Le moratoire sur le gaz de schiste en péril

«Le message est clair. Il n’y a pas de moratoire», a affirmé le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «Le message est clair. Il n’y a pas de moratoire», a affirmé le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet.

Réclamé par bon nombre de Québécois depuis plus de trois ans, le moratoire sur le gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent pourrait bien ne jamais se concrétiser. Péquistes et libéraux ne sont pas parvenus à s’entendre sur l’adoption du principe du projet de loi censé barrer légalement la route aux gazières, le temps de mener une évaluation environnementale de l’industrie.

« Le message est clair. Il n’y a pas de moratoire, a affirmé mercredi au Devoir le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet. En rejetant l’adoption de principe, ou même en repoussant l’adoption de principe, le Parti libéral et la Coalitionavenir Québec ont refusé le moratoire sur le gaz de schiste. Non seulement ça envoie un bien mauvais message aux gens qui vivent dans les régions où se trouve le gaz de schiste, mais ça envoie aussi un message aux entreprises gazières selon lequel elles peuvent peut-être recommencer à aiguiser la foreuse. »

 

Mardi en soirée, le ministre Blanchet a pressé les partis d’opposition à adopter le principe du projet de loi 37, intitulé « Loi interdisant certaines activités destinées à rechercher ou à exploiter du gaz naturel dans le schiste ». Le Parti québécois avait présenté en mai dernier ce projet censé imposer un véritable moratoire qui s’appliquerait uniquement pour les basses terres du Saint-Laurent et pour un maximum de cinq ans. Québec souhaite ainsi interdire les forages, mais aussi les « opérations de fracturation » essentielles pour tenter d’extraire le gaz de schiste.

 

Mais au terme de débats parfois très animés, le Parti libéral a refusé de répondre à la demande du ministre et la question est restée en suspens. Rien n’indique par ailleurs qu’elle pourrait se régler à court terme. M. Blanchet a d’ailleurs dit vouloir communiquer « directement » avec les citoyens des circonscriptions caquistes et libérales concernées par le gaz de schiste pour leur demander d’interpeller leur député.

 

Adoption « inacceptable »

 

Selon ce qu’a expliqué mercredi le porte-parole libéral en matière d’environnement, Gerry Sklavounos, il est « inacceptable » de devoir se prononcer sur le principe du projet de loi « avant la tenue de consultations particulières ».

 

Celles-ci auraient très bien pu être menées « depuis des mois », selon lui. Ces consultations doivent permettre d’entendre le point de vue de différents intervenants dans le dossier, comme des citoyens, des représentants de l’industrie gazière, des groupes environnementaux, des municipalités et divers experts.

 

M. Blanchet souhaite au contraire que les consultations soient menées après l’adoption du principe du projet de loi. « Les consultations peuvent très bien être menées après l’adoption de principe, a-t-il fait valoir mercredi. Au moins, nous aurions une indication de la part des partis d’opposition qu’ils sont disposés à aborder le sujet. La vérité, sur le projet de loi 43 [sur les mines] comme sur le projet de loi 37, c’est qu’ils ne veulent pas aborder le sujet. »

 

Le ministre estime d’ailleurs que les caquistes et les libéraux veulent refaire « le coup de la 43 », c’est-à-dire rejeter un projet de loi dès l’adoption de principe. C’est ce qui s’est produit la semaine dernière avec le projet de réforme de la Loi sur les mines.

 

Sans évoquer directement des liens entre les libéraux et le lobby de l’énergie fossile, M. Blanchet estime que l’opposition pourrait bien ne pas vouloir de moratoire « parce que les gens dont ils sont proches dans les soi-disant milieux économiques ne veulent pas de moratoire ». Il est vrai que lorsqu’il était au pouvoir, le Parti libéral a toujours refusé d’imposer un moratoire aux gazières, en soulignant que cela enverrait un mauvais message à l’industrie. Un discours défendu également par l’Association pétrolière et gazière du Québec.

 

Projet à bonifier

 

En entrevue au Devoir, Gerry Sklavounos a plutôt fait valoir que dans sa forme actuelle, le projet de loi 37 doit être amélioré. Il a ainsi déploré l’absence de toute la filière pétrolière dans ce moratoire. Après tout, a-t-il expliqué, il est question d’interdire la fracturation tant qu’on n’en connaîtra pas les impacts environnementaux. Or, c’est justement la technique que les pétrolières veulent utiliser sur l’île d’Anticosti dès 2014. Québec a déjà fait savoir que la fracturation serait permise sur l’île avant que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) n’étudie le dossier.

