ils vivent dans le Grand Nord canadien, au Pérou ou en Ouganda, les peuples autochtones sont les premiers à pâtir du réchauffement du climat. Les chercheurs Léa Berrang-Ford et James Ford documentent les effets sur la santé de ces populations, l’une au sud, l’un au nord.

 

Le couple Berrang-Ford, marié dans la vie, tous deux chercheurs à l’Université McGill, a réussi à croiser ses intérêts de recherche en documentant les adaptations que doivent déployer les peuples autochtones pour réagir au bouleversement du climat.

 

Pour certains projets, ils se sont rendus quatre fois l’an dans des communautés autochtones du Nord canadien, du Pérou et de l’Ouganda pour observer l’impact des changements climatiques sur leur mode de vie et leur santé.

 

En 11 ans d’allers-retours nord-sud, James Ford a observé les mutations. « Au Nunavut, le gel arrive quatre semaines plus tard. La pêche sur glace est moins sécuritaire. Certains prennent plus de risques », observe-t-il, entraînant des blessures. Quand les sources de nourriture traditionnelles se tarissent, la dépendance aux aliments industriels s’accentue, posant des problèmes de santé comme le diabète, d’une part, et d’insécurité alimentaire en raison des prix élevés, d’autre part.

 

Les défis des communautés autochtones sont nombreux déjà. « Nous avons des indications voulant que les changements climatiques accentuent la détresse psychologique », constate M. Ford. « Nous devons comprendre le climat et les aider à s’y adapter » pour éviter que les problématiques actuelles ne soient multipliées, ajoute-t-il.


S’appuyer sur des savoirs ancestraux

 

« En Ouganda, les changements climatiques ne sont absolument pas une priorité dans l’esprit des gens que je rencontre, relate Léa Berrang-Ford. Ils veulent manger à leur faim, trouver de l’eau potable, soigner leurs enfants. C’est la première préoccupation. » C’est pourquoi la recherche doit s’attarder aux effets des changements climatiques sur la vie quotidienne et aux adaptations, parfois simples, requises. « Si la malaria s’étend et que sa saison de propagation s’allonge, c’est là qu’il faut agir », dit-elle. Il ne faut pas non plus construire des puits dans des zones appelées à s’assécher dans un avenir rapproché.

 

Au Pérou comme au Nunavut, le couple a observé que la transmission de savoirs millénaires permet à la jeune génération de s’adapter aux changements à venir. Les aînés montrent par exemple aux plus jeunes à juger de l’épaisseur de la glace, au nord, ou à se servir des plantes médicinales contre les infections de plus en plus présentes, au sud.

 

Ils observent aussi que les difficultés ne s’estompent pas lorsque les individus migrent vers les grandes villes comme Montréal. « Ce qui les rend vulnérables, ce n’est pas le climat en tant que tel, mais des facteurs sociaux comme la pauvreté ou l’isolement. Quand on ajoute les changements climatiques par-dessus ces problèmes préexistants, ils sont exacerbés », explique Mme Berrang-Ford.

 

Le couple concentre ses énergies sur les adaptations aux changements climatiques un peu par dépit. « Les gouvernements sont plus prompts à financer des mesures de mitigation des effets du réchauffement qu’à le prévenir, selon Léa Berrang-Ford. Pour prévenir, il faut s’entendre à l’échelle internationale, et on voit à quel point c’est difficile avec les récents échecs. Alors que l’adaptation est locale. Encourager l’adaptation, c’est moins politique, et nous avons vu s’opérer un virage clair en ce sens. »

 

Selon James Ford, ce sont plus de 100 milliards de dollars annuellement que les gouvernements du monde devraient investir pour préparer l’inévitable montée du mercure. « Nous sommes encore loin de cette cible », ajoute-t-il.

 

Et plus nous échouerons à prévenir l’accélération du réchauffement, plus il faudra investir pour s’y adapter, ajoute Mme Berrang-Ford.

7 commentaires
  • Nicole Bernier - Inscrite 4 janvier 2014 07 h 56

    "Et plus nous échouerons à prévenir l’accélération du réchauffement, plus il faudra investir pour s’y adapter"

    Très intéressant constat du contrôle politique sur la recherche universitaire... C'est évident que la recherche ne vise pas à dire la vérité aux politiciens qui détiennent les cordons du financement, surtout quand les fonctionnaires savent bien qu'ils doivent respecter les consignes de la direction qui veut protéger son statut en restant dans les bonnes grâces du pouvoir du moment... Il faut voir comment les sujets se ressemblent d'une université à l'autre... et comment leurs mouvements suivent la logique politique internationale imposée par les gouvernements occidentaux.

