Île d’Anticosti - La protection a pris fin en 2009 pour favoriser les pétrolières

Dans les années 1970, Québec comptait transformer le territoire d’Anticosti en réserve faunique.
Photo: Télé-Québec Dans les années 1970, Québec comptait transformer le territoire d’Anticosti en réserve faunique.

Le gouvernement de Jean Charest a levé presque toute restriction à l’exploration pétrolière et gazière sur l’île d’Anticosti afin de permettre à des entreprises privées de mener leurs travaux librement. Cette décision, prise en 2009, tranchait nettement avec la volonté de protection de la plus grande partie du territoire respectée par Québec depuis qu’il avait acquis l’île dans les années 70.

La ministre des Ressources naturelles et de la Faune de l’époque, Nathalie Normandeau, a ainsi levé « la soustraction au jalonnement, à la désignation sur carte, à la recherche minière ou à l’exploitation minière » de la majeure partie du territoire de la plus grande île du Québec. L’objectif des libéraux était alors de « rouvrir certains terrains à l’activité minière », selon ce qu’on peut lire dans un arrêté ministériel publié dans la Gazette officielle du 2 septembre 2009 et dont Le Devoir a pris connaissance.


Mais Québec n’a pas ouvert le territoire à toute forme d’exploration et d’exploitation minière. En fait, l’arrêté précise que « seuls le sable, le gravier, les roches utilisées comme pierre concassée, le pétrole, le gaz naturel et les réservoirs souterrains peuvent faire l’objet de recherche et d’exploitation minière ». Il faut savoir que la recherche d’hydrocarbures et leur éventuelle exploitation sont toujours encadrées par la Loi sur les mines. Il n’existe actuellement aucune législation propre à cette filière au Québec.


En ouvrant la quasi-totalité d’Anticosti aux entreprises qui recherchent des sources d’énergie fossile, les libéraux se sont trouvés à annuler un arrêté publié en mai 1974 par le gouvernement du Québec. Le document en question stipulait que tout le territoire de l’île était soustrait à toute forme d’exploration minière. À l’époque, le gouvernement - qui venait de racheter l’île d’Anticosti à l’entreprise Consolidated Bathurst pour un montant de près de 25 millions de dollars - comptait notamment transformer ce territoire en réserve faunique.


Des travaux forestiers ont cependant été permis et certaines zones restreintes ont fait l’objet de travaux d’exploration pétrolière, surtout de la part de la division Pétrole et gaz d’Hydro-Québec. Entre 2002 et 2007, la société d’État y a investi 9,8 millions de dollars, sans succès. Selon ce qu’a précisé une porte-parole mardi, quatre forages ont été réalisés avec l’autorisation du ministère des Ressources naturelles.


Pour le privé


La décision du gouvernement Charest d’ouvrir résolument la porte aux pétrolières était nécessaire afin de permettre aux entreprises Pétrolia, Corridor Resources et Junex de mener leurs travaux d’exploration. L’arrêté ministériel en question a d’ailleurs été signé par Mme Normandeau en août 2009, quelques mois à peine après que Québec eut délivré des permis d’exploration à Corridor Resources et Pétrolia, respectivement le 1er janvier 2009 et le 28 avril 2009.


Ces deux entreprises ont mis la main sur tous les droits qui étaient détenus par Hydro-Québec en janvier 2008, en échange d’une « redevance prioritaire » sur une éventuelle exploitation dont les détails n’ont jamais été rendus publics. Selon ce qu’on peut constater sur une carte préparée par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune dès avril 2008, les permis contrôlés par Pétrolia et Corridor Resources se situent essentiellement sur les zones ouvertes à l’exploration privée en août 2009.


Selon la plus récente évaluation disponible, le sous-sol visé par les permis détenus par Pétrolia et Corridor Resources pourrait renfermer pas moins de 30 milliards de barils de pétrole. Les deux entreprises paient un total de 61 956,40 $ par année pour conserver leurs droits d’exploration, selon ce qu’on peut constater dans le registre des permis du ministère des Ressources naturelles du Québec. Quant aux permis détenus par Junex sur Anticosti, ils pourraient contenir pas moins de 12,2 milliards de barils de pétrole. Au total, le sous-sol renfermerait donc plus de 40 milliards de barils, selon une estimation préliminaire.


Junex, qui a réalisé des levés sismiques au cours des derniers mois, compte forer cinq puits verticaux d’une profondeur maximale de 2000 mètres chacun en 2013. Il n’est pas question, pour le moment, de procéder à des forages horizontaux et à des travaux de fracturation. Junex et Pétrolia ont toutefois indiqué à plusieurs reprises que le sous-sol de l’île pourrait plutôt renfermer du pétrole de schiste, qui devrait être extrait par de telles opérations.


L’exploration pétrolière sur Anticosti suscite d’ailleurs des critiques. Certains, dont des résidents, redoutent l’arrivée de cette industrie lourde sur une île située en plein coeur du Saint-Laurent et qui ne possède pas les infrastructures nécessaires pour le transport de pétrole ou le traitement des eaux usées des pétrolières. Et selon les données officielles du gouvernement du Québec, près d’une vingtaine d’espèces animales et végétales en péril se retrouvent sur Anticosti ou dans le secteur la ceinturant. Sans oublier qu’il s’agit d’un site géologique unique en Amérique du Nord.


