Symposium Ouranos - La lutte contre les gaz à effet de serre passe par le reboisement

Le reboisement est un excellent moyen de capturer du carbone libéré par l’activité humaine.
Photo: La Presse canadienne (photo) Darryl Dyck Le reboisement est un excellent moyen de capturer du carbone libéré par l’activité humaine.

Non seulement la communauté internationale doit se fixer des objectifs très ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais elle est plus que jamais face à l’obligation de trouver des moyens de capturer du carbone libéré en raison de l’activité humaine. Le reboisement fait indéniablement partie de la solution, selon ce qui ressort de la première journée du cinquième symposium organisé par le consortium de scientifiques Ouranos.

Officiellement, les discussions internationales autour de la lutte contre les changements climatiques se basent essentiellement sur l’objectif de contenir le réchauffement du globe à +2 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Mais il est tout simplement impossible d’envisager l’atteinte de cette cible ambitieuse sans réduire la quantité de carbone déjà présent dans l’atmosphère terrestre, a fait valoir lundi Greg Flato, chercheur à Environnement Canada.


Une partie de la solution résiderait selon lui dans une campagne internationale intensive de reboisement. Il a d’ailleurs rappelé que le fait de regarnir significativement les forêts des zones tropicales permettrait de capter beaucoup plus de carbone que des efforts dans les zones nordiques. Mais même le fait de bonifier de près de 50 % le couvert boisé, ce qui serait en soi un effort « extrême », suffirait à peine pour réduire la hausse du thermomètre de 0,3 °C, a précisé M. Flato.


Qui plus est, la hausse appréhendée de la température du globe risque d’être beaucoup plus importante que prévu. Dans un rapport publié dimanche, la Banque mondiale a dit redouter une hausse de 4 °C dès 2060, bien au-delà du garde-fou de 2 °C posé par la communauté internationale. Listant les dangers qui menaceraient alors la planète, l’institution a notamment prédit une aggravation des pénuries d’eau en Afrique de l’Est, au Moyen-Orient et en Asie du Sud. Aucune région ne sera épargnée, prévient toutefois le rapport.


Ces constats surviennent alors que la situation des forêts ne cesse de se dégrader rapidement à l’échelle du globe. La plupart des zones tropicales de la planète continuent de subir une déforestation massive, le plus souvent au profit de l’agriculture. Selon l’ONU, la déforestation compte pour près de 20 % des émissions de gaz à effet de serre.


Quant aux zones nordiques, dont le Québec fait partie, les efforts pourraient donner des résultats significatifs, selon Claude Villeneuve, titulaire de la chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi. « Le fait qu’on doive se diriger vers une réabsorption nette avant la fin du siècle, ça stimule beaucoup la reforestation. » Il estime qu’en reboisant une superficie de 4000 km2 au Québec, il serait possible d’effacer, sur 70 ans, 5 % des émissions industrielles incompressibles, comme les alumineries par exemple.


Conférence de Doha


Plus globalement, M. Villeneuve dit redouter que la conférence de Doha des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques ne débouche sur un autre échec, après celui de Durban. Si tel est le cas, il faudra de plus en plus se préparer à composer avec les impacts des changements climatiques et trouver les moyens de s’y adapter. Or, dans ce domaine, le Canada et le Québec manquent d’études qui permettraient d’évaluer les coûts, a rappelé Claude Desjarlais, du consortium Ouranos.


La Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie a déjà produit une recherche à ce sujet dans laquelle elle insistait sur les difficultés d’évaluer la problématique. Le gouvernement fédéral, qui s’est retiré de Kyoto, a annoncé plus tôt cette année que l’organisme serait éliminé en mars 2013.

8 commentaires
  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 20 novembre 2012 07 h 58

    Planter

    Planter des arbres, c'est bien.

    Planter les Conservateurs, ce serait mieux.

    Desrosiers
    Val David

  • Sylvain Auclair - Abonné 20 novembre 2012 10 h 10

    Ce n'est malheureusement pas suffisant

    Tant qu'on extraira du carbone enfoui sous terre pour l'insérer dans les cycles biologiques -- air, eau, sol, arbres -- l'effet de serre augmentera, la température augmentera, les océans s'acidifieront, le niveau de la mer s'élèvera. À moins qu'on finisse par avoir plus de bois sur pied qu'avant l'ère industrielle, ce qui serait surprenant. Lutter contre quelque chose, ça doit être plus être plus que simplement diminuer son accélération...

