Hydrocarbures: Pétrolia veut utiliser du gaz pour fracturer le sol d’Anticosti

L’île d’Anticosti est surtout reconnue comme un paradis de la chasse au cerf de Virginie.
Photo: Anik Boileau L’île d’Anticosti est surtout reconnue comme un paradis de la chasse au cerf de Virginie.

Pétrolia souhaite mener dès l’an prochain des opérations de fracturation sur l’île d’Anticosti en utilisant du gaz naturel pour tenter d’extraire d’éventuelles réserves d’énergie fossile. Cette technique, dont on ignore totalement les impacts environnementaux, n’a jamais été testée au Québec.

 

« On ne pense pas que l’on va fracturer à l’eau. On va fracturer avec du gaz », a affirmé André Proulx, président de Pétrolia, en entrevue à l’Agence France-Presse. Des propos qu’il a répétés sur les ondes de RDI dimanche. « L’eau, dans la roche que l’on a [sur cette île], empêche le pétrole de sortir », a-t-il fait valoir. Il s’agirait en fait de pétrole de schiste.

 

Risques environnementaux

 

En ayant recours au gaz, Pétrolia estime qu’elle n’aura pas à construire des infrastructures de traitement d’eaux usées sur la plus grande île du Québec. Le président de l’entreprise estime en outre qu’il sera possible de « récupérer tout le gaz » - du propane - injecté sous forte pression à des centaines de mètres de profondeur pour fracturer le sous-sol. Le méthane et les autres gaz s’échappant de la fracturation seront « captés » pour être ensuite commercialisés, a-t-il ajouté. Il a déjà été question d’utiliser ce gaz afin d’alimenter la Côte-Nord. Il pourrait y être acheminé par un gazoduc qui traverserait le Saint-Laurent.

 

Spécialiste des questions énergétiques à HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau estime que la fracturation par gaz « multiplie les possibilités de fuites fugitives de gaz » qui sont « pires pour l’effet de serre, car c’est du méthane qui s’échappe sans être contrôlé ». Le méthane est un gaz à effet de serre vingt fois plus puissant que le CO2.

 

Et en cas d’exploitation pétrolière sur l’île, il faudrait forer des milliers de puits. Selon une analyse produite par l’ingénieur géologue Marc Durand, les pétrolières devraient forer 12 000 à 15 000 de ces puits pour espérer extraire de 2 % à 3 % des possibles ressources d’or noir d’Anticosti. En plus des plateformes de forage, l’exploitation nécessiterait la construction de routes, d’oléoducs, de gazoducs et d’au moins un port.

 

Selon Pétrolia, des opérations de fracturation pourraient être menées dès 2014 et une première exploitation serait envisageable d’ici 2016. Junex, l’autre entreprise qui contrôle des permis d’exploration sur l’île, a elle aussi déjà évoqué la possibilité de fracturer le sous-sol l’an prochain.

 

Le gouvernement Marois a l’intention de laisser les pétrolières aller de l’avant avec l’exploration, mais en leur imposant un cadre réglementaire « rigoureux ». Le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet, s’est d’ailleurs montré ouvert à la fracturation. « Il faut être cohérent. On ne peut dire qu’on veut permettre l’exploration, mais qu’on ne permettra pas la fracturation. Ce n’est pas logique », a-t-il fait valoir au Devoir en mai dernier.

 

C’est seulement une fois que les entreprises auront mené l’exploration sur Anticosti que le gouvernement mandatera le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) pour étudier les risques de l’exploitation. On ignore totalement combien de forages et d’opérations de fracturation seront nécessaires avant de statuer sur la possibilité d’extraire du pétrole.

 

Entente confidentielle

 

Anticosti est surtout reconnue comme un paradis de la chasse au cerf de Virginie. Mais on y trouve aussi des rivières à saumon exceptionnelles. Et selon les données officielles du gouvernement du Québec, près d’une vingtaine d’espèces animales et végétales en péril se retrouvent sur l’île ou dans le secteur la ceinturant.

