Nouvelle menace pour le caribou forestier

Des caribous traversant un lac au nord du 60e parallèle, au Québec. La population du caribou forestier, une sous-espèce qui vit un peu plus au sud en forêt boréale, est désignée vulnérable depuis 2005.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jacques Lemieux Des caribous traversant un lac au nord du 60e parallèle, au Québec. La population du caribou forestier, une sous-espèce qui vit un peu plus au sud en forêt boréale, est désignée vulnérable depuis 2005.

Ce sont les conclusions auxquelles sont parvenus quatre chercheurs indépendants dans une étude commandée par le gouvernement du Québec et dont Le Devoir a obtenu copie.

 

L’étude, qui a été remise au ministre des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) le 4 mai dernier, fait un lien direct entre le déclin du caribou forestier et la transformation de son habitat par les activités humaines. « Les taux de recrutement déclinent à travers la région, une conséquence directe de l’augmentation cumulative des dérangements de l’habitat critique », écrivent-ils dans le rapport.

 

La capacité de survie des femelles est particulièrement pointée du doigt, un problème qui aggrave celui du faible taux de recrutement.

 

À la question de fond que posent les chercheurs, à savoir si les populations peuvent supporter des impacts plus importants, la réponse est courte et claire : « non », écrivent-ils. « Les quantités actuelles de perturbations de l’habitat critique dépassent déjà ce qui est théoriquement nécessaire à la survie de la population. »

 

Le groupe de consultation scientifique sur le rétablissement du caribou forestier constate par ailleurs que « le déclin actuel s’amplifiera dans les prochaines années au fur et à mesure que l’habitat s’érodera ».

 

Ils notent que « ce n’est pas un hasard si les limites australes de l’occupation actuelle du caribou contrastent clairement avec la limite nordique de l’industrie forestière », car les caribous sont « particulièrement adaptés aux paysages dominés par les forêts de conifères matures avec un faible dérangement, alors que c’est précisément le contraire qui se produit avec la gestion de la forêt, combiné aux autres formes d’extraction ».

 

C’est pourquoi, pour « permettre le rétablissement » du caribou forestier, ils recommandent, dans un premier temps, « d’éviter tout nouveau développement dans les aires connues ou présumément occupées par le caribou forestier ».

 

Ces aires, qui devraient être protégées pour permettre l’optimisation du rétablissement, se situent principalement au nord du 49e parallèle, dans les régions du Nord-du-Québec et de l’ouest du Saguenay-Lac-Saint-Jean, l’un des secteurs visés par le Plan Nord.

 

Les chercheurs avaient notamment comme mandat de déterminer les impacts du prolongement de la route 167 qui doit relier Chibougamau aux monts Otish et permettre aux industries de se rendre dans le secteur minier convoité.

 

Pour eux, les impacts seraient « contre-productifs ». « Les efforts pour contrôler le déclin de la population ne peuvent être efficaces si nous continuons de prolonger le réseau routier dans des habitats jusque-là inaltérés. »

 

En effet, les caribous « évitent systématiquement » les routes, ce qui entraîne des coupures entre les troupeaux et une perte de territoire supplémentaire pour le caribou. « Le prolongement de la route 167 traverserait une large portion inexploitée de l’aire de répartition du troupeau de Témiscamie à l’est et au nord du lac Mistassini et diviserait de façon effective le troupeau […] Pour ces raisons, et en reconnaissance du statut précaire de la population de Témiscamie, nous ne recommandons pas l’approbation du prolongement proposé de la route 167. »

 

Conscients, sans doute, de l’improbabilité que le gouvernement se prive de cet important passage, les chercheurs proposent aussi des solutions de rechange. « Si un tel développement devait aller de l’avant, nous recommandons fortement qu’il ne serve qu’exclusivement de corridor de transport, avec un accès contrôlé et sans aucune incursion latérale dans les territoires jusqu’ici imperturbés du troupeau de Témiscamie […] Là où les routes sont considérées comme étant nécessaires, elles devraient être petites, temporaires et être enlevées et restaurées après usage. »

 

Selon les chercheurs, le moment est critique. « Il y a une certaine urgence d’agir pour la restauration et la conservation des populations de caribous de la baie James, qui ne se redresseront vraisemblablement pas sans actions décisives. »

 

Oubliés de la campagne

 

Ces recommandations font écho à celles des Premières Nations et de certains groupes environnementaux, dont Nature Québec et Greenpeace.