 

M. Sklavounos a aussi dénoncé la suspension des permis d’exploration détenus par les gazières dans la vallée du Saint-Laurent, et ce, sans compensation financière. Selon lui, une telle pratique « rappelle celles de régions dont on ne devrait pas s’inspirer ». Pour le moment, la majorité des permis détenus par des gazières leur coûtent 10 ¢ par année l’hectare. L’écoulement de la durée de vie des permis a en outre été suspendu jusqu’à nouvel ordre.

 

Les gazières ne risquent donc pas de perdre leurs permis, le temps que le gouvernement reçoive les résultats de l’évaluation environnementale stratégique commandée par le précédent gouvernement libéral. Le ministre Blanchet compte ensuite mandater le BAPE pour étudier cette filière énergétique très controversée.

 

Pour Québec solidaire, l’impasse actuelle autour du projet de loi 37 « est due à des enfantillages ». Le député Amir Khadir a d’ailleurs invité le gouvernement Marois « à comprendre qu’il est minoritaire et à ne pas faire le jeu de la mauvaise foi du PLQ et de la CAQ pour un enjeu aussi important que les gaz de schiste. Qu’il accepte de tenir dès maintenant les consultations ».

56 commentaires
  • LAURENT PRADIES - Inscrit 7 novembre 2013 03 h 42

    OH LA LA ! les grincheux

    Mais qui sont ces grincheux qui voudraient empêcher les pétrolières d'accélérer la destruction de notre pays ? ... j'ai hâte de voir à quoi cela va ressembler lorsqu'il ne restera plus rien de vivant...et puis, je pourrai parcourir cet espace de désolation avec mon 4X4 et mon skidooooo !!

  • Reynald Du Berger - Inscrit 7 novembre 2013 04 h 57

    On dort au gaz

    S'il est normal de consulter la population concernée, celle-ci doit d'abord être informée. Il s'agit ici d'une question d'abord scientifique et technique, et ensuite économique et politique. L'exploitation des gaz de shale chez nos voisins du sud rapporte des millions et des centaines de milliers d'emploi. On y a enregistré très peu d'accidents environnementaux , comparés aux retombées socio-économiques que toute étude de ce genre de projet doit placer dans les plateaux de la balance. La fracturation hydraulique s'est depuis quelques années fort améliorée et elle est devenue une technique beaucoup plus sécuritaire. Plutôt que de ré-inventer la roue, examinons les expériences américaines et tirons-en les leçons appropriées. Du gaz qui dort sous terre parce qu'on "dort au gaz" c'est de l'argent qui dort.

    • Hélène Thompson - Inscrit 7 novembre 2013 09 h 29

      Vous voyez, c'est ça le problème. On vous lit, tout est parfait, ce n'est presque pas polluant, c'est très payant, ça a bien été au États-Unis, ils sont contents. Ensuite on entends des américains qui vivent les gaz de schistes dire que c'est un désastre environnemental sans précédent, qu'ils sont malade, que leurs ruiseaux font des bulles et tout les poissons y sont morts, on retrouve aussi beaucoup d'oiseaux morts sur le bord des rives parce qu'ils ont bus de l'eau.
      On entend que ça a créé des jobs au début et puis finalement une fois que c'est installé, ça roule tout seul ou presque alors les jobs se perdent. Il y a tellement un écart si monstrueux entre ce que les pro-gaz et les anti-gaz nous disent que ça donne l'impression que vous ne parlez pas du même sujet.

    • Danielle Houle - Abonnée 7 novembre 2013 09 h 40

      Cher monsieur,
      De toute évidence vous ne connaissez rien au dossier ou bien vous travaillez pour une gazière. Que diriez-vous de boire une tasse de ce liquide de fracturation dont les composantes sont reconnues comme toxiques et cancérigènes ? Ceux qui habitent près des puits et qui ne sont pas déservis par l'acqueduc, boiront cette eau. Je vous invite à vous informer réellement et profondément. Si nous tirons des leçons de l'expérience américaine, il est clair que nous devons éviter à tout prix l'exploration des gaz de schiste et surtout la fracturation hyfraulique ou autre.

    • Jean Alfred Renaud - Inscrit 7 novembre 2013 10 h 20

      Vous oubliez, ou ignorer, d'importantes sources d'information étasuniennes, dont celles du professeur Anthony Ingraffea de l'Université Cornell, une autorité en la matière. Je vous soumets deux hyperliens pour mieux étoffer votre avis : Les faits selon Anthony Ingraffea de l'École de génie civil et environnemental de l'Université Cornell (http://www.youtube.com/watch?v=mSWmXpEkEPg); et son profil académique (http://www.cee.cornell.edu/people/profile.cfm?neti
      J'ai pensé que vous aimeriez savoir

    • Danielle - Inscrit 7 novembre 2013 10 h 32

      NON je ne dors pas au gaz, loin de là.