 

Pétrolia, qui a obtenu ses permis d’exploration en vertu d’une entente confidentielle avec Hydro-Québec, a inscrit neuf lobbyistes au registre québécois, dont l’ancien maire d’Anticosti. Dans leur mandat, on peut lire que « Pétrolia encourage le gouvernement à participer financièrement au développement du secteur des hydrocarbures, notamment par la mise en place de mesures fiscales ou budgétaires d’appui au secteur des services à l’industrie pétrolière ».

  • André Chevalier - Abonné 26 août 2013 04 h 22

    Laissons le pétrole là où il est!


    Plus le temps passe plus ces gisements prennent de la valeur à mesure que les réserves mondiales s'épuisent.

    Il serait plus sage et plus profitable à long terme de ne rien faire.

    Actuellement nous sommes approvisionnnés par des régions étrangères à un coût que nous sommes capables d'assumer collectivement. Lorsque ces pays auront pillé leurs réserves tout en dévastant leur territoire, nos gisements prendront énormément de valeur comme matière première pour nos industries pétrochimiques qui fabriqueront des matériaux indispensables plutôt que de faire partir le pétrole en fumée. À ce moment-là, nous disposerons probablement de méthodes d'extraction plus respectueuses de l'environnement.

  • Paul Marcoux - Abonné 26 août 2013 09 h 34

    Excellent commentaire

    Judicieux et bien dosé

  • Jacques Patenaude - Abonné 26 août 2013 09 h 59

    contre le "big gouvernement "?

    « Pétrolia encourage le gouvernement à participer financièrement au développement du secteur des hydrocarbures, notamment par la mise en place de mesures fiscales ou budgétaires d’appui au secteur des services à l’industrie pétrolière ».

    C'est drôle je pensais que les entreprises privées étaient contre le "big gouvernement" . En fait elles le sont uniquement lorsque ce sont les services aux citoyens qui sont en cause! subventionner les entreprises privées ça n'augmente pas le déficit? Pas de problème avec la dette? bizarre! Ça démontre toute l'incohérence du discours de ces capitalistes. Et n'aller pas nous raconter qu'ils créent de l'emploi. Les puits de pétrole sont peu ou pas générateurs d'emploi. Au plus ça maintiendrait des emplois existant pour quelques années supplémentaires. Les impôts et les redevances à l'État? Compter sur de bons comptables créatifs pour qu'ils soient minimes et ce qui restera on leur redonnera en subventions. Ils nous diront que ça va faire augmenter le PIB mais tout cet argent ira à quelques actionnaires qui pourrront de le cacher dans des paradis fiscaux.

    Je ne suis pas contre l'exploitation de pétrole à Anticosti si elle est avantageuse pour tout le monde mais pour le moment ça ne regarde pas bien et je dirais de moins en moins bien d'ailleurs. Pourquoi le gouvernement agit-il avant la consultation qu'il a prévu à l'automne sur la politique énergétique ?

  • Patrick Boulanger - Abonné 26 août 2013 10 h 06

    Attention Mme Marois!

    Le PQ ne veut pas de BAPE pour évaluer les risques environnementaux durant la période d'exploration et la pétrolière Pétrolia souhaite utiliser le gaz naturel pour ses opérations de fraturation sur l'île d'Anticosti. Selon Le Devoir, c'est une technique « dont on ignore totalement les impacts environnementaux ». À mon avis, si le PQ accepte ce type de fracturation, le cadre réglementaire « rigoureux » du PQ pour la période d'exploration ne vaut - ou ne vaudra (y en a-t-il un présentement?)? - pas grand chose!

    Attention Mme Marois, QS vous attend de pied ferme sur les questions environnementales lors du prochain scrutin!

  • F. Georges Gilbert - Inscrit 26 août 2013 10 h 59

    (Le BAPE étudiera les risques

    une fois que les entreprises auront mené l'exploration.)Est-ce que j'ai bien lu.
    Vos décisions sont de plus en plus questionnables et amèrement décevantes.
    Je regrette, car je n'aurais jamais voté pour ce genre de politique.

    • Patrick Boulanger - Abonné 26 août 2013 11 h 35

      Vous avez bien lu M. Gilbert!