  • André Michaud - Inscrit 4 janvier 2014 10 h 13

    Survivre comme disait Darwin!

    Pour survivre, tous les animaux savent par instinct que lorsqu'il n'y a plus de quoi assurer sa survie à un endroit, il faut aller ailleurs.

    Ces gens doivent suivre la sagesse animale et aller vivre où ils auront des outils de survie: éducation, travail...

    Comme le disait si bien Darwin, le grand défi de tout être est de s'adapter aux nouvelles réalités ou disparaitre. Nier la réalité , oui penser que l'on peut retourner en arrière, conduit à la disparition.

    • Nicole Bernier - Inscrite 4 janvier 2014 12 h 03

      Autrement dit, M. Michaud, selon vous, si les gens résistent à la dictature, ils sont moins brillants et moins sages que les animaux?

      Ils vont aller où?

      Ici, où on va leur interdire de pratiquer leur religion de manière visible et leur interdire de manger la nourriture qu'ils aiment dans les hôpitaux, les écoles et les garderies... On va leur reprocher d'utiliser les services de santé gratuits. On va leur dire d'aller vivre ailleurs s'ils ne sont pas contents... etc.

      Qui nie la réalité? Vous ou eux?

      Quel est le niveau de violence que vous êtes prêt à justifier pour imposer votre vision du monde à tous ceux qui n'ont pas atteint, selon vous, votre niveau de développement, celui si prisé par votre système de croyance darwinien... système de croyance qui place les Occidentaux au sommet de l'échelle humaine...

      Avant, le fait d'être catholique justifiait toutes les violences du colonialisme et des conquêtes... maintenant les théories évolutionnistes remplissent la même fonction.

    • Marc Rainville - Inscrit 4 janvier 2014 12 h 18

      La lune semble offrir de vastes espaces vierges.

    • André Michaud - Inscrit 4 janvier 2014 15 h 53

      @ Mme Bernier

      Je ne parle pas de leur imposer par dictature quoi ce soit, mais de choisir librement d'aller où leur survie est possible, car la réalité de nord ne s'améliorera pas..

      et il faut aussi penser au futur des enfants. Ces enfants méritent d'avoir les mêmes chances que les autres canadiens. Comment réalistement leur assurer éducation et travail dans le nord?

    • Nicole Bernier - Inscrite 4 janvier 2014 17 h 52

      M. Michaud,

      En d'autres mots, nous allons continué notre mode de vie, à polluer l’environnement et à détruire le mode de vie des autres peuples parce que, nous, on veut vivre au-dessus de nos moyens et leur imposer de force que leurs enfants doivent aller dans les écoles occidentales enseignant les théories évolutionnistes qui disent que leurs ancêtres et eux sont des primitifs...

      Parce que les autochtones ou les autres peuples enracinées dans d’autres cultures civilisationnelles veulent continuer à vivre en harmonie avec la nature (lorsqu'ils y puisent quelque chose, ils essaient d'en conserver l'équilibre et parce qu'ils ne sont pas intéressés par l'abondance des petits bibelots qui ornent nos grandes maisons remplis d'objets), ils sont moins que des humains... car, pour vous, même les animaux en tentant de survivre change de territoire...

      Les autochtones ont démontré, mille fois, leur capacité de survie malgré la violence de la répression des colons venus pour maîtriser les sauvages et la nature sauvage pour enrichir leurs rois et/ou échapper à la misère...

      Cela me fait penser à la légende de l'Ile de Pâques où les hommes ont tout détruit l'environnement jusqu'au moment où ils n'avaient plus de ressource pour survivre...

      Si nous sommes de ces hommes qui détruisent sans réfléchir, nous sommes probablement plus bêtes que les animaux...

      Pour moi, ces intellectuels occidentaux qui justifient leur supériorité en s'appuyant sur les théories évolutionnistes reproduisent des croyances tout aussi difficiles à prendre pour des vérités scientifiques que les dogmes religieux.

  • France Marcotte - Abonnée 5 janvier 2014 17 h 26

    S'adapter alors qu'il faudrait réagir

    Quand l'adaptation est une capitulation.

    Mais on prépare le terrain pour qu'on se fasse à l'idée depuis un moment déjà.