    • Patrick Lépine - Inscrit 7 novembre 2013 10 h 42

      Pour monsieur Berger Lac Mégantic est un désastre "québécois", pas américain...

      Ce fût un évènement pas du tout polluant bien entendu, et comme ça s'est produit durant les vacances, ça n'a tout simplement pas eut lieu.

      Et si jamais par hasard ça avait été le cas, regarder les avantages et retombées "socio-économiques"! Tout l'ouvrage que Pomerleau a récolté, sans compter les fonctionnaires à temps et demi ou temps double, dans une région dûrement touchée économiquement parlant par la crise... Ils ont même de la difficulté à entretenir les vieux rails de leur chemin de fer historiquement fournisseur d'emplois!

      Ne cherchez pas de billets pour aller voir le spectacle d'humour de monsieur Berger, c'est "sold out!"...

    • LAURENT PRADIES - Inscrit 7 novembre 2013 12 h 53

      Je suis d'accord ..tout pour l'argent , que l'argent, c'est pour ça qu'on est sur Terre...avoir plus d'argent et tout détruire...Hi ! hi ! Ce qui est cool aux Etats-Unis c'est que l'évaluation environnementale est la responsabilité des Pétrolières ...c'est comme si on demandait à un dictateur d'évaluer son propre respect des droits de l'Homme, eh hop plus des grincheux d'Amnesty international...et là hop ! ceux qui voudraient préserver notre pays, on tire la chasse !! Et là je dis...vive mon SUV !!

    • Louise Lefebvre - Inscrite 7 novembre 2013 14 h 25

      Je pense que vous dormez au gaz parce que de l'information sur les problèmes environnementaux aux USA il y en a plein les journeaux américains, des témoignages de familles américaines avec des problèmes de contaminations et des problèmes de santé il y en a plein sur intenet...alors enlevez vos lunettes roses et allumez!

    • Pierre-Antoine Ferron - Inscrit 10 novembre 2013 21 h 25

      Bien dit M. Du Berger,

      La tâche d'éduquer appartiens au gouvernement du Québec et à nous les vieux de la vielle. Ce sont plutôt de milliards de dollars qui sont en jeu. Le succès américain change la géopolitique et dérange certains milieux.

      Mes respects.

  • Michel Vallée - Inscrit 7 novembre 2013 05 h 12

    Il est aberrant d’autoriser la fracturation sans en connaître les impacts environnementaux

    -Québec a déjà fait savoir que la fracturation serait permise sur l’île avant que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) n’étudie le dossier-

    Non seulement qu’il est aberrant d’autoriser la fracturation sans en connaître les impacts environnementaux, mais de plus il me semblait que lors du dernier scrutin l’opposition à la fracturation faisait partie des promesses électorales du PQ de Mme Marois.

    • Danielle - Inscrit 7 novembre 2013 11 h 43

      Les impacts sont connus. L'opposition et la caq connaissent ces impacts, mais préfèrent faire la sourde oreille.

  • Caroline Moreno - Inscrit 7 novembre 2013 05 h 19

    Obstruction systématique

    Les libéraux, c'est le Canada dans le Québec ; ça ne marche pas.

    Vivement l'indépendance!

  • Francois Parent - Inscrit 7 novembre 2013 06 h 28

    Les Libéraux ne protège pas la population

    Les Libéraux sont des menteurs, ils ont tenté de nous faire à croire que l'amiante ne présentait pas un danger pour la santé parce que l'entrepreneur à financié son parti en échange de subvention. Et cela continu avec les gazières. Les libéraux ne protège pas les citoyens du Québec mais bien les entreprises qui rapportent du financement à leur parti.

    • Danielle - Inscrit 7 novembre 2013 09 h 34

      Les libéraux et caquistes protègent les compagnies et en on rien à cirer des citoyens.

    • Louise Lefebvre - Inscrite 7 novembre 2013 14 h 37

      Qu'est ce qui se passent avec ces libéraux, quand changeront-ils leur discours pro-gaz et pétrole...le médecin Couillard est-il déjà corrompu par l'argent et le pouvoir alors que les médecins des USA de plus en dénoncent et s'opposent à cette industrie...