    Il faut cesser d'extraire des hydrocarbures et du charbon, et même trouver le moyen d'en remettre sous terre ou sous une forme stable permanente.

    • René Pigeon - Abonné 20 novembre 2012 13 h 27

      Carboniser le bois retire du CO2 de l’atmosphère et permet de stocker ce carbone pour un millénaire :
      Le « moyen d'en remettre (…) sous une forme stable permanente » s’appelle le biochar. Il consiste à carboniser ou pyrolyser du bois ou toute autre biomasse en charbon de bois renommé biochar pour souligner que les propriétés sont améliorées en choisissant bien les paramètres de carbonisation ou de pyrolyse. La moitié du bois reste au sol ou enfoui dans une mine fermée en carbone stable pour un millénaire ; l’autre moitié s’envole en vapeurs qui peuvent être converties en énergie remplaçant éventuellement une énergie fossile, sinon éventés.
      Une papetière et une université québécoises mènent une expérience pour évaluer la faisabilité de transformer les résidus de coupe forestière en biochar qui sera épandu sur le sol pour amender le sol afin d’accélérer la replantation des arbres papetiers au lieu de camionner ces résidus jusqu’à la papetière pour les bruler et générer de la chaleur de procédé (ou de l’électricité déjà en surplus au Québec) et CO2 dans l’atmosphère.
      Les universités Laval et McGill et le centre de transfert technologique Biopterre à La Pocatière étudient diverses façons d’utiliser le biochar pour amender les sols afin d’améliorer l’utilisation des fertilisants autrement lessivés vers les cours et les puits d’eau potable, capter les polluants des sites miniers, parfois abandonnés, et autres usages fondés sur ses propriétés, notamment sa porosité. ABRI Tech, de Namur en Outaouais, fabrique des pyrolyseurs mobiles produisant à la fois du biochar et une huile pyrolytique transformable en produits chimiques. Les Charbons de bois basques et Feuille d’érable fabriquent des charbons de bois destinés à la cuisson offrant des propriétés apparentées au biochar. Wood Ash Industries vend un mélange de biochar et de cendres obtenu par la combustion incomplète du bois.

    • Sylvain Auclair - Abonné 20 novembre 2012 16 h 42

      Merci, monsieur Pigeon. J'avais eu cette même idée, mais je me demandais si je divaguais ou non.

      On pourrait aussi, quand la technologie le permettra, contruire des objets en nanotubes de carbone tiré du CO2 atmosphérique.

  • Jacques Prescott - Inscrit 20 novembre 2012 10 h 28

    Forêts et humains : une communauté de destins

    Le reboisement permet non seulement de capter du carbone et réduire les impacts des changements climatiques, il favorise aussi la diversité biologique et la lutte contre la désertification. À la campagne comme à la ville, l’arbre capte les polluants de l’air, réduit le bruit ambiant et régule le climat local. Source de bien-être et de nourriture, de matériau, de fibres et d’énergie, l’arbre contribue à l’épanouissement des sociétés. L’automne est la saison idéale pour planter un arbre. Il est temps d’agir.
    Pour en connaitre davantage sur les vertus de l’arbre et des forêts, je vous invite à lire le remarquable ouvrage « Forêts et humains : une communauté de destins » disponible en ligne : http://www.iepf.org/ressources/forets_etude_comp/F

  • Francois Parent - Inscrit 20 novembre 2012 10 h 29

    Le développement durable la solution intelligente

    Il est plus coûteux d'ignorer le développement durable qui une fin en soi.

  • Brigitte Blais - Abonnée 20 novembre 2012 11 h 22

    C'est ce que fait Terre des jeunes

    Oui, il faut planter des arbres.... AGIR.

    Terre des jeunes, un organisme bénévole initié par des Québécois, plante des arbres depuis 23 ans, via ses antennes régionales et indépendantes dans plusieurs pays de la francophonie, sans support financier. Plus de 585 000 ont ainsi été plantés par les membres de Terre des jeunes à travers le monde.

    Voir les photos, reportages, etc... et faites un don. Il servira à planter des arbres ou supporter des projets locaux... tout est bénévole. L'argent va aux achats de matériel.

    Site : http://terredesjeunes.org/