Une pétition d’opposition lancée sur le site avaaz.org a recueilli jusqu’à présent 21 825 signatures.

    • Daniel Bérubé - Abonné 12 décembre 2012 11 h 17

      Merçi pour l'adresse de la pétition ! ;-)

  • Marc Lacroix - Abonné 12 décembre 2012 06 h 27

    L'activité économique, un mal nécessaire !

    Les libéraux avaient préparé le chemin à des amis, mais j'ose espérer que le gouvernement actuel saura mettre des conditions strictes pour encadrer les activités de prospection et d'exploitation de cette ressource. Le Québec n'a pas à donner ses ressources à des intérêts privés sous prétexte de générer des emplois, tout comme il doit s'assurer que l'environnement soit respecté dans la mesure du possible.

    • François Ricard - Inscrit 12 décembre 2012 07 h 30

      S'il y a eu manigance ou vol pour nous spolier, nous avons droit à restitution.

    • Christian Fleitz - Inscrit 12 décembre 2012 10 h 12

      De toutes façons, comme trop souvent dans les affaires délicates au Québec, après un chassé-croisé de renvoi de responsabilités, la conclusion sera l'impossibilité de dégager une vérité, donc pas d'imputation! C'est de l'irresponsabilité!

    • Patrick Boulanger - Abonné 12 décembre 2012 10 h 32

      L'environnement doit être respecté « [...] dans la mesure du possible. » ? (Marc Lacroix)

      Je vous trouve bien conciliant sur la nécessité de protéger l'environnement M. Lacroix. J'ai l'impression que même Peter Kent serait d'accord avec vous sur l'importance de protéger l'environnement « dans la mesure du possible ».

  • François Ricard - Inscrit 12 décembre 2012 07 h 29

    La transparence

    "Ces deux entreprises ont mis la main sur tous les droits qui étaient détenus par Hydro-Québec en janvier 2008, en échange d’une « redevance prioritaire » sur une éventuelle exploitation dont les détails n’ont jamais été rendus publics. "
    Durant la campagne électorale, le PQ a promis de divulguer cette entente. Le public est en droit de connaître tous les dessous de cette affaire où le gouvernement PLQ a bradé nos ressources à des amis du parti, à des initiés, à d,anciens employés bien au courant du potentiel en cause.
    Ou verrons-nous un autre recul de Mme Marois?

    • Louka Paradis - Inscrit 12 décembre 2012 17 h 19

      Pas de procès d'intention SVP. En outre, un ajustement pour tenir compte de la voix citoyenne n'est pas un recul mais plutôt une indication d'ouverture d'esprit et de respect de l'autre. QS n'a pas le monopole de la vertu...
      Louka Paradis, Gatineau

    • François Ricard - Inscrit 12 décembre 2012 18 h 20

      "Pas de procès d'intention SVP: Depuis des années que nous demandons que l'on fasse la lumière sur cette transaction. C'est motus et bouche cousue.
      "tenir compte de la voix citoyenne": Depuis des années le PQ, la CAQ, le QS, l'ON demandent qu'on nous donnent l'heure juste en ce dossier.
      " QS n'a pas le monopole de la vertu..": qui l'a? Vous?

  • Yves Nadeau - Abonné 12 décembre 2012 08 h 08

    Et l'entente?

    Grâce au gouvernement Charest l'îleAnticosti est véritablement devenue un club privé: on accorde un permis et ensuite on change les règles de protection pour favoriser les activités des « amis ».

    Ceci dit, on attend toujours que soit rendue publique la fameuse entente « négociée » par Hydro Québec. Espérons la recevoir pour Noël! À défaut de quoi il faudra se demander si le Québec continuera à donner ses ressources pour une bouchée de pain. Serions-nous toujours à l'époque du « fer à une cenne la tonne » de l'ère Duplessis?

  • François Dugal - Inscrit 12 décembre 2012 08 h 14

    «Créer de la richesse»

    Le PLQ a fait tout son possible pour «créer de la richesse».
    Mais, au fait, à qui profite cette richesse?

    • Djosef Bouteu - Inscrit 12 décembre 2012 13 h 38

      Le PLQ a également fait tout son possible pour que la richesse créée reste bien loin de la collectivité.

      Ainsi la collectivité se retrouve avec les déboires financiers, un doublement de la dette sous les «champions de l'économie» libéraux, mais aucun des avantages financiers.

      Il a fallu beaucoup de «grogne» de menaces et de démagogie de la part du milieu des affaires et de l'opposition officielle, mais le PQ a fini par édulcorer l'essentiel des réformes qui touchaient aux privilèges fiscaux des plus riches.

      Je suis très déçu que l'entente ne soit pas encore publique. Pour moi c'est très révélateur des pratiques de l'industrie de tout faire dans le noir en cachette et de garder le public dans l'ignorance.

      Parce que quand on sait précisément comment on se fait voler, on sait précisément comment récupérer notre bien.