 

Pour Nicolas Mainville, directeur de Greenpeace au Québec, ce dossier tombe à point en pleine campagne électorale où il a été question des caribous séparatistes, mais jamais des vrais caribous. « On parle très peu d’environnement en général dans la campagne, et encore moins de forêt et de conservation. Il faut que tous les partis s’engagent à protéger la vallée de la Broadback, comme les Cris et les groupes environnementaux le réclament depuis si longtemps. »

 

Le rapport indépendant est signé par Tyler D. Rudolph, Pierre Drapeau, Martin-Hugues St-Laurent et Louis Imbeau, respectivement de l’UQAM, de l’UQAR et de l’UQAT.

5 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 30 août 2012 03 h 37

    Nous devons aller plus loin...

    Nous devons aller plus loin.
    Le constat des choses est essentiel, j'en conviens, mais n'est pas suffisant à mon avis.
    Dans leurs expertises scientifiques, nos chercheeurs doivent bien entendu tracer de mieux en mieux les lignes à ne jamais franchir en matière environnementale mais, puisque l'Homme fait partie du décors pour y rester, ils doivent aussi s'efforcer à proposer des modes de cohabitation qui tiennent compte de l'économie et des besoins humains en développement.
    Pas de route, d'accord. Mais comme la proximité de la nature avec l'Homme a toujours aidé sa volonté de compréhension, comment faire pour permettre au plus grand nombre possible d'accéder à cette richesse naturelle ?
    Au moins dans ses grandes lignes, cette question devrait à mon sens devenir essentielle dans la construction d'une conclusion pour toute étude financée par l'état. Que celle-ci le soit directement ou indirectement n'y chabgeant rien.
    Et pourquoi là-dessus, à propos des solutions possibles et pour aider à trouver des idées concrètes, ne pas prendre systématiquement l'habitude de consulter les communautés autochtones qui vivent en proximité des richesses ? Après tout, si elles y sont depuis des millénaires sans en avoir pour autant tarie les ressources, c'est peut-être parce qu'elles y comprennent quelque chose que la proximité leur donne ? Quelque chose que la distance efface ou masque peut-être ?
    Ce matin, à défaut de me prétendre capable de mieux faire, je laisse ces questions à la réflexion de tous.

    Après tout, pour que le Québec soit libre un jour prochain, il faudra bien que le Québec existe toujours !!! Et le Québec sans une partie ou une autre de sa faune ou de sa flore, sera-ce vraiment encore le Québec ?

  • François Dugal - Inscrit 30 août 2012 07 h 53

    La menace

    La menace pour le caribou forestier s'ajoute à celle du vol de nos ressources naturelles: assez, c'est assez!

  • Dominic Lamontagne - Inscrit 30 août 2012 12 h 52

    Hahaha

    Il n'y a presque pas de coupe forestière pour réaliser la route du nord..... allez voir le paysage et vous allez le constater (votre photo démontre 80% du territoire)

    Nous construisons des passages fauniques sous la route pour faire plaisir aux environnementaliste même si la circulation est pratiquement nul...

    De plus, cette route aide ces caribou à circuler ;o)

    • - Inscrit 31 août 2012 10 h 55

      Ce n'est pas drôle... Il y a effectivement des forêts dans cette région qui est bien loin de la limite nord des arbres (près de Kuujjuaq) et, justement, cette forêt (la taïga) est extrêmement vulnérable, prenant des siècles à pousser. La photo est prise dans la toundra qui est beaucoup plus au nord que cette route.

      Les caribous forestiers n'ont pas besoin de routes pour circuler, ces forêts étant quand même assez « aérées » pour leur permettre de se déplacer très facilement. De plus ce n'est pas la route en soi qui va les affecter le plus mais la circulation intense de ces projets d'extraction miniers (le minerai doit sortir en quelque part). On voit la même chose en Alaska où la circulation intense des routes des mines et des exploitations pétrolières affecte le troupeau Porcupine.

      Franchement, il n'y a pas de quoi rire.

  • Marc Bergeron - Inscrit 1 septembre 2012 13 h 57

    Dites plutôt le plan mort!

    Illusion pour gagner les élections. Les régions sont encore naïve est ce que le PQ ou Les libéraux ont agit pour améliorer la situation des régions? pour le plan nord déjà des menaces de faillites pour des sous-traitants, le secteur des mines à baisser entre 25 et 30% sa valeur, les coûts ont exploser comme le transport. les minières ne trouve plus de financement et la Chine à réduit sa demande, l'Ontario a autant à offrir à moindre prix etc. cela ne mérite t'il pas le titre de plan mort! Faire croire aux régions qu'ils feront vivre le QUébec c'est tellement gros et ridicule que personne n'a réagit. Grosse bêtise! Ça pu l'arnaque!